CHAPITRE QUATRIEME
MISSIONS ABÉNAKISES EN CANADA,* — SAINT- JOSEPH PE SILLERY. — SAINT-FRANÇOIS DE SALES. DE LA RIVIÈRE CHAUDIÈRE»
Aussitôt après l’arrivée des Àbénakis en Canada, les P. P. Jésuites songèrent à réunir ces sauvages dans la mission de Saint-Joseph de Sillery. Les deux Pères Bigot, Vincent et Jacques (1), furent choisis pour être leurs missionnaires. Ces Pères les* visitèrent et en engagèrent un grand nombre à venir .s’établir à Sillery. Aussi, dès l’année suivante, la nouvelle mission abénakise comptait déjà 500 à 600 âmes. Ces sauvages étaient alors presque tous infidèles, et vivaient dans la plus grande ignorance ; ce qui n’est pas étonnant, puisqu’ils n’avaient pas vu de missionnaire depuis vingt ans ; car on sait que la mission abçnakise de l’Acadie avait été abandonnée en 1660, à cause des guerres des Iroquois. Cependant les Pères remarquèrent de suite en eux un
(1) Les deux Pères Bigc# furent missionnaires des Abénakis pendant plus de vingt ans, et leur rendirent d’importants services,,
HISTOIRB
grand désir de recevoir l’instruction religieuse et d’embrasser le christianisme. Aussi, dès l’année suivante, ces nouveaux néophytes édifièrent leurs frères chrétiens par leur piété et leur ferveur,
La nouvelle du bon accueil des Abénakis à Sillery fut bientôt portée en Acadie. Alors, quelques sauvages de ce pays furent députés à Québec pour représenter aux P.P. Jésuites qu’un grand nombre de familles de leur nation désiraient venir s’établir en Canada» pour embrasser le christianisme, et que la chose pourrait se faire facilement, si on leur donnait des terres pour y cultiver le maïs. Les P.P. Jésuites, ne pouvant recevoir à Sillery tous ces sauvages et connaissant que la rivière Chaudière était un endroit bien propre à l’établissement d’une nouvelle mission, demandèrent au gouverneur une concession de terre sur cette rivière, pour y réunir les Abénakis. M. de la Barre accéda à cette demande, et leur accorda un terrain de six milles de front sur autant en profondeur. Cet acte de concession, daté du 1er Juillet 1683, est ainsi con-
çu.
“ Les Sieurs Le Febvre de la Barre, Seigneur du « dit lieu, Conseiller du Roy en ses Conseils, Gou- “ verneur et son lieutenant général en toutes les terres “ de la Nouvelle-France et Acadie, et de Meulles, u Conseiller du Roy en ses Conseils, Intendant de la o justice police et finance au dit païs.
“ Les pères de la Compagnie de Jésus nous ayant « exposé que plusieurs sauvages de la nation des “ Abnakis qui sont dispersés le long des terres
DES ABENAKIS.
