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REPOSE EN PAIX, OMBRE CHÉRIE

LES LARMES DE TON ÉPOUX ET CELLES DE TA FAMILLE COULERONT SUR TA TOMBE JUSQU’AU MOMENT OU ILS VIENDRONT TE REJOINDRE.

De toutes les opérations césariennes, les plus singulières assurément sont celles que des taureaux ont opérées à coup de cornes. A Saardam, cette ville de Hollande où Pierre-le-Grand, sous le nom de Mikhaïlov, vint apprendre la construction des navires, il existe une église réformée dite du Taureau. Ce nom s’explique par un tableau placé au fond du chœur (ûg. 128). Cn y voit un taureau furieux qui, sur ses cornes, enlève une femme grosse : au même instant, la femme accouche et retombe avec son enfant. Ce dernier aurait vécu un mois, et la mère serait morte au bout de trente-six heures.

Une Normande delà Frenaye fut plus heureuse : opérée accidentellement d’un coup de corne, elle se rétablit au bout de six semaines. Le chirurgien Desault rapporte un fait analogue qui serait arrivé à

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Saint-Sébastien, pendant un combat de taureaux. Voici comment Sacombe raconte l’anecdote :

L'aventure est plaisante, et l’on dirait d’un conte,

Mais le fait est constant; que je te le raconte,

Tel que l’a rapporté Desaultle chirurgien.

Vers l’ibère, en un lieu nommé Saint-Sébastien,

Une femme assistait, à neuf mois de grossesse,

Au combat de taureaux. On se foule, on se presse, L’amphithéâtre croule, et soudain renversés,

Roulent les spectateurs, l’un sur l’autre entassés;

Effrayée, expirante, au milieu de l’enceinte,

Sur les morts, les mourans tombe la femme enceinte. Epouvanté des cris, poussés par tant de voix,

Un Taureau furieux (c’est celui que tu vois),

Vole, se précipite, et franchissant la borne,

Fond sur la femme enceinte, et d’un seul coup de corne,

Perce ses vêtements, fend son ventre et son sein,

Le fétus sort vivant, sans franchir le bassin;

Et sa mère.... ô prodige! après cette aventure,

N’eût besoin que de vin et d’un point de suture.

A l’éloge de Sacombe, reconnaissons qu’il se montre sceptique :

De tels faits opposés aux lois de la nature Ont été, je le sens, forgés par l’imposture.

Les vers valent peu de chose, mais l’idée en est sage.

Citons, pour terminer, un cas curieux d’opération césarienne pratiquée par la patiente elle-même, avec un plein succès. Les journaux

(1) Cette curieuse gravure porte l’inscription suivante :

Siet hoc dat de Vliger hier,

Vervreckt de boosheyt bide Stier,

Waar door int dorp van Sardam,

Daar Man en Vron omt leven quant.

Aansiet het vvrede dier door syn natuur gedreven,

Die man en vron en kbit seer haaftig brengt omt teven.

Voyez comment un cerf-volant Excite la colère d’un taureau,

Dans le village de Sardam,

Et coûta la vie à un homme et à une femme.

Regardez cet animal féroce, poussé par sa nature,

Tuant à la fois l’homme, la femme et l’enfant.

l’ont publié sous la rubrique « Y Infanticide de Viterbe n. Nous reproduisons le récit du Temps :

« Un fait probablement uniquedans les annales delà pathologie vient de se produire près de Vilerbe, dans la campagne romaine ; fait si surprenant — on peut dire si monstrueux — que nous hésiterions à en parler s’il n’avait d’abord été constaté par un journal que sa haute position scientifique met au-dessus du soupçon, la Gazzetta degli ospitali, et attesté ensuite dans les colonnes de the Lancet, par deux médecins distingués, les docteurs R. Baliva et A. Serpieri. 11 s’agit d’une jeune paysanne qui a perpétré sur elle-même, au neuvième mois de sa grossesse, l’épouvantable opération césarienne, qui a survécu à cette opération et qui est maintenant entièrement rétablie après quarante jours de traitement. Les détails de l’affaire sont peut-être plus extraordinaires encore que la chose elle-même.

« Voici comment la content les deux médecins précités, dans une lettre qu’ils adressent au journal médical anglais :

« Viterbe, 15 mai 1886.

« Nous vous donnons, selon votre désir, le récit de l’opération césarienne que la nommée N... A..., de Viterbe, a pratiquée sur ellemême le 28 mars dernier. C’est une paysanne de vingt-trois ans, de petite taille (1 m. 40 c.), de tempérament lymphatique et de constitution délicate. Elle se trouvait au neuvième mois d’une grossesse qui était pour ses voisins un sujet continuel de médisance, pour ses maîtres et sa famille un sujet grandissant de colère. Ces causes l’amenèrent, le 28 mars, à trois heures du matin, à une résolution extrême. Elle prit un couteau de cuisine et s’ouvrit l’abdomen. La blessure était linéaire, mais quelque peu hachée (le couteau coupant mal), longue de 12 centimètres, dirigée de l’ombilic vers la région iliaque droite et de dehors en dedans. C’est par cette plaie profonde que la malheureuse fît elle-même l’extraction d’un enfant mâle pesant 1 kilogramme 900 grammes. Ainsi que l’examen nécroscopique l’a démontré, cet enfant était mort avant d’avoir respiré; il avait la tête séparée du tronc entre la dernière et l’avant-dernière vertèbre cervicale et de profondes blessures au thorax... L’opération achevée, la patiente se banda le corps avec une serviette, de manière à rapprocher les bords de la plaie et à contenir les intestins qui tendaient à s’échapper.

« Puis, vers cinq heures — .deux heures à peine après l’opération — elle se leva, s’habilla et partit à pied pour Viterbe : la distance est d’un kilomètre environ. Là elle se rendit chez sa sœur, ne lui dit rien

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de ce qui venait de se passer et déjeuna d’une tasse de bouillon, d’un peu de café et de pain, après quoi elle sortit pouf se promener par la ville, dans le but spécial de se montrer, dit-elle, et de mettre un terme aux bavardages dont sa grossesse était l’occasion. Enfin, vers dix heures, toujours à pied, elle revint chez elle. Mais là ses forces la trahirent : elle fut prise de douleurs intolérables et de vomissements et finit par tomber évanouie; le bandage qui contenait ses intestins s’était dérangé ; la masse presque tout entière faisait hernie hors de son abdomen. C’est seulement vers onze heures que la famille, constatant l’état des choses, se décida à envoyer chercher le médecin.

« Suit le détail du traitement. La hernie fut réduite, les bords de la plaie furent réunis, un tube de drainage laissé dans la blessure. Une péritonite partielle éclata, mais sans accidents graves. Les médecins attirés par l’étrangeté du cas s’occupèrent surtout d’assurer la bonne ventilation de la chambre où gisait la malade et de l’entourer de la propreté la plus méticuleuse. Tout marcha à souhait. Le vingtcinquième jour, la blessure n’était plus que superficielle et réduite à six centimètres de long; le quarantième jour, la cicatrisation était complète. La malade est maintenant complètement rétablie et vaque à ses occupations habituelles, mais en restant à la disposition de la justice, qui lui demandera probablement compte de son acte. »

N’est-ce pas le cas d’appliquer à cette narration le proverbe qui nous vient du même pays : Se non èvero, è bene trovalo?

Accouchements post mortem. — Dans son Embryologie sacrée, l’abbé Dinouart nous en cite un cas :

« François Arevalle de Ségovie étoit allé dans un paiis éloigné. Son épouse meurt : on envoie un Courier lui annoncer cette mort; il se met aussitôt en route, il arrive tard, son épouse étoit déjà inhumée. Dans l’excès de sa douleur, son amour lui inspire d’ordonner qu’on l’exhume, et qu’on apporte son cercueil en sa présence, persuadé que ce spectacle le consolera dans sa douleur. On consent à sa demande, et le Ciel dans ce moment lui présente l’objet de la joie la plus sensible. Il considère le corps; et au mouvement qu’on remarque dans le ventre, et à certains cris sourds, on s’apperçoit que la défunte accouche ; on examine, et on voit un enfant dont la tête étoit déjà sortie. On le retira, il vécut, et gouverna dans la suite des temps la Province qui lui fut confiée. »

Une aventure analogue arriva à la baronne de Panat à la suite d’une mort apparente :

« Le baron de Panat était un gentilhomme huguenot d’auprès de

Montpellier, de qui on disait : « Lou baron de Panai , plus tôt mort que nat , » c’est-à-dire, plus tôt mort que né : car on raconte que sa mère, grosse depuis près de neuf mois, mangeant du hachis, avala un petit os qui, lui ayant bouché le conduit de la respiration, la fit passer pour morte; qu’elle fut enterrée avec des bagues aux doigts ; qu’une servante et un valet la déterrèrent de nuit pour avoir ses bagues, et que la servante, se ressouvenant d’en avoir été maltraitée, lui donna quelques coups de poing, par hasard, sur la nuque du cou, et que les coups ayant débouché son gosier, elle commença à respirer, et que quelque temps après elle accoucha de lui, qui, pour avoir été miraculeusement sauvé, n’en fut pas plus homme de bien, au contraire. »

Monstruosités humaines. — Notre chapitre ne serait pas complet si nous ne disions un mot des monstruosités humaines. On

Fig. 129. — Cynocéphale, d’après Aldrovandi.

sait ce qu’il faut penser, à cet égard, de la crédulité des Anciens : les monstres mythiques (1), dont nous avons déjà parlé et auxquels

(1) V. page 23.

