‹ Histoire des accouchements chez tous les peuplesChapitre 17 sur 94 · B. — SAINTES ET SAINTS INVOQUÉS DANS LES ACCOUCHEMENTS · texte numérisé non relu

B. — SAINTES ET SAINTS INVOQUÉS DANS LES ACCOUCHEMENTS

1° Saintes protectrices des femmes en couches. —

Sainte Marguerite. — L’Ilithyia, la Lucine, la Diane des Catholiques, Apostoliques et Romains, c’est Sainte Marguerite (fîg. 64). Quelle est, en deux mots, l’histoire de cette patronne des sages-femmes?

(1) L’extrait que nous donnons plus bas est tiré d’une tradition publiée par les huguenots, sous le titre Alcorcin des Cordeliers.

(2) Mettons ici en note quelques détails sur le fondateur de l’islamisme.

Il semble avoir, lui-même, peu aimé les miracles, mais les auteurs musulmans qui sont venus ensuite, en ont raconté plus d’un et sur sa vie et sur sa naissance. Au même instant que le prophète sortit du sein de sa mère, disent-ils, une lumière éclatante brilla dans toute la Syrie, et pendant plusieurs nuits elle éclaira les villes, les bourgs, les châteaux et les campagnes ; tandis que le feu sacré de Zoroastre s’éteignit chez les Persans, après avoir brûlé pendant plus de mille ans, sans interruption ; le lac Sava se dessécha ; le palais de Kosroès, alors roi de Perse, s’ébranla, et quatorze tours fort épaisses s’écroulèrent. Le souverain pontife des mages eut, dans la même nuit, un songe qui lui représentait un chameau vigoureux, vaincu par un cheval arabe ; on vit plusieurs autres prodiges aussi effrayants . Cependant Mahomet, ayant à peine vu le jour, s’échappa des mains de l’accoucheuse, se jeta à genoux, leva les yeux au ciel, et prononça d’une voix mâle et distincte ces mots sacrés : Bien est grand; il n'y a qu’un Bleu, et je suis son prophè te . Les assistants étonnés prirent l’enfant, l’examinèrent et s’aperçurent, avec admiration, qu’il était né circoncis !

Mahomet parla une seconde fois : alors les démons, les mauvais génies, les esprits de ténèbres furent précipités des étoiles, des planètes et des signes du zodiaque, où ils demeuraient, dans les abîmes éternels I

Tous ces phénomènes causèrent une si grande joie à la famille d’Abdalla, cju’on donna à l’enfant nouveau-né le nom de Mahomet, c’est-à-dire couvert de gloire.

i/obstétrique et le culte

' Née à Antioche, de parents païens et sans délicatesse, elle fut cependant, on ne sait trop comment, aimée du préfet Olibrius, aulre païen aussi laid que méchant. La figure d’Olibrius déplut-elle à Marguerite, ou son caractère, ou son idolâtrie ? Bref, elle repoussa ses hommages. Fureur du vilain personnage qui commence par faire rouer de coups, déchirer de verges l’objet de sa flamme ; poliment,

Fig. 64. — Sainte Marguerite, d’après une statue de Nanteuil.

il renouvelle ensuite sa demande. La jeune fille trouve naturellement Olibrius plus repoussant que jamais. Ce préfet à poigne l’envoie aussitôt en prison. Le lendemain, gracieusetés nouvelles, refus nouveau. Enfin Marguerite eut la tête tranchée.

Avant d’être exécutée, elle demande à Dieu, entre autres grâces,

d’avoir, après sa mort, le privilège de protéger les femmes en mal d’enfant. Ainsi le raconte une vieille légende du XVe siècle:

« Quant aucune grosse sera D’enfant, et elle m’apellera,

Sire, je te pry, vueillez Que l’enfant ne puisse périller,

De ses membres parlait s’en viengne,

Autre ne ne li aviegne Chose qui advenir ne doibt.

Que père et mère en ait joye ;

Il viengne à chrestienté.

Boçu ne soit n’en orphenté (1),

Ne contrefait, mais bel et droit,

Et ait ce que avoir doibt de droit.