“ anglaises du quartier du Baston leur avoient fait “ connoistre qu’ayant dessein de venir s’habituer “ proche de nous et d’embrasser le christianisme, ils “ se seroient venus retirer auprès de ceux de leur V nation qui font profession de la religion chrestien ne “ sous leur conduite dans leur résidence de Sillery “ s’il y avoit eu place suffisante pour les y recevoir et “ y faire du bleds-d’Inde pour leur subsistance, au “ défaut de quoy ils supplioient les dits pères de leur “ procurer des terres où ils pussent jouir des mesmes “ avantages. Ce qui les avoit obligés d’en chercher “ dans d’autres lieux voisins. Et en ayant trouvé “ dans la rivière du Sault de la Chaudière proche de “ l’habitation de François Miville dit le Suisse, de “ nous en demander la concession en faveur des dits “ Abnakis dont ils leur feront la distribution comme “ ils l’on fait de celle de la prairie de la Magdelaine “ et du Sault Saint-Louis. En conséquence des ordres u du Roy, nous sous le bon plaisir de Sa Majesté “ avons aux dits pères de la Compagnie de Jésus “ concédé et accordé, concédons et accordons l’espace “ de deux lieues de terre de front, sur pareille quantité de profondeur le long des deux bords de ladite u rivière du Sault de la Chaudière vis-à-vis joignant tl et au-dessus de l’habitation du dit François de u Miville, avec les Isles et Islets qui se rencontreront “ sur la dite rivière ou autres, pour estre par les dits a pères distribuées aux Abnakis qui viendront dans “ la mission qu’ils y establiront embrasseront le Chrisu tianisme et pour en jouir comme de choses à eux “ appartenant, avec défense à toutes personnes de les
“ y troubler eff quelque sorte et manière que ce puisse <£ estre : de traiter vendre ou donner aucun vin ou eau- « de- vie aux dits sauvages dans toute l’étendue de la “ concession. Fait au Montréal le premier jour de ‘‘ Juillet mil six cent quatre-vingt-trois” (1). •
Sur l’invitation du P. Jacques Bigot, les Abénakis commencèrent à se réunir sur la rivière Chaudière dès l’été de 1683. Il y affluèrent de toutes parts, même de l’Acadie. On construisit de suite une chapelle au milieu de ce nouveau village. Cette mission fit 'des progrès si rapides que dès l’automne de la même année, elle était déjà beaucoup plus considéra-
■ ble que celle de Siliery..
Voici ce que dit le P. de Charlevoix de cet établissement. “ Les Abénakis sont venus des côtes mé “ ridionales delà Nouvelle-France, les plus proches “ de la Nouvelle- Angleterre, Leur première station “ en quittant leur pays, pour venir demeurer parmi “ nous, fut une petite rivière qui se décharge dans le « fleuve Saint-Laurent, presque vis-à-vis de Siliery ; « c’est-à-dire, environ nne lieue et demie au dessus de « Québec, du côté du midi. Ils y étaient placés aux « environs d’une chute d’eau qu’on nomme le Sault “ de la Chaudière” (2).
D’après ces paroles du P. de Charlevoix, on serait porté à croire que cette mission était située sur la nvie-
(1) Nous devons la découverte de ce précieux document aux recherches de M, l’abbé H. R. ’TL\Zl ricu de cet
écrivain hSet^îstingué beaucoup de renseignemens, qui nous ont été û’uu grand' secoars dans notre travail,
(2 ) Le P de Charlevoix, T ‘ 1 1
one. Vol. V.‘ 1T8.
Journal Hist, d’un voyage de l'Amén-
DES ABENAKIS,
re Etchemin mais Pacte de concession que nous venons de rapporter ne laisse aucun doute sur ce sujet. D’ailleurs le nom que les Abénakis donnèrent â la rivière Chaudière s’accorde parfaitement avec cet acte : comme ils avaient des champs pour cultiver le maïs, ils l’appelèrent “ kikonteku” (1), rivière des champs.
Les P. P. Jésuites appelèrent cette mission “ Saint- François de Sales,” parceque c’était le jour de la fête de ce saint, 29 Janvier précédent, qu’ils avaient résolu de former ce nouvel établissement, et ils recommandèrent au P. Jacques Bigot de faire reconnaître ce saint-Patron par kes sauvages, pendant les exercices d’une mission" solennel!^
Quelques jours avant la fête de Noël, le Père se rendit, dans ce but, à la nouvelle mission de Saint- François de Sales. Après y avoir célébré la naissance du Fils de Dieu, avec autant de pompe que possible, il proposa à ses sauvages de faire une ggnd > retraite de trente jours, pour reconnaître solennemenl leur saint-Patron, et se mettre spécialement sous sa protection. Cette proposition fut accueillie avec joie.
Le 28 Décembre, veille du jour fixé pour le commencement de cette retraite, on éleva un autel dans la chapelle, et on y exposa l’image du saint-Patron.
Les sauvages ornèrent cette image ainsi que l’autel d’un grand nombre de colliers de wampum et de rassade “J’y adjoutay,” dit le Père, “ce que nous avons “ déplus beaux ornemens dans nostre église, et autant
(1) De là Us appelaient le village de cette mission u KikôntegS^ iudana, ” village de la rivière des champs. Ces noms sont encore connus aus Abénaki:»
“ de luminaire qu’en put fournir nostre faible mis- “ sion (1).