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nous ne reviendrons qu’incidemment, nous en ont déjà donné une idée suffisante. Dans Pline, dans Aulu-Gelle, dans Tacite lui-même, il est question de peuples extravagants, habitant l’Inde, l’Afrique, la Sarmatie. Il est possible que tous ces contes aient été inspirés par la connaissance de certains cas tératologiques. Ainsi, on parle souvent, dans l’antiquité, de cynocéphales ou hommes à tête de chien (fig. 129). Or, en 1875, chacun de nous a pu voir le paysan russe Adrien Jefti-

chjew (fig. 130) dit l’homme-chien, dont la tête, en effet, rappelait celle d’un griffon au poil brun roussâtre; il était accompagné de son fils, Fédor, présentant le même aspect. Adrien et Fédor étaient tous deux horriblement laids; leur laideur était cependant surpassée par celle de Julia Kostroma (fig. 131), la femme à barbe qu’exhibaient les Folies-Bergère.

Nous nous rappelons avoir vu, dans notre enfance, le corps à moitié

plongé dans un baquet, d’une femme-poisson (1). Ce pastiche des antiques sirènes (fig. 132, 133) n’était probablement qu’un cas de sirénomélie (fig. 134, 133) ou fusion des membres inférieurs. Cette même monstruosité a peut-être donné l’idée des monocoles ou hommes à une seule jambe dont parle Aulu-Gelle, des sciapodes (fig. 137) dont

Kig. 131. — Julia Iioslroma.

le nom signifie que, de leur pied unique, ils pouvaient, comme d’une ombrelle, s’abriter contre les rayons du soleil; ce que n’aurait pu faire même Berthe aux grands pieds. Les sirènes ne sont pas la seule conception mythologique qu’on puisse justifier par quelque monstruosité. Le poil et les cornes des satyres, l’arrière-train des centaures (fig. 139, 140), lescyclopes, tout cela se retrouve non seulement dans les gravures fantaisistes de Schedel, mais encore dans les atlas tératologiques sérieux.

(1) On parle dans VUistoire du Portugal d’une pêche d’hommes marins au cap de Comorin, dont une femme et une fille furent envoyées au roi Emmanuel.

Au SVIIE siècle, on ajoutait encore foi à cette fable ; il est vrai que le nôtre, n’a rien à envier au précédent ; n’avons-nous pas vu le Constitutionnel faire avaler à ses abonnés, non pas des couleuvres, mais le fameux serpent de mer?

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Comme exemples de surabondance pileuse, nous avons l’homme chien et son fils, cités plus haut; les innombrables femmes à barbe,

Fig. 132. — Sirènes, d’après Aldrovandi.

orgueil de nos baraques foraines, et tout récemment la jeune Krao (1) dont le corps est couvert de poils soyeux. Au dire de son barnum,

Fig. 133. — Sirène allaitant son enfant. Fig. 134. — Sirénomélie, d’après Cruveiihier.

(1) Krao signifie singe, en Siamois.

cette Siamoise appartiendrait à une tribu vivant dans les forêts du Laos et formant, d’après la genèse darwinienne, les chaînons naturels qui relient l’homme au singe.

Fig. 135. — Autre cas de Sirénomélie.

La figure 141, tirée du Musée préhistorique de M. de Mortillet, semble donner quelque vraisemblance à cette théorie : il s’agit d’une

Fig. 136, 137. — Monstres de Pline, d’après la Chron. de Schedel (Nuremberg, 1493).

femme enceinte, gravée sur os ; elle est nue, son ventre et ses flancs sont recouverts de poils ; on peut donc en conclure, ainsi que d’autres

Fig. 138, 139. — Monstres de Pline, d’après la Chron. Fig. 140. — La Centauresse et son de Schedel. petit. Camée antique.

dessins du même âge, qu’à l’époque du renne, dont on voit deux

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jambes gravées au-dessous de la femme, la population était très

Fig. 141. — Pièce osseuse trouvée à Laugerie-Basse, commune de Tayac (Dordogne). Collection

Ed. Piette,

velue. Le ncevus pileux (fig. 142) peut aussi recouvrir de poils une

Fig. 142. — Ncevus pileux couvrant une partie du corps. Les poils se dirigent presque tous de haut en bas et de dehors en dedans ; une tumeur cutanée existe entre les deux épaules et à la région des fesses.

partie plus ou moins étendue du corps et donner à la peau l’aspect simiesque que présentait celle de Jacob. La femme tigresse qui se montrait dans les foires devait son nom à une anomalie semblable. Ces nœvi pigmentaires poilus ne sont d’ailleurs pas rares. Alibert raconte l’histoire d’une jeune fille qui portait sur le ventre une large plaque couverte de poils noirs et drus ; elle se maria sans en prévenir son fiancé, mais le soir de ses noces le mari fut si désagréablement surpris de cette particularité qu’il demanda le divorce et l’obtint.

Les hommes cornus ne sont pas non plus un mythe ; même parmi les femmes, on cite la veuve Dimanche (fig. 143), comme le plus beau

Fig. 143. — La veuve Dimanche.

spécimen du genre. La jument hydrocéphale (fig. 144), née au 10e régiment de chasseurs et offerte par le major Fabre au musée de Limoges, pourrait assurément passer pour un centaure (1).

Nous retrouvons la conception descyclopes dans cette monstruosité justement nommée cyclocéphalie (fig. 145).

(1) D’après Suétone, les pieds du cheval de Jules-César étaient pourvus d’orteils, et les Augures virent dans cette anomalie la preuve que le cavalier serait nommé empereur.

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Il n’est pas jusqu’à des attributs évidemment symboliques qu’on ne retrouve chez certains êtres sous forme de cas tératologique. Tout le monde connaît l’Artémise Ephésienne et ses innombrables mamelles (fîg. 39) ; or les mamelles supplémentaires ne sont pas rares. Le docteur Robert, de Marseille, a observé une mamelle supplé-

Fig. 144. — Jument hydrocéphale.

mentaire sur la cuisse gauche d’une femme. Son enfant a teté cette mamelle pendant vingt-trois mois, alors qu’un nourrisson s’allaitait aux seins normaux. Adrien de Jussieu a publié l’observation d’une femme qui avait une mamelle supplémentaire dans l’aine, et c’était celle qui servait d’ordinaire à l’allaitement. Nous avons vu à l’hôpital Saint- Louis, dans le service du Dr Porak (salle Paul Dubois), une femme

Fig. 145. — Cyclocéphale.

Fig. 146. — Mamelle supplémentaire sur la cuisse.

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affectée d’hypertrophie mammaire présentant, en outre, sous le sein gauche, une mamelle supplémentaire qui donnaitdu lait (fîg. 147, 148). Les Anciens connaissaient aussi l’hypertrophie mammaire, témoin ce monstre étrusque avec les tétines pendantes, que nous trouvons reproduit dans V Antiquité de Mesnard.

Fig. 147. — Hypertrophie des seins.

Il en est de même du Janus bifrons ; la tératologie a, en effet, dans son musée les monstres janiceps (fîg. 150, 151, 152) qui, comme onle voit, tirent leur nom de l’ancienne divinité latine. Notre vieux roman d’Alexandre suppose que le héros grec rencontra, tandis qu’il guerroyait aux Indes, des monstres à six mains (fîg. 153) ; si les mains trifurquées sont rares, les bifurquées (fîg. 154) le sont beaucoup

moins. Il en est de même des doigts surnuméraires (1) (fig. 155), bifurques (fig. 156), hypertrophiés (fig. 157) et palmés (fig. 158) ; ce dernier cas pourrait à la rigueur expliquer le canard mis au monde par la

Fig. 14S. — Mamelle supplémentaire sous le sein hypertrophié.

reine Berlhe. Les enfantements de crapauds, de singes, d’éléphants, peuvent trouver leur explication dans une vague ressemblance du crapaud avec les anencéphales (fig. 159, 160), du singe avec certains monstres aux membres supérieurs allongés (fig. 161), de l’éléphant (fig. 162) avec les rhinocéphales (fig. 163). Assurément le monstre

(1) Léonard de Vinci nous offre un exemple de cette malformation dans son chef-d’œuvre de la Cène, où l’un des apôtres présente une main ayant six doigts. Michel-Ange, dans son Jugement dernier, a eu la même fantaisie.

