IV
(2) Fleurs de la vie des Saints , par les PP. Ribadéneira et Giry.
de fausse grossesse méchamment imputée à une pieuse jeune fille et ayant causé sa mort. A une époque inconnue des chronologistes, Bertaut, cavalier modeste et de bonne mine, aimait Irène, vierge de Tomar en Portugal. Mais déjà celle-ci était fiancée au Seigneur : Bertaut tomba malade de désespoir, Irène l’alla voir; elle fit à son soupirant l’éloge de la chasteté, et, Dieu l'inspirant, fut si persuasive que Bertaut fit taire son amour. 11 exigea seulement d’Irène le serment que si elle se décidait jamais à aimer un homme, elle lui donnerait la préférence. Sélio, oncle d’Irène, était abbé d'un couvent voisin du monastère où s’était retirée sa nièce ; il lui choisit pour directeur spirituel un moine, nommé Rcmi. Cet impudique personnage convoita sa pénitente et la sollicita au péché. L’éloquente Irène lui montra toute l’horreur de la concupiscence, mais ne put toucher son âme.
Le moine, pour se venger de ses refus, lui fit boire un breuvage qui lui enfla le ventre. On la crut enceinte, et Bertaut, furieux de voir qu’elle eût forniqué avec un autre que lui, chargea un méchant soldat de la tuer. Le corps de la pauvre Irène fut dépouillé et jeté dans la rivière de Naban. Cependant une révélation d’en haut avait appris la vérité à l’oncle Sélio; le peuple fut averti et l’on partit en procession, l’abbé en tête, pour rechercher le cadavre. La rivière de Naban l’avait emporté dans une autre rivière, et le courant de celle-ci l’avait conduit dans le Tage.
La procession suivait les bords de ce fleuve ; elle s’aperçut qu’en un certain endroit, il s’était retiré de son lit. On s’approche ; le fleuve avait laissé à sec le corps de la vierge qui i eposait dans un riche tombeau bâti par les anges. On ne put l'en tirer; c’était la volonté de Dieu qu’il demeurât là. On se contenta donc d’emporter une partie des cheveux et la chemise de la sainte. Sélio déposa dans son monastère ces précieuses reliques, bientôt reconnues souveraines contre les maux d'yeux et la paralysie. A quelque chose malheur est bon.
Après les imaginations romanesques des bons jésuites qui nous ont laissé ce conte, il est bon de revenir au réel. Nous rapporterons donc le récit naïf que nous a laissé Ambroise Paré sur une grosse garce de Normandie qui feignoit avoir un serpent dans le ventre :
«L’an 1561 vint en ceste ville une grosse garce fessue, potelée et en bon poinct, aagée de trente ans ou environ, laquelle disoit estre de Normandie, qui s’en alloit par les bonnes maisons des dames et damoiselles leur demandant l’aumosne, disant qu’elle avoit un serpent dans le ventre, qui luy estoit entré estant endormie en une chenevièvre : et leur fuisoit mettre la main sur son ventre pour leur faire sentir le mouvement du serpent qui la rongeoit et tourmentoit iouret nuict,
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comme elle disoit. Ainsi tout le monde luy faisoit aumosne par une. grande compassion qu’on avoit de la voir, joinct qu’elle faisoit bonne pipée. Or, il y eut une damoiselle honorable et grande aumosnière qui la print en son logis et me fit appeler (ensemble MM. Hollier, docteur, régent en la faculté de médecine, et Germain Cheval, chirurgien juré à Paris), pour sçavoir s’il y auroit, moyen de chasser cedragon hors le corps de ceste pauvre femme, et l’ayant veue M. Hollier luy ordonna une médecine qui estoit assez gaillarde (laquelle luy fit faire plusieurs selles) tendant à fin de faire sortir ceste beste: néantmoins ne sortit point. Estant de rechef r’assemblés, conclusmes que je luy mettrois un spéculum au col de la matrice, et partant fut posée sur une table où son enseigne fut desployée pour luy appliquer le spéculum, par lequel je feis assez bonne et ample dilatation pour sçavoir si on pourrait apercevoir queue ou teste de ceste beste: mais il ne fut rien aperçu, excepté un mouvement volontaire que faisoit ladite garce par le moyen desdits muscles de l’épigastre : et ayant conneu son imposture, nous retirasmes à part, où il fut résolu que ce mouvement ne venoit d’aucune beste, mais qu’elle le faisoit par l’action desdits muscles. Et pour l’espouvanter et connoistre plus amplement la vérité, on luy dist qu’on reïtereroit à luy donner encore une autre médecine beaucoup plus forte à fin de luy faire confesser la vérité du fait : et elle, craignant reprendre une si forte médecine, estant asseurée qu’elle n’avoit point de serpent, le soir mesme s’en alla sans dire adieu à sa damoiselle, n’oubliant à serrer ses hardes et quelques unes de ladite demoiselle, et voilà comme l’imposture fut descouverte. Six jours après je la trouvay hors la porte de Montmartre sur un cheval de bast, jambe deçà, jambe delà, qui rioit à gorge desployée et s’en alloit avec les chasse marées, pour avec eux (comme je croy) faire voler son dragon et retourner en son pays. » Si la « grosse garce » riait si fort, c’est peut-être qu’elle songeait à maître Ambroise, armé de son spéculum, et cherchant à voir tête ou queue de la bête.