Lea exercices de la retraite commencèrent par l’invocation des S. S. noms de Jésus et de Marie, puis les sauvages adressèrent à leur Saint-Patron une prière, composée par le Père pour exciter leur confiance en sa protection. Ils montrèrent une ardeur admirable à apprendre cette prière, et la récitèrent quatre fois le jour pendant la retraite.
Chaque jour après la messe, le Père leur donna une instruction sur les actions les plus remarquables du Saint-Patron, s’efforçant chaque fois de leur inspirer une grande confiance en sa protection. La retraite se termina le 29 Janvier.
Pour cette grande fête, on éleva un nouvel autel, plus richement orné que le premier. Le supérieur des Jésuites en donna le plus bel ornement ; ce fut une grande image de Saint- François de Sales sur satin. “ Je peux dire que je n’ay point veu en Fran- “ ce,” dit le Père, “ de plus belle image de Saintu François de Sales ny de mieux enrichie que l’est « ceiie là ; j’ay eu mesme, pour vous le dire franche- “ ment, quelque scrupule sur la despense que j’ay “ faite pour cela estant si pauvre que je n’ay pas mesu me de quoy avoir les vivres nécessaires pour Pens « tretien de nostre mission et principalement des plu- “ misérables, mais mon scrupule n’a pas duré long “ temps, jugeant que dans une occasion si importante “ que celle la on doit mesme retrancher du nécessaire
Cl) Relation du P. Jacques Bigot, 1634. 6,
DES ABENAKIS.
<c pour contribuer avec plus d’efficacité à faire entrer u dans les sentiments de piété ces pauvres sauvages “ qui on veut gaigner à J. C. Nostre image ainsi or- “ née fut mise sur un petit tapy de satin bordé de “ frange d’or et d’argent. Ce tapy était placé tout au u haut de l’autel du saint et faisait paroistre l’image “ dans tout son jour ” (I).
On plaça au bas de cet image un grand collier de wampum, sur lequel on lisait les mots suivants : “ S. Fran. Sales io Abnaq. D.”, don des Abénakisà Saint- François de Sales. Ce collier frft envoyé à Annecy, pour être déposé sur le tombeau de Saint-François de Sales (2).
Le missionnaire désirait récompenser une sauvagesse, pour la part qu’elle avait prise à la confection de ce bel ouvrage, mais cette bonne chrétienne ne voulut rien recevoir, disant “ qu’elle attendait sa ré- “ compense de son Père à qui elle faisait ce petit A présent” (3).
Voici ce que dit le Père de ce jour de fête. “ Tous “ les sauvages assistèrent à la cérémonie et à la comu munion générale. Je commencay ce jour là à faire u Présenter dans l’église des pains bénis par les sau- “ vages mesmes ; ce fut François de Sales de la piété u de qui je vous ay desjà escrit les années précéden- “ tes qui donna ces pains bénis le jour de la feste de u son patron ; il en présenta deux fort grands ; c’estoittout ce qu’il pouvoit porter et les distribua après
(1) Rotation du P. Jacques Bigot, 1684. 7, 8,
C 2) Idem. 1684. 9.
(3) Idem. 1684. 9.
« à tous les sauvages avec une modestie et un ordre “ admirables. Après que tous nos sauvages eurent" “ passé presque toute la matinée de la feste à l’église,
“ je leur fis le festin pour la feste” (1).
C’est ainsi que se termina ce jour de fête où les Abénakis reconnurent solennellement Saint-François de Sales pour leur Patron.
Nous dirons maintenant quelques mots du bien qui s’opéra dans cette mission, ainsi que dans celle de Sillery.
La plupart des sauvages avaient un tel respect pour les noms qu’ils recevaient au baptême que, ne voulant plus désormais en porter d’autres, ils abandonnaient ceux qu’ils avaient reçus auparavant, et re jasaient même de les faire connaître. “ Nous sommes « obligés,” dit le P. Bigot, “ de donner deux “ noms à plusieurs pour éviter la confusion dans “ le grand nombre, et ils ne veulent estre appelez “ la pluspart que par leur nom de baptesme, “ tellement que j’eus dernièrement toutes les peines “ du monde à tirer de quelques personnes leurs noms “ de familles, on me répondit qu’ils n’avoient point “ ici d’autre nom que celuy de leur baptesme” (2).