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Fig. 149. — Monstre étrusque.

Fig. ISO. — Monstre janiceps, d’après Is, G. de St- Hilaire.

Fig. 151. — Autre monstre janiceps.

Fig. lf>2. — Autre oariété de monstre janiceps communiqué par le professeur Üepaul.

Fig. 153. — • Comment Alexandre se bataille as porcs qui ont grans dons d’un code de long, et a homes et femes sauvages qui ont VI mains ». Miniature d'un man. du XIII0 siècle, n° 11040. Bibl. de Bourgogne.

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représenté (fîg. 164) est de pure fantaisie; il n’en est pas moins vrai que, dans les vitrines du musée Dupuytren, on peut voir la repro-

Fig. 155. — Doigt surnuméraire. Fig. 156. — Pouce bifurqué. Fig. 157. — Doigt hypertrophié, (Musée Dupuytren). d’après Curling.

duction en bois du monstre indien connu sous le nom de nosencéphale de Pondichéry , lequel ressemble à un tigre.

Fig. 159. — Anencéphale.

La présence d’un petit appendice à la région sacrée (fig. 165), a donné l’idée des hommes à queue. On sait que des voyageurs ont

Fig. ICO. — Momie d’anencéphale apportée d’Egypte par M. Pavsalacqua, en 1 82G, et prise par les Egyptiens pour un singe.

Fig. 161. — Monstre ressemblant à un singe, d’après Alilfeld.

Fig. 162. — Monstre à tête d'éléphant, Fig. 103. — Rhinoeépbale, d’après Is. G. St-Hilaire.

d'après Palfyn.

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même affirmé que les Niams-Niams, dans l’Afrique orientale, étaient pourvus de cet ornement : mais ces observateurs, quelque peu super-

ficiels, avaient pris une lanière de cuir pour un appendice caudal naturel (fig. 166).

Il faut cependant avouer que dans la galerie tératologique des

Fig. 1G5. — Monstre présentant un double appendice Fig, IGG. — Niam-Niam.

caudal, d’après A. Guérin.

auteurs anciens, Schedel, Rueff, A. Paré, Liceti, Aldrovandi et Pfafyn, qui se sont tous copiés, il figure bon nombre de monstres qui

n’ont jamais existé que clans leur imagination: tels sont ceux, qu’à

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titre de curiosité, nous reproduisons ci-contre (fig. 167, 168, 169, 170, 171, 172, 173, 174, 175, 176).

La figure 176 est le fac-similé d’une vieille gravure de 1658 qui

Fia. 173. ■ — Monstre sans tête avec une trompe dans le dos.

Fig. 174. — Monstre à deux pattes et plusieurs têtes.

porte la légende suivante, dont nous respectons l’orthographe : « Voicy la figure d’un monstre, trouvé dans l’isle de Madagascar, en Afrique, par un capitaine d’un vaisseau de Monsieur le Mareschal de la Meilleraye. Il est aprésen à Nantes en Bretagne, et seras bientôt à Paris. Ce monstre est d’un naturel doux et traictable, qui parle un

Fig. 175. — Monstre à tête de canard. Fig. 176. — Monstre à tête de grue.

certain langage que l’on ne comprend point. On lui a apris à faire le signe de la croix; et l’on a consulté des docteurs en théologie et en médecine, pour scavoir si on lui peut donner le baptême. Ils ont ordonné qu’il seroit instruict pendant 4 mois, et si on trouvoit qu’il raisonna, qu’on le pourrait baptiser ».

Sortons de la fantaisie et rentrons dans la réalité : la réalité tératologique est d’ailleurs assez extraordinaire. Quand un œuf contient deux germes qui se fusionnent ou s’accolent par un point quelconque du corps, il donne lieu à des monstres à une tête sur deux troncs (fig. 177) ; à deux ou trois têtes sur un seul tronc (üg. 178, 179, 180) : à deux troncs sur une seule paire de membres inférieurs (fig. 181, 182),

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à des' fœtus réunis soit par la tète (fig. 183, 184); soit parle périnée

Fig. 177. — Monstre à une tête sur deux troncs, d’après A. Paré.

Fig. 178. ■ — Monstre à deux têtes sur un seul tronc, .d’après A. Paré.

(fig. 185) ; soit par le tronc (fig. 186, 187), comme l'étaient les frères Siamois, Chang et Eng (fig. 188, 189), et Rita-Christina (fig. 190) ;

soit par les reins, à l’exemple de Mi 11 ie-Christine (fig. 191), et le monstre bifemelle (fig. 192, 193), né à Mazères (Ariège) et observé

Fig. 182. — Autre variété de dicéphale à deux jambes, d’après Ahlfeld.

par les docteurs Joly et Peyrat ; soit encore par les fesses, à la façon des sœurs hongroises^Hélèneet Judith (fig. 204) que Pope a chantées.

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, JJKDGURCaj.

Fig. 185. — Monstre double autositaire, observé par le Dr Berjoan, du Caire,

Fig. 187. — Monstres soudés par le tronc, d'après Ahlfeld.

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A côté de ces monstruosités doubles se placent naturellement les cas où l’un des jumeaux, incomplètement développé, s’insère sur le ventre, ou toute autre partie du corps de l’autre (fig. 194, 195, 196, 197, 198, 199, 200).

L’inclusion complète d’un fœtus dans un autre fœtus a été assez souvent observée. Bartholin rapporte que dans l’ile de Fionie, une certaine Jeanne, femme d’un Nicolas Pierre, mit au monde un fœtus qui en contenait un second. D’autre part, le moine Isabord d’A-

Fig. 1S8. — Les frères Siamois.

mexullen raconte ce qui suit: «J’étais un jour, au Mont-Saint- Pierre, à Erfurt, quand je fis la découverte d’un manuscrit où se trouvait l'aventure d’une jeune fille de dix-neuf ans : en l’an 836, cette fille fut traduite devant les magistrats et accusée d’être grosse ; elle affirme son innocence; pressée de questions, elle s’écria : « Si je

Fig. 189. — Cliang et Eng.

Fig. 190.— Squelette de Rita-Cristina, conservé au Muséum d’histoire naturelle, a, a , os coxaux ; b, bassin.

Fig. 191. — Millie-Christine. Vue de la soudure.

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suis grosse, Dieu fasse que l’enfant que je porte le soit également ! » Or, au bout de quelque temps, elle mit au monde un enfant mort

Fig. 192, — Le monstre humain, bifemelle de Mazères (Ariège).

Fig. 193. — Vue des organes sexuels se composant d'une vulve unique.

qui avait un ventre très développé : les juges furent aussitôt avertis

Fig. 194. — Homme portant sur le ventre l'insertion d’une portion d’enfant, d’après A. Paré.

Fig. 19a. — Tirée de Geoffroy-Sainl-Hilaire Anomalies ; planche 18.

de cet événement; il fut ordonné qu’on ouvrirait le corps de cet enfant, dans lequel on trouva, en effet, un fœtus bien conformé ».

Négligeons le côté romanesque de ce récit, le souhait de la mère ; il n’y a rien d’impossible dans le fait en lui-même, pas plus que dans l’histoire, rapportés par Bayle et Sigaud delà Fond, d’une petite fille qui, près deNaumbourg en Thuringe, vint au monde enceinte d’une autre dont elle accoucha huit jours après sa naissance. Nous allons maintenant citer une observation plus sérieuse. En 1804, àVerneuil,

Fig. 1D6. — Le mousquetaire de Liceti.

dans l’Eure, un enfant, nommé Bissieu, portait dans le flanc gauche, dès les premiers temps de son existence, une petite tumeur qui, vers l'âge de treize ans, augmenta subitement de volume en déterminant des accidents fébriles très intenses. En même temps, l’enfant rendit par les selles des matières putrides, de longs cheveux et il tomba dans un état de consomption qui le fit succomber un an après. A l’autopsie, on trouva, dans son ventre, une poche (fig. 201), renfermant les débris d’un autre enfant, tels que des portions d’os, des cheveux, des ongles et des dents, résultat d’une inclusion fœtale.

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Le cas du jeune Bissieu nous prouve que l’inclusion fœtale peut être observée même chez un individu du sexe masculin. C’est sur ce fait indéniable, qu’Edmond About a bâti un de ses romans, mais non pas un des meilleurs, le Cas de M. Guérin , dédié à Charles Robin.

