TOUS CES EXERCICES SONT EXÉCUTÉS SANS L’AIDE DE PERSONNE NOTICE
STioolaï Wassilj e wi/fcscli, KoTaelIsoff
Est le fils d’un directeur des mines de Troizk, en Sibérie, âgé de trente-quatre ans, né sans bras ni jambes, marié et père de cinq enfants bien constitués. Sa taille est de 85 centimètres»
L’ ARTISTE-TRONC a obtenu le plus grand succès partout : à Saint-Pétersbourg, l’empereur Alexandre II l’a applaudi ; à Vienne, il a été félicité par l’empereur d’Autriche, etc.
La famille de l’ARTISTE-TRONC, dont l’apparition ne peut effrayer personne, sa présence produisant une joyeuse admiration, ose espérer être honorée de la visite des personnes les plus convenables.
Tisi&le tous tes jours tfe 1 h. à 7 h. et iie S h. à minuit
Nous avons eu l’honneur de nous entretenir amicalement avec Kobelkoff qui a bien voulu, pour nous, se faire photographier en train d’écrire (fig. 210). De plus, nous avons obtenu de l’artiste l’autographe que nous reproduisons ci-dessous :
C’est, comme on le voit, une écriture fort régulière, avec de belles volutes aux majuscules et un paraphe que ne désavouerait pas l’illustre élève de Brard et Saint-Omer :
Nulla manus trunco; si truncus scribat, aranti Membranam calamis, est bene docta manus.
Ce tronc n’a point de main, et pourtant quand il écrit Et promène la plume sur le papier, ce tronc a une belle main.
Plusieurs cas analogues ont été cités par les auteurs, mais il s’agit surtout d’individus privés des membres supérieurs et dont l’un ou l’autre moignon avait acquis la dextérité d’une main :
« On a veu », raconte A. Paré, « depuis quelque temps en ça, à Paris, un homme sans bras, aagé de quarante ans ou environ, fort
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et robuste, lequel faisoit presque toutes les actions qu’un autre pouvoit faire de ses mains : à sçavoir avec son moignon d’espaule et la teste, ruoit une coignée contre une pièce de bois aussi ferme qu’un autre homme eust sceu faire avec ses bras. Pareillement faisoit cliqueter un foit de chartier, et faisoit plusieurs autres actions: et avec ses pieds mangeoit, beuvoit, et ioiioit aux cartes et aux dez,
Fig. 211. — Ectromèle, d’après A. Paré.
ce qui est démonstré par ce portrait (fig. 211). A la fin fut larron, voleur et meurtrier, et exécuté en Gueldre, à sçavoir pendu, puis mis sus la roué (1). » •
Il y a quelques années, on voyait à Paris un manchot des deux bras qui se servait de ses pieds pour écrire et pour coudre, après avoir lui-même taillé sa plume ou enfilé son aiguille. Un autre, écri-
(1) En 1829, on exécuta, dans la Vendée, Nicolas Seguineau, une sorte de culde-jatte possédant d’un côté un rudiment de jambe, et de l’autre un pilon en bois qui l’aidait à marcher avec deux béquilles ; il commit plusieurs assassinats qui avaient jeté la terreur dans le pays, et ce mendiant, se traînant de hameau en hameau, était le seul qu’on ne soupçonnait pas. Pour accomplir son crime, il s’asseyait au pied d’un arbre, débouclait les courroies qui retenaient sa jambe do bois et visait sur sa victime avec un fusil dissimulé dans sa quille.
vait avec un porte-plume fixé dans le creux de son nombril. Enfin, Louis Ducornet et Charles Felu, tous les deux privés de bras, se sont acquis une certaine célébrité en peignant à l’aide de leurs pieds. On sait que le premier exécuta la peinture de la voûte de St-Jacquesdu-Haut-Pas, couché sur un matelas.
Fig. 212. — Squelette de phocoraèle.
Dans cette galerie de malformations des membres, peut encore figurer cet individu qui a son squelette au Musée Dupuytren ^fig. 212), et dont les membres thoraciques sont réduits aux mains et les membres abdominaux aux pieds; anomalie faisant ressembler cet être humain à certains animaux aquatiques.
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Diverses questions relatives aux monstruosités. —
Quelle cause produit les monstres? La colère des dieux, si l’on en croit les anciens, leur volonté de présager quelque malheur; Tacite dit sérieusement que la mort de Claude fut annoncée par la naissance de monstres doubles. A Sparte, on se débarrassait, sans façon, de ces citoyens manqués et l’on pensait ainsi détourner le présage. Les Athéniens et les Romains s’empressaient, en cas de naissance monstrueuse, de faire des prières publiques accompagnées de sacrifices. En Orient, au contraire, on paraît avoir vénéré certains monstres ; ainsi en Chaldée, un enfant, naissant avec six doigts à la main droite, devait nécessairement être un guerrier vainqueur.