Ils avaient une telle dévotion à leur Saint-Patron qu’ils témoignaient toujours le plus grand désir de connaître même ses moindres actions, afin de s exciter, par son exemple, à la pratique de la vertu. Plusieurs parvinrent, par ce moyen, à un haut degré de
(1) Relation du P. Jacques Bigot. 1684. 9, U.
(2) Relation du P„ Jacqcus Bigot. 1984. Il»
DES ABENAKIS.
perfection, et se firent remarquer surtout par leur pureté, leur humilité et leur charité (1). Ils écoutaient attentivement tet retenaient ordinairement dans leur mémoire tout ce qui leur était dit sur ce sujet ; celui qui l’oubliait se considérait comme bien coupable, et priait aussitôt le missionnaire de le lui répéter. Il» s’estimaient heureux, lorsqu’on leur donnait une image de leur Saint-Patron ; ils la conservaient religieusement et l’exposaient dans leurs wigüams.
Ils avaient aussi une grande dévotion à la Mère de Dieu. Aussi, toutes les femmes voulaient porter le nom de Marie, et le mîssionMfe était obligé de donner deux noms à chacune d’elles, afin d’éviter la confusion. Mais la dévotion à Jésus en croix était la plus universelle parmi ces sauvages. Ils invoquaient sans cesse le nom de Jésus, et se faisaient tous un honneur de porter sur leur poitrine une petite croix. Voici ce qu’écrivait le missionnaire à ce sujet. ‘•Je peux dire que ce n’est pas la simple curiosité n y le désir d’avoir qui en portent plusieurs ‘ 1Cy a demander des crucifix, j’en vois un grand u nombre qui en font un si saint usage se ser- “ vant de leur crucifix pour s’exciter à s’unir à “ J- C. Aussi je leur dis souvënt qu’ils doivent ‘‘ d’abord porter le crucifix dans le cœur et qu’ils ne “ sont que des enfans s’ils se contentent de le portera “ leur cous* Ils conçoivent parfaitement cette inslruc- “ bon ; je leur ay mis unë oraison jaculatoire à Jésus fort courte en toute sorte d’airs de chant qu’ils scavent
(l)Kelatitm da P. Jacqu^sBigot* IÇ84, 12,
« desja; je les porte à la dire dans leur travail, dans “ leurs cabanes, en marchant, allant bûcher, mais « surtout quand ils se sentent saisis de chagrin. Tous les airs de cette petite chanson spirituelle sont la “ pluspart joyeux et je vous avoue en passant que je U cr0y n’en pouvoir trop faire pour les entretenir dans a june grande joye spirituelle ; et d’abord que je les « aperçois tristes, je les engage doucement à me dire « le sujet de leur tristesse pour les consoler : souvent « ils ne le scavent pas eux-mêmes, je donne bientôt a “ ceux là des sentimens de joye sur le bonheur qu’l s » ont maintenant de servir Dieu et de connoistre J.
“ C. Souvent cette tristesse vient du souvenir de lews “ parens qu’ils ont laissés dans leur païs, je les porte « à prier pour eux et leur donne espérance de les voir « icy bons chrestiens comme eux” (1).
Ces sauvages étaient extrêmement sensibles aux insultes. Lorsque quelqu’un d’eux se laissait aller au chagrin, après avoir été insulté, le missionnaire m représentait que, s’il voulait être bon chrétien, il fa lait oublier et pardonner cette injure, parceque Jesus ordonnait, et il lui faisait répéter ces mots : ‘‘Je vous
“ aime, mon Jésus, et ne voudrais pas vous offenser en « me fâchant contre cette personne” (2). Ce sauvage reprenait aussitôt sa gaité ordinaire, et oubliait tout.
La plupart de ces sauvages menaient la vie la plus exemplaire ; quelques uns avaient même la conscience si timorée qu’ils manifestaient souvent à leur Père les plus grandes inquiétudes sur leur état, se considérant
O) Relation du P. Jacques Bigot. 1684. 12, 13.