Fig. 197. — Monstre polymélien. o, rudiment de vulve du parasite, d’après Depaul.

Fig. 198. — Monstre polymélien ; jeune portugais qui se faisait voir à Paris, d’après Lance reaux.

Nous terminerons par quelques détails sur certaines célébrités tératologiques : ils sont pour la plupart empruntés soit à Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1), soit au Dr Ernest Martin (2).

Un monstre assassin. — Suivant Sauvai, un monstre double,

(1) Des Anomalies de l'organisation chez l'homme et les animaux ,

(2) Histoire des monstres.

Fig. 199. — Gustave Evrard né avec un arrière-train supplémentaire formé d’une portion de bassin et d'une cuisse unique, donnant insertion à deux jambes terminées par deux pieds, d’après Jules Guérin.

Fig. 200. — Monslre épignatlie. Une masse se terminant par une jambe et un pied bien conformé prend son insertion sur le maxillaire supérieur gauche et sort par la bouche. (Musée de la Maternité).

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que l’on voyait à Paris en 1649, commit un assassinat. Une seule des moitiés était coupable et fut condamnée à mort. Mais quand vint le

Fig. 201. — Fœtus trouvé dans le corps d’un enfant, d’après une pièce modelée en cire.

A. Tête du fœtus, a, a, a. Dents dans leurs alvéoles, b, Dent implantée hors de son alvéole, c, A cette place était intérieurement. un œil. x, Bouquet de poils tenant la place des sourcils, d, d, Ces trous sont présumés être ceux de l’odorat, e, e , Partie chevelue du crâne, f, Masse charnue, reste de lèvre, g, Portion informe, osseuse, tenant la place de l’épaule, h, h, Epine du dos. f, Appendice graisseux, au milieu du quel on a trouvé trois phalanges, k, Le bassin. I, La cuisse et la jambe, m, Le pied vu par derrière, n, n, Trois orteils, o, o, Eminences osseuses. — B. Rate. C. Estomac. — D. Portion du colon. — E. Portion du colon transverse ouvert, avec laquelle le kyste était adhérent. — F, F. Lambeaux du kyste qui enveloppait le fœtus et qui était composé des membranes chorion et amnios. — G. Portion la plus épaisse du môme kyste, à laquelle aboutissaient les vaisseaux ombilicaux, et qui doit être regardée comme le placenta du fœtus ou arrière-faix, puisque dans cet amas de vaisseaux étaient compris les artère et veines ombilicales. p, p, pointillé qui indique le contour du kyste.

moment de l’exécution, les juges se dirent que tuer l’un c’était condamner l’autre au même sort; ils aimèrent mieux révoquer la sentence et le monstre fut remis en liberté.

Le fou de J acques IV. — Le fou de Jacques IV, d’Ecosse, était un être doubleau-dessus de l’ombilic et simple au-dessous. Des deux êtres qui le composaient, l’un était plein d’intelligence, d’esprit et de verve ; il était bon musicien, et, par sa beauté aussi bien que par son esprit, charmait les dames de la cour; l’autre, au contraire, était laid, idiot et ivrogne à un tel degré qu’il a fini par tuer son frère, en mourant lui-même alcoolique. Ces deux êtres n’étaient jamais d’accord ; ils se battaient et s’arrachaient la bouteille des mains, l’un pour la boire, l’autre pour la jeter.

Nains et géants célèbres (1). — Les monarques et grands seigneurs de tous les temps ont montré pour les nains un véritable engouement; et cependant, à quelques exceptions près, ces êtres rachitiques ne sont pas seulement difformes de corps, mais ils ont une intelligence bornée et sont décrépits de bonne heure.

Au nombre des nains célèbres, nous trouvons, dans l’antiquité : Carachus, conseiller intime du grand Saladin, que ce sultan cachait dans ses larges manches pour le consulter secrètement en public ; Philetas, le protégé d’Àspasie, auquel un coup de vent cassa une jambe et qui, par la suite, porta des semelles de plomb pour éviter un semblable accident ; le nain de Tibère qui ne craignait pas de dire à cet horrible prince les plus dures vérités; celui de Domitien que ce monstre fit mettre à mort par son imprudente réponse: « N’y a-t-il personne avec l’empereur? » lui demandait Vibius Priscus. — Non, pas même une mouche », réponditle nain faisant allusion à l’habitude qu’avait son maître, de s’enfermer une partie de la journée pour enfiler des mouches avec un poinçon d’or ; Lucius, le favori d’Auguste qui lui fit élever après sa mort une statue en marbre dont les yeux étaient faits de deux gros diamants: comme ce nain avait une belle et forte voix, l’empereur imagina de lui faire chanter plusieurs hymnes, blotti dans le casque gigantesque d’un prisonnier gaulois que celui-ci vint déposer au milieu du cirque, à côté de son épée fichée en terre; Cunopas et Andromède qui montaient sur deux petites échelles pour présider à la toilette de leur maîtresse, Julie, fille d’Auguste.

Dans les temps modernes, nous citerons :

Le nain que Marie de Médicis avait adopté, alors qu’elle était toutepuissante, et qui la suivit dans son exil à Cologne; Corneille de Lithuanie, le nain et le confident de Charles-Quint ; le nain de Fran-

(1) Voir les Nains et les Géants par Edouard Garnier.

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çois Ier, nommé Grandjean par ironie; Barwilowski, altaché à la comtesse Humieszka, était, par exception, un gentilhomme bien proportionné et très intelligent, sa taille ne dépassait pas 76 centimètres ; Jeffery iïugdson, nain de la duchesse de Buckingham, était encore plus petit, il n’avait que 56 centimètres de hauteur: sa maîtresse l’offrit, enfermé dans un pâté, à la reine Henriette-Marie, femme de Charles Ier d’Angleterre ; Nicolas Ferry, plus connu sous le sobriquet de Bébé, était le nain de Stanislas Leczynski, roi de Pologne ; il ne mesurait que 89 centimètres : un sabot lui servit, dit-on, de berceau. Son épouse, Thérèse Sauvray, était de la même taille que lui. Bébé ne put jamais apprendre à lire, et son nom lui vint de ce qu’il ne fit entendre que la syllabe B, pendant ses premières années. Il mourut de vieillesse à vingt-cinq ans. Son squelette est au Muséum du Jardin des Plantes et son mannequin au musée Orfila.

Nous terminerons cette longue énumération par les nains contemporains les plus connus :

Le prince Colibri que l’on voyait souvent aux Champs-Elysées conduire un superbe attelage de poneys nains ; Tom Pouce, qui joua au théâtre des Variétés le rôle du petit Poucet et qui s’était réfugié, un jour, dans le manchon de Fanny Elssler ; enfin, le commodore Morrison Nutt dont la taille mesurait 30 pouces à 16 ans, lorsque Barnum vint l’engager chez ses parents, en 1860 ; mais avec les années, il grandit un peu et, à sa mort, il avait 3 pieds 7 pouces.

Parmi les géants authentiques qui ont vécu de nos jours, nous citerons le Finlandais Caianus, haut de 2m,83 ; le Kalmouck Margrath, qui mesurait 3m,53 et dont les os sont conservés dans les vitrines du musée Orfila ; enfin, le Portugais Luengo y Capilla qui avait une stature de 2m,30 et portait des chaussures de 65 cent, de long. Quant au fameux roi des Cimbres, Teutobochus, auquel on attribuait une hauteur de trente pieds, Cuvier a démontré que les ossements, trouvés dans son tombeau, provenaient d’un mammifère antédiluvien de l’espèce des mastodontes.

Malgré la croyance populaire, les peuples de géants et de nains n’ont jamais existé ; les Myrmidons et les Pygmées des temps fabuleux sont aussi imaginaires que les Spithamiens de Pline, les Quinios de Gommerson et les Lilliputiens de Swift.

Tribulations des hermaphrodites. — Autrefois les hermaphrodites étaient considérés comme des monstres indignes de vivre. Les Athéniens et les Romains les sacrifiaient dès leur naissance ; au moyen âge, ils étaient brûlés vifs comme possédés du démon, et jus-

qu’au XVIIe siècle, nous voyons Riolan, lui-même, qui le premier réagit contre le préjugé attribuant l’origine des monstres à l’intervention de démons ou d’animaux, ne faire aucun quartier à l’hermaphrodisme : « Quant à l’être », disait-il, « qui moitié homme, moitié femme, fait injure à la nature, il doit être mis à mort. »

On lit dans la Chronique scandaleuse de Louis XI : « En ladite année 1478, advint au pays d’Auvergne, que en une religion de moines noirs, appartenant à Monseigneur le cardinal de Bourbon, y eut ung des religieux dudit lieu qui avoit les deux sexes de l’homme et de la femme, et de chacun d’iceulx se aida tellement qu’il devint gros d’enfant ; pourquoy fut prins et saisi et mis en justice, et gardé jusques à ce qu’il fût délivré de son posthume, pour après iceluy venu, eslre fait dudit moine noir ce que justice verroit estre à faire ». C’est sur ce moine du couvent d'Issoire que Bauhin fit ce vers tautologique :

Mas, mulier, monachus, mundi mirabile monstrum.