J, Boeder a consacré un opuscule entier à parler d’une mendiante qui simulait une grossesse perpétuelle. Voici ce qu’en dit Barbier dans son Journal :
« Il s’est vérifié par toutes les gazettes et Mercures qu’à Strasbourg il est mort cette année une fille d’environ soixante ans, à qui la Faculté de médecine faisait une pension depuis vingt ans, et qui avait d’autres charités, parce qu’elle avait le ventre extraordinairement gros. Elle n’avait jamais voulu se le laisser tâter que par-dessus, par pudeur et par la douleur de l’attouchement. A sa mort, il y a eu grand empressement pour l’ouvrir pour la découverte de choses extraor-
dinaires. On lui a trouvé le ventre à l’ordinaire, et à côté de son lit, un petit matelas rempli de chiffons, qui pesait vingt livres et qu’elle mettait tous les jours. Cela a fait beaucoup de honte à la Faculté. On remarque que cette fille avait augmenté son enflure à mesure que les charités augmentaient. »
Velpeau a publié l’observation d’un cas analogue : en se bourrant le vagin de chiffons, une fille parvint à simuler un accouchement complet, après s’être dite enceinte pendant près de trois ans. On peut rapprocher de ce fait une observation transmise par Hippocrate (1), où il s’agit de la servante de Dyseride qui, à l’exemple d’Héra, accoucha d'une pierre. « Dans sa jeunesse, cette femme, dit le divin vieillard, sentait de vives douleurs pendant le coït. Elle ne souffrait point autrement et ne conçut jamais. Parvenue à l’âge de soixante ans, elle ressentit, avant midi, des douleurs semblables à celles de l’enfantement. Après midi, ayant mangé des poireaux, elle éprouva une vive douleur dans la région vaginale et, en y portant les mains, elle sentit un corps dur et raboteux. Une femme qui l’assistait, introduisit ses doigts dans le vagin et en tira une pierre grosse comme un peson que les fdeuses mettent au fuseau. »
Nous devons dire un mot des grossesses dissimulées. Le procédé le plus extraordinaire dont il ait été fait usage est assurément celui qu’employa Eponine, femme de Sabinus. Elle croyait son mari mort et avait intérêt à dissimuler son état. Plutarque raconte qu’elle se frotta avec une certaine préparation qui la fit enfler des pieds à la tête; le développement du ventre disparut ainsi dans le gonflement général du corps. Quelle était cette drogue, près de laquelle le lait mamïlla n’est que de l’eau claire? Plutarque ne nous en a malheureusement pas laissé la recette. Le plus souvent, les moyens mis en œuvre pour dissimuler les grossesses ne sont que des artifices de couturière; c’est ainsi que nous verrons (2) la Montespan imaginer les robes battantes pour atteindre ce résultat. En revanche, pendant la grossesse de nous ne savons plus trop quelle reine de Fronce, les dames de la cour portèrent des robes qui les faisaient paraître enceintes. Cedevait être incommode, moins pourtant que de simuler, comme certains courtisans, la fistule de Louis XIY.
Tardieu (3) a signalé aussi un cas d’avortement simulé par une sage-femme pour nuire à une concurrente. C’était à Melun, en 1857.
(1) Egnd., liv. V, 25.
(2) Les Accouchements à la Cour.
(3) Etude médico-légale sur l’avortement.