(21 Relation du P. Jacques Bigot. 1684. 14.
DES ABENAKIS.
comme de grands coupables devant Dieu, tandis qu’ils n’avaient que des fautes forts légères à se reprocher. “ Penses-tu,” lui disaient-ils, “ que nous puissions nous “ rendre agréable à Jésus lorsque nous sommes si “ méchants? Crois-tu qu’il nous pardonne lorsque nous “ le tromPons si souvent dans la parole que nous lui “ avons donné deine plus l’offenser”^ 1) ? Ils poussaient leur scrupule si loin qu’ils n’ôsaiententrerdansl’église disant qu’ils souillaient le lieu saint par leur présence* « Je réponds à ceux qui me donnent plus de peine là dessus,” dit le P. Bigot, « J. C.connoistla douleur a ?UG *-U aS t6S Péchezjîe c°nnois comme tu aymes U , Pri6ro> Ie ne voudrois pas te tromper, ny te cacher tes defauts, si je te voyois encore en péché. Je te
« n ,S’ Cn tant qUGme I,ordome J- C., va, entre dans église ; prie y comme les autres, et n’omet rien de
H tOUt CC qU1 se fait P°urla Prière. Ils obéissent et re- M preaneHt leurs exercices de piété quelques uns l( fnS klSSent pa* de yenir à la charge quoyqu’effectivenrcnt je commisse qu’ils soient dans une grande
„ 111110061106 da yie* et dans une horreur actuelle de ce qm peut tant soy peu offenser Dieu” (2).
Ces sauvages, étant naturellement colères, se laissaient quelquefois entraîner dans des mouvements «o ents; mais ils le regrettaient aussitôt, et enéprou-
osant plus paraître devant leurs frères. Une sauvasse tres-vertueuse, du nom d’Agnès, s’étant un jour
(H Relation du P. Jacques Bigot. 1684. 15,
C2) Relation du P. Jacques Bigot. 1684.10.
livrée à la colère, en conçut aussitôt un tel regret qu’elle se rendit à la chapelle pour demander publiquement pardon de sa faute, répétant plusieurs fois cette prière. “ Pardonne-ropi, aimable Jesus, 1 “ portement où je suis tombée, afin que je ne
“ éternellement damnee ” (!)• ,,, *
Voici ce qu’écrivait le P, Bigot, touchant ce defau et quelques autres imperfections qu’il remarquait chez ces sauvages. “ Tous ces deffauts que ,e marque o pour faire connoistre comme onle souhette les. ma “ rdères dont ces gens icy prennent les chosee d.
“ Dieu n’empeschent pas qu’ils, n’ayentven a
« un fond de piété et de vertu ; et je connois certai « nement parce que je vois icy que Dieu ne perr et ces sorted de fautes dans la pluspart de nos sam^- .. "s que pour les porter à une plus grande vertu, t “ plusieurs sont véritablement saints « je n’aurois jamais pu porter à cette sainetete si]
‘t’avois eu l’occasion par quelque « tombez. U ne laisse pas neantmoms d J ™ *
.. un assez, grand nombre icy dans lesquels je V
u dire que je n’ay jamais pu remarquer ces deffauB « e ”eu. inconstance naturelle aux «aueage.- H .. semble que depuis qu’il.. so»t baptisez ris sont “ venus des hommes, tous nouveaux ( •
On voit par ces paroles du missionnaire que plp sieurs de ces sauvages étaient parvenus a une i enta-,
bie sainteté. Nous en citerons quelques -exemp ^ •
Une jeune sauvagesse, du nom d’Agnes u c en-
Cl) Relation «la P . Jacques Bigot. 1684. 18.
(î) Relation du P, Jacques Bigot. 19*4, 1»„
bfeS ABENÀKIS. 245
poussée parlé désir de- se faire chrétienne, était venue de l’Acadie, avec son mari, s’établir à la mission de la rivière Chaudièré. Son ardeur pour s’instruire était telle qu’ellé apprit bientôt toutes les principales prières Elle fit preuve de suite d’une ferveur extraordinaire. Le missiomiaire la suivit avec soin pendant trois mois, et, ne pouvant apercevoir aucune faute en elle, il crut devoir lui conférer le baptême, après ce temps d’épreüve. “ Je ne voyais point encore ’’, dit le Père»
les desseins particuliers de Dieu sur elle pour l’es- “ lever à la haute saineteté où elle est ” (1).