Il était homme, femme, moine, prodige surprenant de la création.

En réalité, c était un hermaphrodite, avec prédominance du sexe féminin, et capable d’enfanter.

Nous avons plusieurs exemples semblables. En 1599, une hermaphrodite de Dole, Antide Collas, fut examinée par des médecins ; ces doctes personnages, établirent que sa conformation sexuelle était le résultat d’un commerce infâme avec le démon. Elle fut soumise à la question et, vaincue par les tortures, elle fit des aveux complets et fut condamnée à être brûlée vive. Un fait analogue eut lieu en 1 GO 1 , mais les juges furent plus indulgents ; le parlement de Rouen n’infligea que la prison perpétuelle à une certaine Marie le Marcis, accusée de porter indûment des babils de garçon. Riolan, contrairement à l’avis de Duval, chargé d’examiner le sujet, dit que Marie le Marcis, était une fille, mais reconnut qu’elle avait été de bonne foi en portant des vêtements étrangers à son sexe. Sur ces conclusions favorables, le parlement ordonna sa mise en liberté, avec ordre de prendre les habits de femme et de rester célibataire sous peine de mort. Pareille obligation fut faite à Anne Grand-Jean qui, croyant appartenir au sexe masculin, s’était mariée, en 17G1, avec Françoise Lambert.

Au commencement de ce siècle, on observa un cas très intéressant d'hermaphrodisme, avec prédominance du sexe féminin, chez Marie Madeleine Lefort (fig. 202), que plusieurs médecins avaient prise pour un sujet du sexe masculin. Le clitoris (fig. 203) était très développé et

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simulait une petite verge dont le gland eut été imperforé. L’urine elle sang des règles passaient par un cloaque commun. A sa mort, en 1864. l’autopsie donna raison au physiologiste Béclard qui, dès 1817, avait soutenu qu’elle était femme, malgré sa voix masculine et la barbe qui couvrait son menton.

Fig. 202. — Marie Madeleine Lefort (Holmes, mal. chir. des enfants, 1870).

En 1876, tous les journaux ont parlé d'une erreur de sexe assez curieuse. Voici le récit d’A. Scholl :

« Parmi les hirondelles de nuit qui rasent les trottoirs du quartier du Temple, se trouvait, il y a quelque temps, une fille inscrite sous le nom de Marie Brécinet. Simple dans sa mise, modeste dans ses exigences, Marie Brécinet vivait tant bien que mal des petites générosités que lui faisaient les passants. Le tarif est peu élevé dans les environs du Château-d'Eau. On y entend un opéra pour deux francs, et Vénus sait régler ses exigences sur celles du directeur du théâtre.

« Un jour, l’un des médecins de la préfecture de police est changé. Le nouveau docteur, en passant son inspection, s’arrête stupéfait. Il appelle son collègue et lui démontre par a plus b que Marie Bcécinet doit être considérée comme appartenant au sexe masculin. Elle a été inscrite comme fille soumise avec une coupable légèreté. Il y a bien, dans la conformation du sujet, une irrégularité d’où est venue l’erreur, mais Marie Brécinet est bien certainement un homme.

« La malheureuse supplia, mais en vain.

« Elle fut rayée du registre de la prostitution, son état civil fut rectifié, et, comme l’Etat ne perd jamais ses droits, elle fut incorporée dans un régiment de ligne !

« Fille publique il y a un an, elle est sur le point de passer caporal ».

Poésie tératologico-religieuse. — En 1569, naquirent dans le Forez deux jumeaux qui étaient réunis par toute l’étendue de la poitrine; ils furent présentés à Charles IX, avant leur mort. La dissection en fut faite par Jacques Roy, mais l’auteur d’une brochure, publiée en 1570, le Pourtrait des en fans jumeaux envoyés au Roy , ne nous fait pas connaître les détails de l’autopsie ; il a mieux aimé les remplacer par trois sonnets et une épigramme antithésique où, burlesquement, il compare aux deux jumeaux la religion catholique et la réformée :

S’entr’accolans vous voyez ces jumeaux,

Ayans un corps, deux cœurs et deux cerveaux,

L’un præmourant, sans baptisme, est vaincu,

A qui l’autre a, baptisé, survescu (1).

O spectateurs, sont deux religions,

La Catholique, et l’Huguenotte aussi, etc.

L’auteur termine ainsi :

Conclurre fault, que malgré la canaille Des Huguenots et leur rébellion,

Leur naissante et faulse religion Succombera bien tost; et quoy qu’il tarde,

Luy donnera l’église la nazarde,

Pour l’envoyer aux diables infernaulx,

Voilà le sens prognostic des jumeaux.

Plus tard, au commencement du XVIIe siècle, après la promulga-

1) L'un des deux jumeaux avait survécu quelque temps à son frère.

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tion de l’édit de Nantes à Paris, un autre cas tératologique donna au protestantisme l’occasion de rendre au papisme la monnaie de sa pièce. Il était né deux jumelles réunies par l’ombilic; on les ondoya et

Fig. 203. — Coupe du bassin de Marie-Madeleine Lefort, montrant les organes génitaux. — J, sonde passée par l’ouverture principale au-dessous du clitoris. — M, Vagin. — O, Ovaire. — T, trompe. — U, utérus. — L, ligament rond. — V, vessie. — U, uretères. — I), orifice de l’urètre. — R, rectum. — ■ G, grandes lèvres (Dr Wieland).

elles moururent le second jour de leur naissance. Un chroniqueur huguenot « sous prétexte d’écrire », dit le D1' Martin, « Y histoire véritable et remarquable de deux jumelles jointes, rima comme une saynète où il déploya son talent de poète en même temps que sa haine contre Rome et le pape.... Un médecin, un enquesteur et un théologien prennent successivement la parole : le premier déclare que le monstre est un exemple de surcroît « de matière, trop grande pour un

seul corps, trop petite pour deux. » Cependant il ne tente pas « d’enfoncer le secret d’un aussi étrange cas »; il passe donc la parole au théologien qui répond :

Je tiens que ces deux fronts, cette face jumelle,

Sont deux religions dont l’une est qui s’appelle Papisme, et son autheur est l’antechrist romain,

De l’autre est Mahumetavec son Alcorain.

« Il n’eût certainement pas tenu ce langage sept années auparavant. Enfin il termine, lui huguenot, par ce souhait vengeur :

... Que du grand pasteur la semence bénitte Chante de ces tyrans la force déconfitte,

Disant, c’est pour le vrai que Christ tue à ce coup Le lion arabic et de Rome le loup. x>

Hélène et Judith. — Ce monstre double, bifemelle, appartenant au genre pygopage, naquit en 1701 à Szony, bourg de Hongrie; fut baptisé sous le double nom d’Hélène et de Judith ; offert à sept ans en spectacle à la curiosité publique; promené dans toutes les parties du monde; placé à neuf ans, par les soins de l’archevêque de Strigonie, dans un couvent de Presbourg, où il mourut dans sa vingtdeuxième année.

Buffon a décrit ce monstre et la France médicale de 1873, a donné la traduction du document publié alors dans les Transactions 'philosophiques de la Société royale de Londres. Nous reproduisons quelques extraits de ce curieux document.

Sur un double monstre femelle , né à Szony , en Hongrie , le 26 octobre 1701 , et mort le 25 février 1725, à Presbourg , au couvent des sœurs de Sainte-Ursule , où il fut enseveli , par Justus-Joiiannes Torkos, M. D. P. R. S., traduit du latin.

« 1. Le docteur Torkos commence le récitde cette monstruosité en faisant remarquer la preuve qu’elle fournit de l’influence de l’imagination de la mère sur le fœtus ; car, au commencement de la grossesse, la mère regardait avec une attention extrême des chiens coïtant, collés l’un à l’autre sans pouvoir se séparer, les têtes tour-

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nées chacune de leur côté, et elle ne pouvait chasser ce tableau de sa pensée.