Hors de péril metez la mère,

Se elle fait à moy prière;

Sequure-la en toute ensoigne (2),

Ne sus elle n’ait péril n’enssongue (3) ;

Et la veuilles reconforter,

Aider à sa peine porter;

Saine remangne (4) à ton église,

Toy mereyer en toute guise. »

La conduite de Sainte Marguerite témoigne d’une furieuse antipathie pour le mariage. 11 peut donc paraître singulier que les femmes enceintes l’aient choisie pour leur patronne et aillent, le 20 juillet, demander dans ses chapelles une heureuse délivrance. Cette contradiction, que nous retrouvons du reste chez les Anciens à l’égard de Diane, avait déjà frc.ppé le théologien Thiers; dans son Traité des superstitions , il fait observer, avec justesse, qu’il serait plus rationnel et plus conforme à l’esprit de l’Eglise de s’adresser à la Sainte Vierge pour obtenir un heureux accouchement ; d’abord parce qu’elle a prêché d’exemple en mettant un enfant au monde, et de plus parce qu’à la purification des femmes après leurs couches, l’Eglise reconnaît que c’est la Sainte Vierge qui a changé en joie les douleurs de l’enfantement : Per bealœ Marice Virginis partum fidelium parientum dolores in gaudium convertisti.

(1) Abandon.

(2) Embarras.

(3) Souci.

(4) Retourne.

l’obstétrique et le culte

Il serait possible cependant de trouver l’origine des attributions dévolues à Sainte Marguerite dans un détail de sa légende. Tandis que, par ordre de l’affreux Olibrius, elle gisait plongée dans un cachot hideux, le diable lui apparut ; il avait revêtu la forme d’un épouvantable dragon ; ouvrant une gueule immense, il avale la prisonnière, mais avec tant de ménagements, avec tant de gloutonnerie peut-être, qu’au moyen d’un simple signe de croix, la sainte est expulsée du ventre de la bête (fig. 65). « Puisse mon fruit, pensaient sans doute les

Fig. 65. — Sainte Marguerite et le Dragon, d’après un tableau de DutYesnay.

bonnes femmes, sortir de mes entrailles avec autant d’aise que vous êtes sortie de celles du dragon, ô grande Sainte Marguerite ! Qui peut le plus peut le moins : vous n’avez pas été arrêtée par les dents du diable, et, vous le savez, l’innocent pour qui je vous supplie n’a rien de tel à franchir ». La légende ajoutait qu’après s’être si prestement échappée, Sainte Marguerite sauta sur le dos du monstre, l’étrilla d’importance et le renvoya à demi assommé. Les bonnes femmes n’allaient sans doute pas jusque-là dans la comparaison qu’elles établissaient entre la sainte et l’enfant qu’elles attendaient.

HISTOIRE DES AC OOUC IlEMENTS

Les Jacobins de Poitiers possédaient une de ses côtes, qui avait la vertu de faciliter les accouchements. On la vola au XVIe siècle.

La ceinture de cette sainte avait le même pouvoir; elle existait encore, en 1789, dans l’Eglise de Saint-Germain-des-Prés et elle y était exposée à la vénération des fidèles. Moyennant une certaine redevance, les bénédictins en ceignaient les femmes enceintes et leur promettaient une heureuse délivrance.

Les reines et les impératrices de France avaient une pieuse croyance au privilège attribué à Sainte Marguerite, et ses reliques jouaient toujours un rôle important à la naissance des princes ou princesses du sang. Marie de Médiciaeut recours à ces saintes reliques ; mais elle ne paraît pas avoir eu beaucoup à s’en louer, si l’on en croit Louise Bourgeois qui l’accoucha: « La colique travailloit plus la Reyne que le mal d’enfant, et mesme l’empeschoit... Les reliques de Madame saincte Marguerite estoient sur une table dans la chambre, et deux religieux de Saint-Germain-des-Prez qui prioyoient Dieu sans cesser... Le mal dura vingt-deux heures ». C’està-dire le double d’une couche normale. Ce qui n’empêcha pas la Reine de faire don à l’église de l’abbaye, en action de grâce d’avoir mis heureusement au monde Louis XIII, une statue d’argent représentant Sainte Marguerite. « L’image de saincte Marguerite, dit le R. P. F. Jacques Du Breul, dans son Théâtre des Ahtiquitez de Paris, 1639, que la Reyne de France, Marie de Médicis, femme du Roy Henry quatrième, a donnée à nostre Eglise, poise en argent avec son soubassement, trente-sept marcs quatre onces et demie. Qui a cousté cinq cents escus. Et fut achevée le 10 janvier 1608. Aux pieds d’icelle est le menton de ladite vierge et martyre ».