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Une matrone voulant se débarrasser d’une rivale nouvellement installée, s’abouche avec l’ancienne servante d’un médecin. Les deux coquines imaginent la fable suivante : La servante, se croyant enceinte, serait allée trouver la sage-femme qu’on voulait perdre! séance tenante, la servante étant debout, la praticienne lui aurait introduit une sonde et le lendemain de l’eau se serait écoulée, des douleurs et des coliques seraient survenues; le surlendemain nouvelles douleurs, hémorrhagies, évacuation d’un caillot gros comme deux doigts et recouvert d’une peau blanche. Aussitôt elle fait appeler l’autre sage-femme, sa complice. « Celle-ci, de son côté, déclare qu’à ce moment elle la trouve se tordant, se cramponnant, ayant des poussements comme une femme en travail. Elle la touche et prétend aussi trouver dans le vagin, un petit caillot de sang et une dilatation de l’orifice utérin de soixante millimètres. Le lendemain, examinant le vase de nuit, la sage-femme dit y avoir vu, nageant au milieu du sang, un morceau de placenta long comme la paume de la main. » Bref, durant quatre jours, cette farce odieuse continue, les deux coupables simulent des accidents plus sérieux. Ce qui perdit tout, ce fut l’impudence de la matrone qui espérait entraîner dans le piège le docteur Saint-Yves. La perspicacité du médecin ruina tout cet échafaudage de mensonges et l’autorité de Tardieu, appelé à donner son avis dans cette affaire, porta le dernier coup à l’accusation calomnieuse des deux gredines.
Après les simulations volontaires, nous devons parler des grossesses illusoires. C’est encore à Paré que nous emprunterons cet exemple d 'illusion diabolique :
« Un fort belle ieune fille à Constance, laquelle avoit nom Magdeleine, servante d’un fort riche citoyen de laditte ville, publioit partout que le diable une nuit l’avoit engrossie, et pour ce regard, les potestats de la ville la firent mettre en prison, pour entendre l’issue de cet enfantement. L’heure venue de ses couches, elle sentit des tranchées et douleurs accoutumées des femmes qui veulent accoucher, et quand les matrones furent prestes de recevoir le fruit et qu’elles pensoient que la matrice se deust ouvrir, il commença à sortir du corps d’icelle fille des clous de fer, des petits tronçons de bois, de verre, des os, pierres et cheveux, des estoupes et plusieurs autres choses fantastiques et estranges, lesquelles le diable, par son artifice, y avoit appliquées pour décevoir et embabouiner la vulgaire populace, qui adiouste légèrement foy en prestiges et tromperies. »
De là à la folie, il n’y a pas loin. Or, on sait que les accouchements illusoires sont fréquents chez les aliénés; le docteur Galmeil en a réuni
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de nombreux cas. On peut rapprocher du fait cité par A. Paré celui dont parle Esquirol :
« Mademoiselle de ***, âgée de trente et un ans, d’une taille moyenne, ayant les cheveux et les sourcils noirs, l’habitude du corps maigre, le tempérament nerveux, le caractère mélancolique, la conduite très régulière, se rend avec sa mère, pour entendre le cours de botanique d'un célèbre professeur. Après quelques leçons, mademoiselle de *** se persuade qu’elle est enceirte du professeur, qui est âgé, à qui elle n’a jamais, parlé; rien ne peut la dissuader. Elle maigrit beaucoup, ne mange point, est horriblement contrariée de ne plus retourner entendre celui qui l’a rendue mère. Les menstrues se suppriment, ce qui est une nouvelle preuve de grossesse. Les conseils d’une mère tendre et aimée, les médecins, les médicaments, tout est repoussé avec obstination. Mademoiselle de *** passe huit mois à faire une layette. Le neuvième, le dixième mois s’écoulent sans accouchement. 11 n’a pas lieu, dit la malade, parce quelle n’a pas les coliques ni les douleurs nécessaires. Elle reste debout, les pieds nus, afin de provoquer les douleurs. Elle entend le père de l’enfant qu’elle porte qui l’exhorte à la palience et l’encourage à supporter les douleurs favorables à l’enfantement; elle pousse quelquefois des cris que ne manquent jamais de faire les femmes qui accouchent. D’ailleurs, mademoiselle de *** est très raisonnable. « Je sais bien que j’ai l’air d’une folle, » dit-elle quelquefois, « mais il est certain que je suis enceinte. » Rien n’a pu triompher des convictions de cette malade, qui, quelques mois après, est allée mourir à la campagne. »
L’accoucheur Campbell qui exerçait à Paris, bien qu’il fut né sur les bords de la Tamise, n’avait conservé qu’un seul client de l’autre coté du détroit et ce compatriote était un aliéné lord Dud... qui, à certaines époques déterminées, croyait ressentir les symptômes de l’enfantement. « Il s’alitait, dit Ferney, commandait la layelle, prenait toutes les dispositions usitées en pareil cas, et mandait par télégraphe le docteur Campbell. »
Le docteur arrivait. Inutile de dire que son intervention était purement platonique, et que le malade accouchait par la simple opération... de son propre cerveau. La délivrance accomplie, on recherchait parmi les nouveau-nés du village, le plus intéressant et le plus nécessiteux ; on le présentait à lord Dud..., qui le choyait, le caressait, le dotait et — une fois relevé de couches — n’y pensait pas plus qu’à sa première molaire.