« 2. Lors de l’accouchement, le corps d’Hélène sortit d’abord jusqu’à l’ombilic. Trois heures après, les pieds sortirent avec le corps de Judith joint à celui d’Hélène. Hélène était la plus grande et la plus forte. Bien qu’elles fussent unies par le dos au-dessous des reins, elles pouvaient encore tourner à moitié leur figure et leur corps l’une vers l’autre, de sorte qu’elles pouvaient s’asseoir, se lever, marcher. Elles avaient un anus commun, situé entre le fémur droit d’Hélène et le fémur gauche de Judith. Elles n’avaient qu’une vulve, placée

au milieu de leurs quatre jambes, de sorte que, lorsqu’elles se tenaient debout, on ne pouvait l’apercevoir. Quand l’une d’elles avait envie d’aller à la selle, l’autre éprouvait le même désir; mais, quant à l’excrétion de l’urine, l’une pouvait avoir envie de faire de l’eau sans que l’autre ressentît rien. Aussi, dans leur enfance, bien qu’elles s’aimassent beaucoup l’une l’autre, était-ce entre elles la source de fréquentes et violentes disputes; c’était à qui emporterait l’autre sur son dos ou la traînerait jusqu’au lieu où elle avait besoin d’aller (1).

(1) « D’après une autre version plus récente, » dit M. de Parville, « les évacuations alvines, aussi bien que les évacuations urinaires se seraient faites chez les deux sœurs à différents moments. »

Fig. 204. — Hélène et Judith.

« 3. A six ans, Judilheut une paralysie du côté gauche, et, bien que guérie, elle resta toujours plus faible, plus apathique et plus bornée ; au contraire, Hélène devint plus vive, plus spirituelle et plus belle.

« 4. Il n’y avait pas seulement celte différence dans leurs personnes; on observait également une différence dans leurs fonctions vitales, animales et naturelles, dans l’état de santé, comme dans l’étal de maladie. Et, bien quelles aient eu la variole et la rougeole en même temps, elles pouvaient avoir séparément d’autres maladies. Judith avait souvent des attaques de nerfs, tandis qu’IIélène restait libre de toute indisposition. Hélène eut une pleurésie, Judilh la fièvre. L’une avait un catarrhe et de la colique, tandis que l’autre continuait de se bien porter.

« 5. Le 8 février 1723, à l'âge de vingt-deux ans, Judith fut saisie de convulsions violentes, suivies de coma, et mourut le 23 février. Pendant ce temps, Hélène était affectée de fièvre, accompagnée de fréquentes pertes de connaissance; aussi, bien qu’elle sentit encore, et qu’elle pût encore parler, elle devint tellement faible, qu’elle tomba dans l’agonie trois minutes avant Judith. Après une courte lutte, les deux sœurs expirèrent presque au même instant.

« 6. A l’ouverture de leurs corps, on remarqua que chacune d’elles avait des viscères distincts ; mais, tandis que ceux-ci étaient tous en bon état chez Hélène, chez Judilh le cœur était démesurément dilaté et renfermé dans un péricarpe très épais; le poumon était en putrilage. L’aorte et la veine cave descendante, en arrière du point où elles donnent naissance aux artères et aux veines iliaques, étaient unies ensemble. Tous les viscères de l’abdomen étaient sains. Chacun des deux corps avait son foie propre, sa rate, son pancréas, ses reins, sa vessie, son utérus, avec les ovaires et les trompes de Fallope. Les parties génitales externes, excepté l’orifice du vagin qui leur était commun, étaient propres à chacune d’elles. Chez les deux, l’estomac et les intestins avaient la position naturelle, mais les deux rectums étaient unis au niveau du sacrum, de manière à former un canal commun assez large. Les sacrums se réunissaient au niveau de la deuxième division et formaient un seul corps, de sorte qu’au bout, il n’y avait qu’un sacrum et qu’un coccyx. »

Chang-Eng ou les Frères Siamois. — Ce monstre, illustre entre tous, naquit en 1811, dans le royaume de Siam, d’une mère indigène et d’un père chinois. Chang et Eng vinrent au monde sans difficulté, placés de telle sorte que la tête de l’un touchait aux pieds de l’autre; ils étaient unis entre eux de l’ombilic à l’appen-

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dice xiphoïde : le cas est connu sous le nom de xiphopagie (fig. 189).

Dans leur enfance, ils se trouvaient opposés face à face, les deux thorax et les deux abdomens se louchant, disposition commune à tous les xiphopages lors de leur naissance, ün conçoit facilement la gêne qui en résulte; aussi par suite d’efforts faits dès l’enfance pour arriver à des relations mutuelles plus commodes, les deux appendices xi-

Fig. 205. — Les frères Siamois en costume de ville.

phoïdes se sont relevés et rejetés latéralement, l’un à gauche et l’autre à droite. Les deux sujets se sont trouvés dès lors, l’un par rapport à l’autre, de côté et à angle droit, soudés ensemble par une sorte de bande transversale, longue de cinq pouces, large de six, assez flexible pour que, l’un étant debout, l’autre put se baisser. Ils pouvaient encore se placer l’un en face de l’autre, comme ils l’étaient durant leur enfance; mais, en ayant perdu l’habitude, cette altitude

leur était devenue gênante. C’est dans la position où les représente notre figure (fig. 205) que les frères Siamois marchaient, s’asseyaient, se tenaient debout, « comparables, » dit I. Geoffroy Saint-Hilaire, « à deux personnes qui, serrées l’une contre l’autre, se touchent réciproquement par un des côtés de leurs poitrines ». La jambe et le bras droit de l’un des frères, la jambe et le bras gauche de l’autre étaient en avant, les deux autres jambes et les deux autres bras en arrière ; dans la marche, les jambes postérieures ne pouvaient alors que seconder et, pour ainsi dire, suivre les deux antérieures: aussi étaientelles faibles, maigres et, chez l’un des deux frères, sensiblement cagneuses. De même, quand Chang et Eng ne les enlaçaient pas mutuellement autour de leurs cous ou de leurs poitrines, leurs bras postérieurs pendaient comme inertes derrière leur double dos. « Les deux moitiés du corps, » dit I. Geoffroy Saint-Hilaire, « et même de la tête, les yeux exceptés, pour lesquels a précisément lieu l’inverse, offrent des différences moins marquées, mais analogues; en sorte que, par une disposition que la simplicité de son explication ne rend pas moins singulière, le côté droit d’Eng se trouve beaucoup plus semblable au côté gauche de Chang, et réciproquement, qu’à l’autre moitié de son propre corps ». Remarquons, en passant, que si les frères Siamois se ressemblaient de visage, ils différaient par la taille et la force.

Ordinairement, la respiration et les pulsations artérielles étaient simultanées chez les deux frères. Toutefois, les médecins de Londres et de Paris ont pu constater à plusieurs reprises, quelquefois sans cause apparente, des différences dans le nombre des pulsations. Chang et Eng montraient d’ailleurs dans toutes leurs fonctions, dans leurs actions, dans leurs paroles, dans leurs pensées mêmes, une remarquable concordance, mais, comme le fait justement remarquer I. Geoffroy St-IIilaire, « toutes ces concordances prouvent la parité et non l’unité: des jumeaux normaux en présentent souvent d’analogues (1), et sans doute en offriraient de tout aussi remarquables, s’ils eussent invariablement, pendant toute leur vie, comme les deux Siamois, vu les mêmes objets, perçu les mêmes sensations, joui des mêmes plaisirs, souffert des mêmes douleurs ». Notons, toutefois, que c’était là leur état habituel, mais non leur état constant et néces-

(1) En effet, les jumeaux provenant d’un œuf ot contenus par conséquent dans une seule poche amniotique ont toujours le même sexe et présentent souvent une concordance frappante dans leur conformation physique et dans leurs facultés psychiques. Les deux paires de jumeaux de la comédie de Shakespeare les Méprises, suivant la remarque de Schrôder, doivent donc être supposés provenir d’un seul et même œuf.

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saire. Il est faux, comme on l’a prétendu, que les deux frères aient éprouvé toujours, au même moment et au même degré, le sentiment de la faim ; que les plus légères indispositions de l’un aient toujours été ressenties par l’autre; enfin que leur sommeil ait toujours commencé et fini au même instant, si bien que jamais l’un d’eux n’aurait pu voir son frère endormi. « Cliang et Eng s’aimaient beaucoup. Obligés de s’obéir tour à tour et de se faire, à chaque instant, le sacrifice mutuel de leur volonté, à peine les a-t-on vus quelquefois en mésintelligence. Telle était même la force de leur affection, qu’ils^ne

trouvaient pas acheté trop cher, au prix de la gêne constante de leurs mouvements, le bonheur de se sentir sans cesse l’un près de l’autre, et de réaliser à la lettre cette belle image de l’amiLié : tous deux ne sont qu’un, et chacun est deux. On assure que plusieurs chirurgiens, ayant conçu le projet, trop hardi peut-être, de les rendre à l’état normal par leur séparation, ce fut ce sentiment, bien plus que la crainte de la douleur ou de la mort, qui les détermina à se refuser à toute opération (1) ». Cependant, Cliang et Eng ne s’adressaient presque jamais la parole, si ce n’est pour se dire quelques mots, en apparence sans suite et inintelligibles aux autres. En revanche, ils

(1) I. Geoffroy Saint-Hilaire.

s’entretenaient volontiers avec leurs visiteurs; souvent même chacun d’eux suivait séparément une conversation distincte avec des interlocuteurs différents.