Dom Jacques Bouillart, dans son Histoire de V Abbaye royale de Saint Germain des Prez, 1724, rapporte deux faits relatifs aux premières grossesses de Marie-Thérèse d’Autriche, femme de Louis XIV, et de Marie-Victoire de Bavière, femme du Grand Dauphin : « Le vingtième juillet 1661 est remarquable par une cérémonie qui se fit dans l’église de l’abbaye. La Reine, qui était pour lors enceinte, donna des marques de sa piété et de sa dévotion envers saincte Marguerite par l’offrande qu’elle fit du pain bénit le jour de sa fête. Elle ne put le présenter elle-même, parce qu’elle étoit à Fontainebleau ; mais elle y suppléa par trois de ses aumôniers, qui vinrent le présentera l’église au son des trompettes et des tambours du Roy. Les aumôniers furent reçus à la porte de l’église, et conduits dans le sanctuaire, où ils restèrent jusques à l’offertoire. Ils descendirent pour lors au bas de la nef, où l’on avait préparé six grands pains ornez de banderoles de

l’obstétrique et le culte

taffetas rouge aux armes du Roy et de la Reine. Lorsqu’il fallut aller à l’offrande, les trois aumôniers précédez de quelques suisses marchèrent les premiers; puis quatre tambours et quatre trompettes, et en dernier lieu douze suisses portant six brancards sur lesquels étoient les pains bénits. Le premier aumônier présenta le cierge, baisa la paix avant les autres, et la bénédiction des pains étant finie, ils s’en retournèrent avec les mêmes cérémonies. Le seizième octobre suivant, le P. Prieur de St-Germain eut ordre du Roy de porter à Fontainebleau les reliques de saincte Marguerite pour satisfaire à la dévotion de la Reine, qui les demandoit et étoit proche de son terme. Le P. Prieur obéit aussi-tôt : mais, avant son départ, il ordonna par un mandement des prières publiques pour sa Majesté, avec l’exposition du Saint Sacrement dans toutes les églises du fauxbourg; ce qui dura jusques au premier de novembre, que la Reine mit au monde un Daufin, qui fut ondoyé aussi-tôt. La nouvelle n’en fut pas plûtôt répandue dans Paris, que chacun fut dans des transports de joye. L’abbé et les religieux de Saint-Germain témoignèrent la part qu’ils y prenoient par une procession générale en action de grâces, qu’ils indiquèrent pour le dimanche suivant, à laquelle tout le clergé séculier et régulier assista» .

Vers le milieu de juillet 1682, « Madame la Daufine qui étoit enceinte et prête d’accoucher, fit écrire au Prieur de l’abbaye qu’elle souhaitoit avoir auprès d’elle les reliques de saincte Marguerite, pour obtenir par son intercession une heureuse délivrance. Elle rendit même le pain bénit par un de ses aumôniers, le vingtième juillet, fête de la sainte, et le sixième août, elle mit au monde le prince Monseigneur Loüis, duc de Bourgogne. Le vingt-sixième novembre suivant. Madame la Daufine vint à l’église pour faire ses dévotions à la chapelle de saincte Marguerite. Elle fut reçeü à la porte de l’église par toute la communauté revêteii en chapes, le Père général, Dom Benoît Brachet portant la parole; et après lui avoir présenté la vraye croix à baiser et donné de l’eau bénite, les religieux chantèrent un répons pendant lequel elle fut conduite sous un dais dans le sanctuaire, où la châsse de saint Germain étoit exposée. Elle serait à genoux sur l’oratoire, et après ses prières elle alla faire ses dévotions à la chapelle de saincte Marguerite, dont elle baisa les reliques ; puis elle remonta en carosse. »

L’impératrice Eugénie de Montijo, lors de la naissance du Prince impérial, eut aussi sous la main les reliques de notre sainte ; mais la vertu de ces ossements s’était-elle affaiblie avec le temps? ou bien, la foi de la parturiente laissait-elle à désirer ?Paul Dubois l’accoucheur dut recourir à son forceps.

Comme il n’est pas donné à tout le monde d’avoir à sa disposition les reliques de la Lucine française ; il suffit d’une simple oraison pour s’allirer les bonnes grâces de la sainte matrone. Il existe plusieurs spécimens de ces prières. L’oraison suivante se trouve dans un opuscule du XVIIe siècle, Dévotion particulière pour les femmes enceintes, dédié à la reine et publié en 1665 :

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