La dernière fois que le noble lord fut en mal d’enfant, il n’y avait dans le pays que des mioches hors d’âge. Comment faire? Le cas
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était urgent. Passe un petit collégien en uniforme. On le hèle, on l’empoigne, et, sans qu’il ait eu le temps de protester, on le dépose sur le lit de souffrance.
« — Ah ! fit lord D... avec un soupir et tapant sur la joue du bonhomme, je m’explique pourquoi j’ai tant souffert... ce sont les boutons ! »
A part les cas miraculeux consignés dans les Ecritures, la grossesse tardive peut être considérée comme une variété de grossesse illusoire. En voici un exemple dont tous les journaux se sont occupés. Nous reproduisons le récit humoristique donné dans Y Union médicale par A. Latour, qui semble croire à l'authenticité du fait :
« On vient d’admettre à la Clinique de l’Ecole de médecine une femme de soixante-dix ans qui se trouve dans un état intéressant... pour la Faculté. Cette brave femme habite Garches. Elle se nomme la veuve T... Fortement imbue du principe que « le vin est le lait des vieillards » elle lève volontiers le coude, et il y a quelques six mois, à la suite de libations un peu plus prolongées que d’habitude, elle s’était assise sur le bord du chemin, attendant, pour rentrer chez elle, que sa demeure vint à passer.
« Un jeune homme de vingt-quatre ans, qui la connaissait, l’aperçut dans cet état et lui proposa de la reconduire. La veuve T... accepta, et, comme la nuit venait et que les bois ne sont pas sûrs, elle offrit en revanche à son galant chevalier l'hospitalité pour la nuit.
« Ce ne fut pas une nuit qu’il resta, mais quatre : il paraît que son audace avait été heureuse et qu’il avait retrouvé des trésors qu’on croyait perdus depuis longtemps... Bref, à sa grande stupéfaction, la Vénus septuagénaire se vit un jour obligée d’élargir sa ceinture...
« Une sage-femme qu’elle alla consulter, le médecin de Garches, appelé à son tour, ne purent que constater la chose : l’automne (et presque l’hiver) donnait les fruits qu’avait refusés le printemps.
« Bref, la belle amoureuse est à la Clinique, où on la dorlote, où on la choie, car le cas est des plus curieux... et les habitants de Garches attendent avec impatience le résultat... ils sont même disposés, le cas échéant, à contribuer aux frais de baptême et — qui sait? — aux dépenses de la noce : il faut des époux assortis. »
La vérité est que le Dr Tillaux, chirurgien de Beaujon, a constaté, dans le flanc droit de cette femme, la présence d’une tumeur volumineuse dépendante du foie ; ce qui est loin de ressembler à ce qu’on appelle dans les salles de garde « une hydropisie de neuf mois ».
Voies anormales. — Les Anciens ne pouvaient admettre que
les divinités vinssent au monde comme le commun des mortels ; aussi font-ils sortir Bacchus de la cuisse de Jupiter, et Minerve de son cerveau. Au moyen âge, la légende du chevalier Fanouël rappelle les mythes antiques : « Un jour qu’il avait coupé le fruit d’un arbre enchanté pour guérir des malades, il essuya sur sa cuisse le couteau dont il s’était servi. O prodige! le suc générateur s’introduisit dans la cuisse du chevalier; elle enfla graduellement; ce fut en vain que les plus habiles médecins furent consultés, nul ne put découvrir un remède. Au bout de neuf mois, la cuisse s’ouvrit ; il en sortit une charmante petite fille ».
Certains médecins n’ont pas craint de renchérir sur ces inventions. Thomas Bartholin s’est distingué entre tous, en publiant son opuscule: De insolitis partûs humani viis (1664), au sujet d’un enfant qui, huit ans après la conception, sortit par un abcès développé à la région ombilicale de la mère. C’est un compendium de toutes les déviations possibles, et surtout impossibles, de l’expulsion fœtale. 11 faut même reconnaître que souvent la crédulité de Bartholin semble telle, qu’on regrette de ne pas trouver dans son étonnant ouvrage Y accouchement du Capucin qui rendit une vipère par l’urètre, cas plus que phénoménal, exposé dans la Bibliothèque choisie de médecine , et expliqué par ce fait que le bon religieux avait, en mangeant de la salade, avalé un œuf de vipère (1).