Au XVIe siècle, le bon Ambroise Paré en est encore à Vire de Dieu , comme cause de la production des monstres; il est vrai qu’il y ajoute, avec Empédocle, la trop grande quantité de semence; mais ce à quoi n’avait pas songé le philosophe grec, il fait intervenir l’influence directe des démons. Les comètes ont aussi éié accusées de ces méfaits et de bien d’autres. « C’est une chose honteuse pour l’esprit humain » , dit Maupertuis, « de voir de grands médecins traiter les comètes comme des abcès du ciel, et prescrire un régime pour se préserver de leur contagion ». Ne rions pas de nos pères: depuis, n’avons-nous pas vu Raspail affirmer que les épidémies sont dues à l’existence d’une comète visible ou non à l’horizon? L’absurdité humaine est inépuisable. On a encore attribué la production des monstres à l’influence d’une fécondation opérée sous le signe des gémeaux. On trouve rapportée sérieusement, dans plusieurs anciens ouvrages, l’histoire d’une femme qui, ayant conçu sous ce signe, donna naissance à la fois à quatre monstres dont trois étaient doubles.
La conception au moment des règles a passé longtemps pour produire des monstres, comme nous l’apprend le quatrain suivant :
Femmes qui désirez de la progéniture,
Durant le cours des mois respectez la nature ;
Le fils de Jupiter, Vulcain, ainsi conçu,
Vint au monde impotent, cul-de-jatte et bossu.
R est vrai que d’autres auteurs attribuent la difformité de Vulcain à l’ébriété dans laquelle se trouvait Jupiter au moment où il engendrait le dieu du feu.
L’accouplement de l’homme ou de la femme avec quelque animal était une explication commode de certaines monstruosités, soit physiques, soit morales. A quiconque admettait la fécondité de telles unions,
la naissance du Minotaure pouvait sembler fort possible ; nous avons déjà cité quelques exemples semblables.
Riolan, le premier, nous l’avons dit, eut le courage de s’attaquer à cette superstition qui voyait des présages funestes dans la naissance des monstres, et de nier leur origine bestiale. Dans un Mémoire sur deux jumelles ou agrippines , réunies parla poitrine, il conclut qu’elles ne doivent pas être sacrifiées. Après s’être demandé ce que les agrippines pourraient bien présager: « Je n’en sais rien, » dit-il ; «et quant à moi, je ne crains rien ; ce que je sais cependant, c’est que ces jumelles ont été une source de félicité pour leurs parents, qui, avec elles, font tous les jours une quête fort plantureuse ». Et cependant, en 1745, le chanoine Cangiamila admettait encore, pour cause de la production des monstres, « l’œuf d’un animal qui fortuitement pénètre dans le sein d’une femme ». Il y joint d’ailleurs « la scélératesse de la mère» et « la fantaisie maternelle ». Cette dernière cause, l’influence de l’imagination de la mère, est peut-être celle qui a été le plus souvent invoquée pour expliquer la production des monstres, et on a cité à l’appui de nombreux exemples qui ont pu en imposer aux esprits non prévenus (1).
On a attribué la naissance d’Hélène et Judith à l’influence de l’imagination de leur mère, frappée, vers le commencement de la grossesse, de la vue de deux chiens accouplés. Ce spectacle se présente assez souvent dans les rues aux yeux des femmes enceintes, et cependant le nombre des monstruosités doubles est fort restreint. S’il est vrai qu’un violent ébranlement moral produise sur l’embryon un trouble fonctionnel qui peut, à la rigueur, se traduire par un vice de conformation tel que l'anencéphalie, le plus souvent les anomalies de développement sont le résultat de l’hérédité ou de chocs violents sur l’abdomen.
En Irlande, les canons de l Eglise interdisaient le coït le dimanche, sans quoi on s’exposait à procréer des monstres ou des lépreux. Nous avons vu que dans ce même pays, comme du reste dans les autres contrées du Nord, les monstres passent pour des enfants des fées qu’elles substituent aux autres.
Les monstruosités soulèvent d’autres questions intéressantes.
Ainsi l’on croit généralement que l’expulsion des monstres (lîg. 213) est très pénible. Il n’en est rien, parce que, en général, les monstres doubles naissent avant terme, comme pour les couches gémellaires ; quant aux monstruosités unitaires, à l’exception des cas d ’hydrocé-
(1) V. Erreurs et Préjugés, p. 1G9.
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phalie (fig. 214, 215), d’ascite ou de rétention d’urine (fig. 216) qui nécessitent souvent l’intervention du chirurgien, l’accouchement se fait normalement ou même plus facilement, surtout s’il y a absence de la tête ou d’une autre extrémité, comme pour l’homme-tronc, le volume du corps étant diminué d’autant.
Ailleurs (1) nous avons parlé des discussions soutenues au sujet du baptême des monstres, et nous avons vu qu’il est de règle de considérer le nombre des monstres en raisonne celui de leurs têtes : quot capita tôt monstra. Au point de vue de l’éLat civil, un être double doit-il être regardé comme unique ou double? lui donnera-t-on un ou deux noms? pourra-t-il hériter ou tester? lui sera-t-il permis de se marier? (2).