Un mois apres son bapteme, elle fut pénétrée de sentiments extraordinaires d’amour de Dieu, de confiance en lui et de douleur des fautes de sa jeunesse. Pendant un mois, elle passa la plus grande partie de son temps à l’église, priant et méditant. Elle disait souvent au missionnaire. “ J’ai de la douleur d’avoir “ offensé Dieu, et j’espère, s’il m’aide, ne le plus offenu ser» Je suis disposée de faire tout ce qui sera néu cessaire pour satisfaire à Jésus ” (2). Elle persévéra dans ces beaux sentiments»
Mais Dieu, voulant lui accorder de suite lé bonheur de 1 autre vie, lui envoya une grave maladie. Comprenant qu’elle allait mourir, elle reçut cette maladie avec la plus grande joie. Ne pouvant plus alors travailler, elle passait tout son temps à prier et à méditer, ne se plaignant jamais des douleurs qu’elle éprouvait. Lorsque le missionnaire lui parlait de Dieu, elle devenait
(1) Relation du P. Jacques Bigot. 1684, 20. (3) Idem. 1684. 21.
transportée de joie. Elle mourut après cinq, ou six mois de maladie (1).
Son mari s’était aussi donné à Dieu. Voici ce qu’en dit le P. Bigot. « Cet homme est un des “ plus accomplis sauvages que nous ayons, je n ay « connu aucune ombre de vice en luy, jamais je n’ay “ entendu une parole plus haute l’une que l’autre, il “ est ardent pour la prière' et quand i’1 est i'cyil me “ fait de grande instance pour l’instruire particulière- “ ment. Ils ont tous deux un zèle admirable pour “ instruire au plus tost un de leurs enfans qui com- « mence à parler, et vivent ainsi dans la plus grande “ joye du monde sans que je les aye peu voir jamais “ chagrins” (2).
Une autre famille se consacra à Dieu de la même manière, et édifia beaucoup les sauvages. “ Ces deux “familles ensemble”, dit le missionnaire, “ sont irré- «■ proehables en tout ; en les voyant il me vient souvent “ certains désirs : ah ! que je souhaiterais qu’on vit en “ France la manière dont ces sauvages se portent à “ Dieu ; car on ne peut le concevoir à moins qu’on ne u le voye” (3).
Tous les Abénakis avaient une grande ardeur pour se faire instruire, et montraient beaucoup d’empressement et de courage à pratiquer ce qui leur était enseigné. “ De l’adveu de tout le monde de ce pais,” dit leur missionnaire, “ on n’a point encore veu icy
(1) Relation du P. Jacques Bigot. 1684. 22,
(2) Relation du P. Jacques Bigot. 1684 23.
(3) Idem, 1684. 23, 24,
DES AB'ENÀKIS*
k Ûne nation recevoir avec tant de docilité les instrac- H lions de nos mistères” (1).
Mais il n’en était pas de même des Sokokis. Voici Ce qu’en dit le même missionnaire. “ Pour les Soquo- “ quis dont je connois le caractère inconstant et qui 44 sont fort portez à l’ivrognerie, j’ay cru que je n’en u de vois recevoir aucun icy sans en faire un grand “ choix et que nostre mission n’est pas encore assez u établie dans la piété chrestienne pour admettre cette u sorte de meslangé qui dans les commencemens gaste “ quelque fois tout. J’avois proposé il y a quelque u temps icy de faire une mission volente de temps en “ temps chez ces Soquoquis et chez les Algonquins “ des Trois-Rtvières, j’en connois desja la pluspart, a et je crois qu’au bout de deux ou trois petites mis- 44 sions on verroit quelque fruit” (2).