Voici d’abord le fœtus expulsé par la bouche. Une servante du
(1) Des œufs de vipères ! notre naturaliste oublie que vipcra est une contraction de vivipara et que, par conséquent, vipère, signifie vivipare. Si l’homme aux œufs de vipère avait vécu au XIXe siècle, il aurait certainement adopté l'explication fantaisiste que J. Civiale donnait sur le passage des haricots blancs dans la vessie par le torrent de la circulation. Cette superbe imagination amena un tel haro sur l’auteur, qu’il fit acheter et détruire tous les exemplaires de l’édition où il l’avait consignée. Comme un hasard nous a fait dénicher la brochure incriminée, nous ne résistons pas au plaisir de reproduire ce document, bien qu’il touche fort peu à notre sujet :
« Il est extrêmement rare de trouver des gens qui confessent de bonne foi l’introduction de ces corps étrangers par l’urètre ; chacun estime plus commode de dire, et on ne manque pas de l’affirmer, qu’ils ont été avalés, et que l’on ne comprend pas comment ils sont parvenus dans cet organe. Instruit de ce stratagème, le praticien doit au moins savoir douter. Cependant les ouvrages contiennent des faits qui sembleraient prouver que des corps étrangers peuvent passer de l’estomac dans la vessie. Il est question, dans les Transactions philosophiques, de deux balles de plomb avalées par suite de coliques, et qui furent rendues par l’urètre. Les Mémoires de la Société d’Edimbourg contiennent des exemples dans lesquels des aiguilles avalées auraient été trouvées dans la vessie. Au rapport de Pouteau, des haricots blancs auraient aussi passé de l’estomac dans la poche urinaire. Si les faits rapportés sont exacts. Ces corps suivent-ils le torrent de la circulation ?
J. Civiale. Nouvelles considérations sur la rétention d'urine, 1823,
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marquis de Mondexar, élanl en convalescence, vomit en chair et en os la valeur d’un enfant bien constitué. Comment s’opéra l’ascension ? Bartholin l'ignore : et cet aveu est la seule preuve de sens commun qu’il nous donne en ce passage. Fontecha et Rejes ont essayé des explications ingénieuses.
Ces cas rares, dont on connaît des exemples authentiques chez les animaux (1), peuvent s’expliquer à la rigueur par le développement du fœtus dans la cavité abdominale, et son expulsion par les voies supérieures après avoir perforé la paroi stomacale.
Maroldus, en 1699, digne émule de Bartholin, composa une longue dissertation sur ce sujet : De abortu per vomitum rejecto ; entre autres exemples merveilleux, il donne l’observation d’une paysanne de Reust, « âgée de 27 ans, qui en 1664, grosse de deux mois, vomit un fœtus environné d'un placenta. En 1666, elle vomit encore un œuf semblable au premier. En 1666, elle devint encore grosse pour la troisième fois ; tout alla bien jusqu’au troisième mois, mais les mêmes symptômes que précédemment se montrèrent, et, chose étrange, au lieu d’un fœtus entier, elle jeta par la bouche avec un placenta et un arrièrefaix, des os entiers, des morceaux de chair, une tête et les autres membres d’un fœtus que l’on distinguait assez pour y reconnaître un véritable avortement. Elle mourut de pleurésie en 1667 (2) ».
Salmuth parle d’une femme qui vomit un fœtus humain de la longueur d’un doigt. Le Parlement, informé du fait, le fit déterrer et ouvrir; on reconnut qu’il était normalement conformé. Cet auteur explique un autre cas de grossesse stomacale par l’absorption d’une certaine quantité de sperme.
Georges Wolkemer cite des cas analogues où la conception se serait, d’après lui, faite par la bouche ; Jean Gunther a combattu cette opinion, le produit de la conception devant être digéré dans l’estomac, comme on l’observe in illis qui aliorum semen voranl.
Dans les cas de grossesse extra-utérine, quelques fœtus sortent par le nombril (3), d’autres par les hypochondres, d’autres par les flancs,
(1) Aristote nous enseigne que la belette met bas par la gueule; Solin que les ibis, et Pline que les corbeaux pondent par le bec ; mais ce n’est pas à ces erreurs physiologiques que nous faisons allusion.
(2) A. Lempereur, loc cit.
