‹ Histoire des AbenakisChapitre 32 sur 69 · HISTORIE · texte numérisé non relu

HISTORIE

« un mois faire ces excursions de demy Iie»e à demÿ “ lieue ” (1).

La maladie se répandit aussi à Sillery, et un grand nombre y succombèrent pendant l’hiver 1684-1685. Effrayés des ravages de cette épidémie, la plupart des sauvages laissèrent la mission, et allèrent se cabanër dans les environs. Ils érigèrent une petite chapelle dans la forêt où ils s’y réunissaient pour prier. Malgré la rigueur de la saison, le missionnaire s’y rendait quelquefois pour prier avec eux.

Il y avait alors à Sillery un Abénakis fort remarquable sous tous rapports. Il était le premier Chef de la* mission, et se nommait “ Tak8arimat ” (2). Ce bon chrétien menait la vie la plus exemplaire. Dans le cours de l’hiver 1684-1685, dans un voyage qu’il faisait à la côte de Beaupré avec son épouse, il fut soudainement atteint de la fièvre. Comprenant de suite qu’il allait mourir, il parut d’abord effrayé de la mort qui se présentait si subitement à lui ; mais, encouragé par sa vertueuse épouse, il se résigna bientôt à la volonté de Dieu, et, après deux jours de maladie, il expira entre les bras d’un prêtre, venu pour lui donner les secours de l’église. Ce bon chrétien avait demandé son missionnaire ; mais celui-ci ne put se rendre assez tôt pour recevoir son dernier soupir.

Ce Chef fut inhumé avec pompe dans l’église du Chateau-Richer. “ Je n’ay pas encore veu faire ”,

(4) Relation du P Jacques. Bigot. 1684. 48, 49.

0) *• Tak8erima M, quia de l'importance* celai dont l’aYis wi d’uu grand poids.

Dm ABENAKIS.

dit le P. Bigot, u dans les églises de ces costes icÿ K de services plus solennels que les François ont fait u à ce capitaine ” (1),

Ce sauvage jouissait d’une haute considération auprès des Français. Monseigneur de Laval et M. de la Barre l’affectionnaient beaucoup. “ M. le Général ”, dit le P. Bigot, “ a esté fort touché de sa mort et je “ crois que Monseigneur l’évesque lorsqu’il appren- “ dra sa mort en sera fort touché, car il l’aymoit ten- “ drement à cause de sa piété ” (2).

Voici ce que le missionnaire dit de la piété de ce fervent chrétien. “ Je n’arrivay qu’après sa mort, qui “ a été fort regrettée des François et des sauvages “ dont il estoit connu pour estre un fervent chrestien. “ Je puis dire que depuis six ans que je Pay connu “ je ne lui ay veu commettre que deux fautes et en- “ core ce fut par surprise et estant revenu aussy tost' u il en fit des satisfactions qui marquaient sa véritable “ douleur, une fois entr’autres faisant une aumosne “ fort considérable à une pauvre sauvagesse de cette “ mission il déclara à tout le monde qu’il la faisoit u pour satisfaire à Dieu de la faute où il estoit tombé 4< tm jour devant. Je vous assure que dans ses con* u fessions ordinaires je ne pou vois presque trouver “ matière d’absolution ” (3).

Enfin, pour donner une idée de la piété de la plu* part de ses savages, le missionnaire ajoute. “ Je me* “ contenteray de vous dire pour vous donner en géné-*

(Ij Relation du P. Jacques Bi^ot. 1685. 14. 15.

(2) Idem. 1685. 14.

(3) Relation du! P, Jacques Bigot. 1685. I4ï

“ rai une idée de Pestât où sont les chrestiens de “ cette mission que dans la première bande de ceux qui “ gagnèrent le jubilé qui fust la plus nombreuse, je ne “ crois pas avoir trouvé un seul péché mortel ; je vous “ avoue que j’en fus quelques jours dans une admi- “ ration continuelle ; j’ajoute que d’une trentaine “ d’hommes qui estaient dans le désordre je n’en vois « pas trois qui ne soient dans l’honnesteté chrestienne ; “ c’estait de cette trentaine de sauvages que j’avois “ sujet d’appréhender pour noatre mission et mon oc- “ cupation continuelle est d’avoir la vue sur eux pour “ les maintenir dans leurs bonnes résolutions ; pour “ les autres ils vont mesme dans la pratique de la “ vertu et me pressent continuellement de les instruire “ plus amplement de ce qu’ils doivent faire pour vivre “ en bons chrestiens ”(1).

*1) Relation du P. Jacques Bigot. 1685. 20, 21.

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