Dans leurs courses errantes, Chang et Eng s’étaient façonnés aux mœurs d’Occident. Ils parlaient couramment l’anglais et avaient presque oublié le chinois. Enrichis par la curiosité publique, ils se retirèrent dans l'Amérique du Nord, à Mount-Airy, où ils firent de la grande culture sous le nom des frères Bunker. Ils épousèrent les deux sœurs et eurent vingt-deux enfants bien constitués. Chang, qui était assez porté aux boissons alcooliques, eut une congestion cérébrale et une paralysie d’une moitié du corps pendant quelques années; il devint sobre après cet avertissement et se remit peu à peu. Mais le 13 janvier 1874, en revenant de la chasse, il fut pris de refroidissement et, le quatrième jour de sa maladie, mourut d’une fluxion de poitrine, pendant le sommeil de son frère. A son réveil, celui-ci voyant son frère mort, eut conscience de sa fin prochaine et succomba quelques heures après dans une agitation extrême.

La dissection de la bande qui les unissait (fig. 206) fut faite par des médecins qui y constatèrent la présence de vaisseaux volumineux et des prolongements du péritoine : aussi son excision aurait-elle été extrêmement dangereuse et très probablement mortelle.

Rita-Cristina. — Rita-Cristina (fig. 190, 207), monstre xyphodyme, naquit à Sassari, en Sardaigne, le 10 mars 1829. La mère, femme robuste, avait eu déjà huit couches heureuses, quand à l’âge de trente et un ans elle mit au monde l’enfant double qui nous occupe. L’accouchement eut lieu à terme normal, mais fut assez difficile pour que l’on dût recourir à l’emploi de lacs : ce furent les deux têtes qui se présentèrent d’abord.

Dès l’âge de trois mois et demi, les deux individus composants présentaient entre eux une différence très sensible: le sujet placé au côté gauche de l’axe d’union, Cristina, avait la tête plus ovale et plus grosse que le sujet droit, Rita; de plus elle était vive, gaie, avide de prendre le sein, tandis que Rita, maigre, jaune, sans appétit, portait sur sa figure, qu’on aurait dite bleuâtre, une certaine expression de souffrance. Un sentiment d’humanité fort mal entendu vint aggraver la situation de Rita.

Les parents de notre monstre étaient venus à Paris avec le dessein d’exploiter la curiosité publique : la police leur refusa l’autorisation nécessaire ; les malheureux tombèrent dans une misère noire sans autres ressources que quelques aumônes et le produit de quelques

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visites clandestines. L’hiver fut terrible pour le malheureux monstre. « Tenues, dit J. Geoffroy St-Hilaire, dans une chambre presque toujours sans feu, découvertes plusieurs fois par jour pour être soumises à de nouvelles investigations, Rita et Cristina ne pouvaient manquer dépérir d’une prompte mort. En effet, Rita fut prise d’une bronchite intense dont il fut impossible d’arrêter les progrès avi milieu des déplorables circonstances où se trouvaient placées les deux sœurs. Ce fut trois jours seulement après l’invasion de la maladie, que succombèrent Rita et Cristina ; Rita, déjà privée de sensibilité, et vraiment à l’agonie depuis plusieurs heures; Cristina, jusqu’au dernier moment, pleine de vie et de santé: sa respiration était seulement un peu gênée, son pouls plus fréquent, et elle venait encore de prendre

le sein, quand tout à coup, sa sœur expirant, elle expira aussi ». Les deux sœurs étaient âgées de huit mois.

Les observa lions physiologiques faites sur Rita-Cristina sont des plus curieuses. Souvent l’une dormait tandis que l’autre tétait, l’une criait tandis que l’autre souriait. Touchait-on une partie du corps non comprise dans l’axe d’union, une seule des deux sœurs percevait la sensation ; si l’on chatouillait la jambe droite, Rita seule le sentait et Cristina seule, si l’on chatouillait la gauche : donc sur cette paire commune de membres, une jambe appartenait à Rita seule, une à Cristina. Au contraire, dans le cas où l’expérimentateur agissait Fig. 207. - Rita-Cristina. xyphodyme. sur une partie comprise dans l’axe

d’union, sur la vulve, par exemple, ou sur l’anus, la sensation était perçue par les deux sœurs. Avant même l’autopsie, il avait été démontré que Rita et Cristina, contrairement à une opinion d’abord admise, avaient chacune un cœur distinct: en effet, quand Rita devint gravement malade, elle eut environ vingt pulsations de plus que sa jumelle. A ce moment, le nombre des mouvements respiratoires présenta aussi quelques différences, mais assez peu sensibles. Les deux sœurs éprouvaient séparément le sentiment de la faim, mais c’est presque toujours ensemble qu’elles sentaient le besoin d’expulser les matières fécales. Cette différence s’explique par la disposition de leur canal alimentaire,

double jusqu’au commencement de l’ileum. Celte particularité nous fait aussi concevoir comment Rita pouvait subsister avec le jieu de nourriture qu’elle prenait : Cristina, qui était extraordinairement avide, faisait passer dans l’ileum commun plus de substance nutritive qu’il ne lui en fallait à elle-même et soutenait ainsi sa sœur.

Millie-Christine. — Millie-Christine naquit en 1831 dans un village du comté de Colombus (Caroline du Nord); le père était mulâtre et la mère négresse. Lors du séjour que Millie-Christine fit à Paris, les docteurs Robin et Tardieu, chargés d’aller l’examiner, firent un rapport qui donna lieu, à l’Académie de médecine, à une discussion intéressante que nous résumons (1).

« L’être double dont il s’agit », dit M. Tardieu, « est en réalité formé de deux personnes du sexe féminin, originaire de la Caroline du Nord et actuellement âgées de vingt-deux ans. Les deux têtes sont volumineuses et présentent au plus haut degré les principaux traits de la race noire. L’œil est vif, le regard est doux et intelligent; l’expression de la physionomie mobile est tout à fait personnelle et distincte chez chacune d’elles. Le tronc est complètement séparé; les deux corps, originellement placés dos à dos, sont exactement réunis par la soudure complète du sacrum. La réunion n’a pas lieu par une languette de chair, ou un appendice graisseux, ou un prolongement de la peau, mais par la réunion intime des deux squelettes. La peau du dos se réfléchit de l’un sur l’autre individu au niveau du bord supérieur du sacrum, et la main portée au fond de l’intervalle sent très bien la configuration et la résistance de la surface osseuse. Mais une disposition fort remarquable se présente du côté de la colonne vertébrale, dans toute la partie qui est au-dessus du point où a lieu la réunion. Le rachis offre une double incurvation latérale très prononcée, qui remonte évidemment aux premiers temps de la vie, et qui est due aux efforts qu’ont faits les deux sœurs, condamnées à se tourner le dos éternellement, pour se retourner et arriver à se faire face l’une à l’autre, à se voir, à s’enlacer comme elles font facilement aujourd’hui. Cette déformation de la colonne vertébrale a réduit beaucoup la taille et explique en partie le développement incomplet que celle-ci présente.

« Dans cette partie supérieure du corps de Millie-Christine, les deux troncs, complètement libres, sont pourvus d’organes, et vivent

(1) De Parville, Causeries scientifiques, 1873.

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d’une vie absolument indépendante. Nous avons eu une preuve très piquante et singulièrement marquée de la séparation absolue de leurs facultés affectives et intellectuelles, dans un incident qui s’est produit devant nous. Les arguments très pressants que nous employions

Fig. 207. — Millie-Christine. Figure tirée de Y Illustration.

pour obtenir d’étendre notre visite jusqu’aux parties les plus cachées, repoussés par un sentiment de pudeur qui n’avait rien de joué, avaient toutefois semblé toucher et presque ébranlerd’une des deux sœurs, lorsque l’autre manifesta son opposition dans une sorte de querelle

qui s’établit entre les deux sœurs, permettant de reconnaître, au son de la voix et aux traits du visage, la différence des sentiments et de la volonté chez l’une et chez l’autre.