(3) Le médecin Mathias Cornax raconte qu’en 1543, la Viennoise Marguerite Karlinger, femme de Georges Wolczer, déjà mère, ayant conçu de nouveau, sentit au jour de sainte Luce, de violentes douleurs. Malgré tous ses efforts, elle ne parvint à évacuer que fragorem satis sonorum. Pendant quatre ans, elle vécut le ventre affreusement ballonné, les parties naturelles infectées de pus. A la région ombilicale se produisit une fissure par où^ s’écoulait une sanie purulente. Enfin trois chi-
d’autres par la vessie, d’autres enfin, sans préjugés ceux-là, par l’anus. C’est ainsi, qu’après une gestation de deux ans, accoucha la femme de Jérôme Bisaccioni, noble dame de la ville d’Insi ; et cela par faveur spéciale de Notre-Dame de Lorette! Les voies du ciel sont, sinon impénétrables, du moins parfois bien bizarres. Il est certain cependant qu’on a pu observer l’expulsion du fœtus vivant par l’anus, chez certaines femmes atteintes d’un vice de conformation, faisant ouvrir le vagin dans la partie inférieure du gros intestin : en ce cas, il n’y a pas d’orifice vulvaire, et règles, matières fécales et fœtus prennent la même voie pour sortir à l’extérieur.
Fig. 123. — Schéma de la conformation nor- Fig. 124. — Vice de conformation du vagim male : A. Vessie. — B. Utérus. — C. Vagin. C, s’ouvrant dans le rectum, D.
— D. Rectum.
Le Dr Lefort, dans sa thèse sur les Vices de conformation de l’utérus et du vagin , rapporte le cas que Louis a rendu célèbre : Une jeune fille avait les organes de la génération cachés par une imperforation qui ne permettait aucune introduction. Cette femme fut réglée par l’anus. Son amant, devenu très pressant..., la supplia de s’unir à elle par la seule voie qui fut praticable. Bientôt elle devint mère. L’accouchement à terme d’un enfant bien conformé eut lieu par l’anus. Louis rapportait ce cas à la fin de sa these ayant pour titre : De partium externarum generationi inserventium in mulieribus , etc. Le
rurgiens, Wirt, Dirlewang, Winckler, et deux médecins, Jean Enzianer et le grand Cornax lui-même, résolurent de lui ouvrir le ventre. La section opérée, on retira un fœtus en pourriture. La mère guérit.
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Parlement rendit un arrêt par lequel il défendait de soutenir cette thèse; la Sorbonne interdit Louis à cause de cette question qu’il adressait aux casuistes : In uxore, sic disposita , uli fas sit, vel non , judicent theologi morales ? Heureusement le pape Benoît XIV (1) donna l’absolution à Louis, dont la thèse fut imprimée en 1754.
Le cas de Louis n’est pas isolé, Barbaut en cite plusieurs autres dans son Traité d'accouchements.
Opération Césarienne. — Parmi les voies anormales de l’ac-
couchement, la moins rare est encore l’opération césarienne; on sait qu’elle consiste à ouvrir l’abdomen et la matrice de la mère, quand il n’est plus possible d’introduire par les voies naturelles les instru-
(1) Ce pape pensait avec les PP. Cucufe et Tournemine qu’une fille, privée de la vulve, devait trouver dans l’anus le moyen de remplir le vœu de la reproduction. Pougens étend cette décision et pense que les jeunes femmes stériles devaient tenter les deux voies pour s’assurer de la véritable route de la propagation. Mais alors, comme le fait remarquer le Dr Roubaud, Pougens répudie cette maxime de la sagesse des nations : Dans le doute, abstiens-toi.
ments nécessaires au morcellement du fœtus ; par exemple, dans les cas de rétrécissements du bassin (fig. 126) ou lorsque, la mère étant morte en couches, on veut essayer de sauver l’enfant.
Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit ailleurs à propos de cette opération; nous en avons déjà cité les exemples mythologiques (1); les exemples historiques viendront dans les Accouchements à la Cour. Nous avons établi la doctrine du clergé à son sujet, et rappelé les discussions médicales qu’elle souleva (2). Nous noterons seulement qu’une lexregia, mise sous le nom de Numa, ordonnait d’ouvrir toutes les femmes qui mouraient enceintes « afin de conserver des citoyens à l’Etat ». Guillemeau rapporte une autre loi des Anciens, d’après laquelle les jurisconsultes condamnaient à mort « celuy qui aura ensevely la femme grosse devant que de luy tirer son enfant, pour lui avoir oslé (avec la mère) l’espérance de vivre ». Jusqu’au XVIe siècle, l’opération n’était pratiquée qu’après la mort de la femme. Suivant Bauhin (3), ce fut en l’an 1500 que Jacques Nufer, châtreur d’un village de Thurgovie, la pratiqua sur une femme vivante : c’était sa propre épouse, Elisabeth Alespachin. Voici l’histoire : « Elisabeth étant à terme et sentant depuis quelques jours des douleurs pour accoucher, fit venir treize sages-femmes et quelques lithothomistes pour la soulager; toutes leurs tentatives furent inutiles. Comme les douleurs augmentaient sans qu’elle put obtenir de soulagement, son mari lui dit que si elle avait confiance en lui, il tenterait une opération, qui, avec la grâce de Dieu, pourrait réussir. Elisabeth accepta la proposition. Le mari demanda au magistrat l’autorisation d’entreprendre cette opération. Après quelques hésitations et en présence du danger que courait sa femme, la permission lui fut accordée. En rentrant, il prévint les sages-femmes de sa résolution et pria les plus courageuses de l’assister, deux seules restèrent avec les lithotomistes. La femme fut étendue sur une table, le mari incisa l’abdomen, comme s’il se fut agi d’un porc, et du premier coup il en tira l’enfant. « Les onze sages-femmes qui étaient à la porte, ayant ouï crier l’enfant, souhaitaient fort d’y être, mais elles n’y purent entrer qu’après que l’enfant eut été nettoyé et la playe cousue, suivant la manière dont il cousoit les animaux. » La femme se rétablit heureusement et accoucha heureusement de deux jumeaux l’année suivante. »
(1) V. page 21.