(1) V. page 137.
(2) Nous nous rappelons qu’au moment du séjour de] Millie-Christine en France, on souleva une question de chemin de fer. Le Rossignol à clcvx têtes devait-il payer une place ou deux places? Que si l’état civil nous (dit : quoi capita tôt hommes } les compagnies peuvent, de leur côté, prétendre que quot cuti tôt sedes.
Nous l’avons dit, tout monstre double à deux tètes est considéré comme deux individus ; tout monstre à une seule tête, aurait-il deux corps, n’est regardé que comme un seul être. Les monstres peuvent tester, ils peuvent hériter et se marier. Dans ce dernier cas, la monstruosité ne se transmet pas nécessairement aux enfants. Ces questions relatives au mariage des monstres ont servi de donnée à un roman curieux de Pigault-Lobrun.
fiG. 214. — Hydrocéphale.
La nombreuse progéniture des frères Siamois, indemne de toute difformité, prouve suffisamment que les monstruosités ne sont pas héréditaires ; il n’en est pas de même des vices de conformation tels que le bec-de-lièvre, le pied-bot, les doigts supplémentaires ou palmés. Une jeune fille enceinte, citée par Crawford, accusait un homme sexdigitaire qui protestait de son innocence : mais elle accoucha de deux jumelles dont les mains présentaient chacune dix doigts.
Monstres artificiels. — On peut faire des monstres, non pas seulement des monstres de laideur, comme Quasimodo ou la victime des Comprachicos, l’ Homme qui rit, de Victor Ilugo, mais des monstres au sens scientifique du terme. Pline vit conservé dans du miel un centaure venu d’Egypte ; c’était sans doute le chef-d’œuvre d’un mystificateur. La dent d’or avec laquelle l’enfant de Schweidnitz était
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venu au monde rentre dans la catégorie de ces mystifications (1).
Jacques Hortius a expliqué ce prétendu phénomène par l’influence des constellations qui avaient présidé à la naissance de l’enfant.
Fig. 215. — Fœtus hydrocéplialique (Vrolik).
(1) Yoici ce qu’écrit Fontenelle au sujet de cette supercherie : et En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie, âgé de sept ans, il lui en était venu une d’or à la place d'une de ses grosses dents. Hortius, professeur en médecine dans l’université de Helmstædt, écrivit en 1595 l’histoire de cette dent, et prétendit qu’elle était en partie naturelle, en partie merveilleuse, et qu’elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant, pour consoler les chrétiens affligés par les Turcs. Figurez-vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux chrétiens, ni aux Turcs. En la même année, afin que cette dent d’or ne manquât pas d’historiens, Rollandus en écrit encore l’histoire. Deux ans après, Ingolsteterus, autre savant,
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L’enfant, disait-il, naquit le 22 décembre 1586, époque où le soleil se trouvait en conjonction avec Saturne dans le signe du bélier; cette circonstance détermina une augmentation considérable de chaleur, et accrut la force nutritive à tel point, qu’au lieu d’une substance osseuse, ce fut de l’or qui se trouva sécrété.
Les habitués de la Cour des miracles étaient passés maîtres dans la confection des difformités et monstruosités humaines. A leur exemple, les bateleurs obtiennent un faux hydrocéphale en insufflant de
Fig. 216. — Rétention d’urino chez le fœtus.
l’air sous le cuir chevelu d’un enfant. Qui ne connaît l’histoire des rats à trompe ? On sait que, par l’autoplastie, il est possible de souder une partie du corps détachéed’un ppint, sur un autre. C’est ainsi que Brinon, ancien prosecteur de Gratiolet, souda quelques centimètres de la queue de plusieurs rats au bout de leur museau et il les appela des rats à trompe du Sahara. M. Bory de Saint-Vincent, considérant
écrit contre le sentiment de Rollandus, qui fait aussitôt une belle et docte réplique. Un autre grand homme, nommé Libavius, ramasse tout ce qui avait été dit de la dent, et y ajoute son sentiment particulier. Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu’il fût vrai que la dent était d’or. Quand un orfèvre l’eut examinée, il se trouva que c’était une feuille d’or appliquée à la dent avec beaucoup d’adresse ; mais on commença par faire des livres et puis on consulta l’orfèvre. y>
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ces monstruosités comme authentiques, en acheta une paire trois cent francs, avec l’intention de propager celte curieuse espèce. « Mais hélas! » dit Joulin, « dès la première génération, il s’aperçut que ses pensionnaires avaient été victimes, et lui aussi, d’une opération... commerciale. Les petits n’avaient pas besoin de cornac, ils étaient dépourvus de trompe ! ». Dans la notice biographique que nous consacrerons à cet accoucheur, on pourra lire une histoire bien amusante, mais purement fantaisiste, d’une épidémie d’anencéphales.