« Les fonctions organiques ne sont pas moins séparées et distinctes. Les cavités thoraciques, à part la déviation du rachis, sont bien conformées; les seins et l’attache des bras sont en rapport avec la race. Le cœur occupe chez chacune d’elles sa place normale. Nous constations même que les deux cœurs ne battent pas à l’unisson, et que le pouls n’a pas la même vitesse ni les mêmes caractères chez les deux sœurs. De même, la sensibilité tactile est complètement séparée dans toute la partie supérieure du corps : chacun des individus reçoit et perçoit à part les différentes impressions.

« La portion élargie du squelette du bassin reste bien conformée et séparée. Nous avons pu suivre avec le doigt le rebord de l’os des îles, dont la conformation normale est d’ailleurs attestée par l’articulation régulière des membres inférieurs sur l’os coxal. Ceux-ci sont au nombre de quatre; ils se meuvent librement et non sans une certaine élégance, bien que, pour chaque couple, il y ait une légère inégalité de longueur et de développement entre les deux jambes. »

A ces renseignements, M. le docteur Broca ajouta ceux-ci :

« Les quatre jambes ne sont pas, en effet, égales en force et en longueur. Le mouvement de torsion qui s’est produit dans les colonnes vertébrales et à la faveur duquel les deux sœurs ont fini par arriver à se retourner quelque peu l’une vers l’autre, s’est effectué dans le sens qui correspond au côté gauche de Millie et au côté droit de Christine; de sorte que, si l’on considère chaque sœur isolément, il y a deux faces extérieures et deux lignes médianes ; mais si l’on considère le monstre dans son ensemble, on peut dire qu’il a une face antérieure, constituée par le côté gauche de Millie et le côté droit de Christine, et une face postérieure constituée par la réunion des deux autres faces latérales. On peut donc, d’après cette convention, dire qu’il y a deux jambes antérieures et deux jambes postérieures; les deux jambes antérieures sont celles qui correspondent au côté vers lequel les deux têtes peuvent se retourner, et par lequel les deux sœurs se présentent au public; c’est aussi de ce côté qu’elles marchent de préférence. Or, les deux jambes antérieures, ainsi définies, sont notablement plus faibles et plus courtes que les deux autres, d’environ 0m,04. Malgré cette différence de longueur, les quatre pieds, grâce à l’inclinaison des bassins, reposent à la fois sur le sol, et participent ensemble aux mouvements très remarquables, très symétriques et très gracieux de la marche et de la danse. M ais la marche est possible

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sans le concours des pieds antérieurs, les deux sœurs peuvent marcher en s’appuyant exclusivement sur leurs pieds postérieurs, en prenant une allure que l’on peut comparer à l’amble.

« Elles n’ont qu’un anus, et le rectum est simple, au moins dans sa partie inférieure; la bifurcation en Y qui le fait communiquer avec les deux tubes digestifs s’effectue au-dessus des limites que l’on a pu atteindre. L’anus unique (fig. 208) est situé entre les membres que j’ai appelés antérieurs. Il est donc sur la gauche de Millie et sur la droite de Christine. La vulve est placée horizontalement, entre les racines des quatre membres, sur la face inférieure des bassins réunis. Cette vulve, quoique simple en apparence, est double en réalité. Elle a la forme d’une fente ou d’une ellipse terminée en pointe à scs deux extrémités; à chaque extrémité, un clitoris; il y a donc quatre petites

Fig. 208. — Millie-Christine. Vue de l’anus unique et de la vulve double.

lèvres, mais seulement deux grandes lèvres, faisant le tour de la vulve et correspondant à un seul vestibule. Une cloison médiane, verticale, antéro-postérieure, sépare les deux appareils génitaux.

« La défécation est simultanée chez les deux sœurs; on comprend très bien pourquoi. Elles mangent toujours ensemble, et également, il est donc tout naturel que leurs deux digestions parallèles se terminent en même temps. On sait d’ailleurs que la volonté et l’habitude permettent de régler, dans une certaine mesure, lemomentde la défécation. Il y a des personnes qui vont très régulièrement à la garderobe tous les jours, à la même heure, et si l’on arrive à ce résultat

par des motifs de convenance personnelle, il est très naturel que Millie et Christine aient pris l’habitude de faire coïncider cette fonction, qui, sans cela, aurait tour à tour été infiniment désagréable à chacune d’elles. La volonté agit avec plus d’efficacité encore sur les fonctions de la vessie, puisque l’on peut souvent retarder l’émission de plusieurs heures. L’association fonctionnelle s’explique donc encore ici tout naturellement sans que l’on soit obligé de supposer que les deux jumelles ont une seule vessie. »

A ces détails scientifiques, nous en ajouterons quelques-uns d’un autre ordre. Millie et Christine ont un caractère très doux et, comme les frères Siamois, s’accordent très bien ensemble. Elles parlent plusieurs langues et peuvent tenir séparément une conversation en un idiome différent. Elles sont bonnes musiciennes et chantent agréablement; Millie a une voix de contralto, Christine une voix de soprano. Leurs facultés artistiques ont pu les faire surnommer le rossignol à deux têtes.

Blanche Dumas. — Blanche est née en 1860, à Segry, dans l’Indre; la figure est assez agréable mais peu intelligente, elle n’a d’ailleurs jamais pu apprendre à lire et n’est habile que dans les travaux d’aiguille; la tète et le torse sont normaux; elle a une jambe gauche et deux droites dont l’une présente un pied légèrement déformé. A côté de la jambe surnuméraire, il existe le rudiment d’une quatrième jambe en avant de laquelle se trouve une mamelle (fig. 209). Elle a deux vulves indépendantes. Ce cas curieux est considéré comme un monstre double ayant les apparences d’un monstre simple.

Les frères Tocci. — Ce monstre est né en 1877, à Lacona, dans la province de Turin. Les deux frères ont deux têtes bien conformées, deux paires de bras et deux thorax pourvus de tous leurs organes internes. Mais, à partir de la sixième côte, tout leur est commun. C’est ainsi qu’ils n’ont qu’un abdomen, un ombilic et un anus, une jambe droite et une jambe gauche. Leurs organes génitaux se composent d’un pénis avec le scrotum correspondant; mais, en arrière, on aperçoit les rudiments d’un autre organe génital mâle, par lequel s’échappe quelquefois un peu d’urine.

Vus parla région postérieure, ces enfants présentent deux colonnes vertébrales, deux sacrums et trois fesses. Celle du milieu est évidemment le résultat de la fusion de deux fesses, et l’on y aperçoit un anus rudimentaire. L’anus vrai sert pour les deux enfants. La jambe droite obéit à la volonté du jumeau du côté droit, qui s’appelle

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Baptiste, tandis que la jambe, terminée par un pied équin, appartient au jumeau du côté gauche, qui s’appelle Jacob. Il en résulte que les deux enfants, sains et forts cependant, se trouvent dans l’impossibilité de marcher.

Chaque enfant a une personnalité distincte. Parfois l’un pleure quand l’autre rit ; l’un peut dormir, l’autre restant éveillé. D’ordinaire, ils ont la tête et la face fortement inclinés de côté, l’un à

Fig. 20D. — Blanche Dumas.

droite, l’autre à gauche ; mais chacun d’eux peut prendre une attitude presque perpendiculaire (1).

L’homme -tronc. — Un monstre contemporain, bien connu des badauds qui courent les fêtes foraines delà banlieue parisienne, c’est X homme-tronc, un joyeux compère qui, né sans bras ni jambes, n’a pas l’air de trop en vouloir à la nature de son inconcevable parcimonie. Autant de moins à dépenser pour le tailleur et le cordonnier. Ecoutez le dernier couplet de la chanson qu’il distribue :

(1) Presse mèd. belge.

Une moitié de vêtement Eu drap d’Elbeuf ou de Narbonne,

Me suffit, messieurs, largement ;

Je le trouve pour mon tronc bonne. Des souliers me sont superflus,

Il ne faut pas de pans à mes jaquettes: Mais ce que j’use encore le plus,

Ce sont des gants et des chaussettes!

bis.

Anatomiquement, l’homme-tronc a deux rudiments de cuisse ; le bras gauche manque complètement ; le bras droit est représenté par une sorte de moignon conique long de vingt centimètres environ.

Fig. *210. — L’homme-tronc en train d’écrire.

C’est ce rudiment de bras que V artiste utilise ingénieusement en l’apposant à sa joue, à son menton, à son corps pour exécuter une série de curieux exercices. L’affiche de l’arliste-tronc donne un résumé exact de ses talents et de sa biographie:

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L’AKTISTE-TRONC

WÈ S&MS 1M1 MI JMSBSS

LA PLUS GRANDE MERVEILLE DU XIXe SIÈCLE

miéhtomèwe umçite

De toutes les bizarreries que produit la nature, la plus curieuse, certainement, est ce phénomène extraordinaire, qui résout ce problème de

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