(2) Y. page 148.
(3) Gaspari Bauhini. Aj)]?endix ad Roussctum.
ACCOUCHEMENTS EXTRAORDINAIRES
Nous allons citer quelques curiosités gastrotomiques. Commençons par l’histoire, tant soit peu fantaisiste, de François de Cirile, gentilhomme Normand, né en 1536. La mère était morte enceinte, pendant
Fig. 126. — Marie Depleix, 25 ans, rétrécissement du détroit inférieur de 1 centimètres, opérée à la Maternité en 1881,
l’absence de son mari; on l’avait enterrée sans songer à tirer l’enfant par l’opération césarienne. Un peu après les funérailles, arrive le mari qui apprend avec surprise la mort de sa femme, et s’indigne de
la négligence qu’on a montrée pour le fruit qu’elle portait. Il fait exhumer le cadavre; on l’ouvre et l’on en tire François de Cirile encore vivant. Ce ne fut pas la seule chance de ce genre qu’eut François de Cirile. En 1562, au siège de Rouen, par Charles IX, où i! était capitaine, il fut laissé pour mort dans un fossé; son valet le reconnut au diamant qu’il portait au doigt et le ramena à la vie. Sur ces entrefaites, la ville est prise d’assaut et le bruit est tel que François de Cirile perd de nouveau connaissance. On le jette sur un las de fumier comme mort. Cependant, il donne encore quelques signes de vie et, avec de grands soins, recouvre la santé. D’Aubigné dit qu’il l’a vu souvent aux assemblées nationales, député de Normandie, à l’âge de soixante-six ans, et qu’il signait toujours : François de Cirile, trois fois mort , trois fois enterré , et trois fois , par la grâce de Dieu , ressuscité (l).
L’histoire suivante est intéressante en ce qu’elle fut le sujet d’un dessin de Jean Cousin à la date de 1582 (fig. 127). En voici les détails : Colombe C..., femme d’un tailleur de Sens, âgée de 28 ans, éprouva pendant l’année tous les symptômes de la grossesse ; au neuvième mois elle ressentit les douleurs ordinaires de l’accouchement, perdit les eaux, puis un gros caillot sanguin, et ce fut tout. Bientôt ses mamelles s’affaissèrent, les mouvements de l’enfant se suspendirent, et les douleurs se calmèrent peu à peu, mais elle garda le ventre d’une femme enceinte ; elle mourut à l’âge de 68 ans. Sa grossesse avait duré quarante ans.
Après sa mort, l’autopsie fut faite par des hommes de l’art; Jean Albosius (d’Alibourg, médecin de Henri IV) nous en a conservé les détails, attestés par six témoins oculaires; trois médecins, deux chirurgiens, un apothicaire. On trouva un enfant du sexe féminin dont les pieds et les mains étaient durs comme du marbre ou de l’ivoire, et dont les enveloppes, comme tesLacées, résistaient au scalpel.
Voici le texte de cette curieuse observation d’un fœtus réduit à l’état de pétrification, qui serait resté quarante ans dans l’utérus de sa mère (2).
(1) Le fameux Andrea Doria qui vint au monde par l’opération césarienne, disait gaiement à ses amis qu’il ne pouvait mourir puisqu’il n’était pas né. G. Millot, lue. cit.