Dans les maladies, les Abénakis montraient toujours la plus grande résignation à la volonté de Dieu Presque tous ceux qui allèrent à la guerre contre les Iroquois, en 1684, revinrent malades des fièvres. Cette maladie se répandit bientôt dans la mission, et enleva un grand nombre de sauvages. Laissons dire au P. Bigot comment ces bons chrétiens supportèrent cette grande affliction. “ Dans toute cette désolation qui “ m’a paru d’abord devoir quasy détruire la mission a je puis vous dire que j’ay commencé à faire prendre «a no& sauvages le tout du coste de Dieu et à toutes « leurs familles qui estoient dans l’affliction ; tous universellement m’ont fait paroistre une résignation
<1) Relation du P. Jacques Bigot. 1684. 32.
C2ÿ Relation du P. Jacques Bigot. 1684. 39,
“ totale à la volonté de Dieu ; et je crois que si je rap- “ portois en particulier les actes de patience, de con- “ formité et d’amour de Dieu que j’ay veu faire à un « chacun cela paroistroit incroyable en France ; je ne “ dis pas de douze ou de vingt malades seulement.
« mais généralement de tous. Il est vrai qu’il y en a “ qui en faisoient de plus héroïques. L’unique chose “ en quoy ils m’ont donné de la peine c’est que pluie sieurs à mon insçu d’abord que la fièvre relaschoit « pu peu se trainoient jusqu’à l’église d’où ils “ estqient assez éloignez, et se trouvant plus mal u à, l’église, ils ne s’en retoumoient qu’à peine, ii ieur fièvre redoublant. Deux choses les ontextrêmeu ment touchez dans leur maladie : la première est u l’exemple de patience dans Saint-Louis, roy de u fie France, qui fut attaqué avec son armée de peste. “La seconde est la vue de leurs propres désordres u lorsque je leur disois que Dieu en bon père les chasu tioit par cette maladie pour les faire satisfaire pour « leurs péchez, et que bien loin d’estre brûlez en enfer « comme ils l’avoient mérité par tant d’yvrogneries, « d’impuretés, de paroles sales, Dieu les mettroit dans u Son paradis et les y récompenseroit de tous les actes « fie patience qu’ils faisoient maintenant. Aussy une “ bonne partie des pénitences données aux malades « qui se confessoient étoit de faire doucement des “ actes d’amour de Dieu, de douleur de l’avoir offensé “ qt d’offrande à Dieu de leur .maladie. L’un par “ exemple après sa confession djsoità Dieu dix fois . “ Je vous ayme mon Jésus, je suis mary de vous avoir “ offensé, je vous offre ma maladie, je suis content
DES ABEïfÂKIS.
** d’cstre*nalade, que je ne ferule point éternellement dans l’enfer. L’autre qui estoit un peu plus fort “ faisoit vingt fois ces actes et ainsi du reste ........
u L’admiration continuelle où je suis auprès de tous “ ces malades est dépenser: verroit-on une telle pa- “ tience, une telle résignation, tels sentimens de Dieu u dans les personnes les plus vertueuses de France. a Les autres sauvages qui assistent nos malades et u Qui souffrent pour ainsi dire avec eux font paroistre c< la mesme patience, et aussy tost que j ’aperçois quelu qu’un s’affliger de la maladie d’un de ses proches, u je lui fais prendre les sentimens qu’il doit prendre u de patience, de résignation et de charité à soulager u son parent dans la vue de J. C.” (1).
Comme cette terrible maladie menaçait d’envahir la mission, le missionnaire crut devoir en éloigner les malades. Un grand nombre de ces malheureux furent transportés sur le bord du Saint-Laurent, à Saint- Michel et au Cap Saint-Ignace. Le Père et son compagnon, le P . Gassot, passèrent la plus grande partie de leur temps à aller visiter ces malades. u On nous u er*voye quérir de tous costez ”, dit le Père, “ et il U iaut estre tout le jour continuellement sur pied et u souvent une partie de la nuit. Ils sont tous u assez éloignez les uns des autres, car ils sont pour la pluspart dans les cabanes de la campagne ; les uns estant à la coste de Saint-Ignace, les autres à u Saint-Michel. Il m’a fallu continuellement depuis
(O Relation da P. Jacques Bigot, 1684, 51,59.