(2) Ce fœtus fut vu plus tard par Louise Bourgeois, sage-femme de la reine. « Il estoit », dit-elle, « entre les mains d’un notable marchant de ceste ville, nommé Fretesegle, homme fort curieux de choses rares. Il manque une main, laquelle demeura adhérente à l’arrière-faix, lequel estoit aussi réduit en pierre comme le corps. » Il passa en 1653 dans le cabinet du roi de Danemark, et ne fut plus désigné désormais que sous le nom de fœtus Hasniensis.
ACCOUCHEMENTS EXTRAORDINAIRES
Quibus, dissecto mulieris abdomine, et rejecto infra peritonæo, utérus sese offert, aspectu quidem rugosus et versicolor, ut crista ilia pendula, quæ gallis indicis ex summo capite prolabitur, velpotius ut
Fig. 127. — Extraction du fœtus hors la matrice de sa mère. Fac-similé d’une gravure de J. Cousin, 1852 (l).
operimentum illud cutaneum quod illorum collum ambit. Tactu autem durus, testaceus et crassus instar tojv ojTpay.o3epjj.ojv. Tum novaculam in portentosam illam molem et gypseam injiciunt , qua ad aciem cultellirenitente, scalprum altius adigunt. Eorum autem alter
(I) Elle figure trois diverses positions dudit enfant.
A. Figure et assiette de l’enfant en la matrice de la mère. — B. L’enfant tiré hors la matrice avec portion d'icelle et avec ses tayes. — C. Le petit corps estant enveloppé de ses tayes et estendu en telle dimension qu’on a peu.
infliclo casu in cranium vulnere et in aliquot costas, tandem humerum dextrum impetit, a quo erumpens ossis caput, certissimam fecit fidem ossium illic latitantium. Ex quo scalpellum alio transferunt, et magna v i, sensim tamen et recta, uterum sécant, diductisque durissimis vulneris labris, infantem in orbem implicitum et ex transverso in uteripositum, introspiciunt in penitissimo sinu et altissimis latebris stabulantem, in suamque veluti cystim quam allantoïdem tunicam fuisse puto, callosissimam reconditum.
Utérus ipse, præcipuè ad coxam dextram, ad nates, et ad partem s pinæ dorsi cum cute infantuli omnino coalescebat.
Ossa capitis tenuia quidem, sed firma, et instar cornu nitentia, cute capitis multis in locis pilosa.
Après qu'on eut ouvert l’abdomen de la femme et repoussé en bas le péritoine, l’utérus apparut d’un aspect rugueux et de couleur rougeâtre, comme cette caroncule qui pend du haut de la tête des coqs d’Inde, ou plutôt cette membrane cutanée qui leur enveloppe le cou; au toucher, il était dur, testacé, épais comme une coquille d’huître. Les médecins essayent d’enfoncerle scalpel dans cette matière étrange et gypseuse, elle résiste et ils portent l’instrument plus haut. L’un d’eux ayant par hasard donné un coup sur le crâne et les côtes, atteignit enfin l’humérus droit dont la tête, en se montrant, les convainquit de la présence certaine d’os cachés en cet endroit. Ils portèrent donc le scalpel autre part et à grande peine, mais en opérant graduellement et en ligne droite, parvinrent à fendre l’utérus ; écartant les bords, qui étaient très durs, ils virent alors le fœtus ployé en rond et placé en travers dans l’utérus, reposant tout au fond et renfermé comme dans un kyste, que je suppose être la membrane allantoïde, devenue extrêmement calleuse.
L’utérus lui-même, surtout vers la cuisse droite, les fesses et une partie de l’épine dorsale, adhérait complètement à la peau du fœtus.
Les os de la tête étaient minces, mais résistants, et brillants comme de la corne, la peau du crâne poilue en maints endroits.
Au siècle suivant, on cite le fœtus pétrifié de Pont-à-Mousson, qui eut l’idée originale, au dire de Bartholin, de quitter l’utérus, son habitacle naturel, pour émigrer dans l’abdomen maternel où il séjourna six lustres ou trente ans. 11 s’agit là d’un fœtus enkysté, suite de grossesse extra-utérine (1).
On peut rapporter d’autres exemples analogues. Richard-Brown
(1) Cette grossesse extra-utérine suscita les plus vives controverses. Guy Patin nie la réalité du fait « qui n’est qu’une pure fable d’Esope, car aucune conception ne peut se faire en dehors de l’utérus, JErgo, ou c’est un produit de l’utérus, ou ce n’est pas un fœtus ».
ACCOUCHEMENTS EXTRAORDINAIRES
Cheston, médecin de l'hôpital de Glocester, a publié en 1814 Y Histoire d'un enfant retenu dans le sein maternel cinquante-deux ans au delà du temps ordinaire de la grossesse. Nous avons relevé également au Père-Lachaise l’épitaphe suivante :