AVIS
Important et Indispensable
Montez au 3e sans parler à personne, n’écoulant pas si l’on indique ailleurs, ce ne serait que pour vous tromper, savoir ou mentir, je suis presque toujours chez moi excepté le Vendredi, personne n’est en relation avec moi, la discrétion étant nécessaire. Lisez les Plaques dans l’allée, pour la nuit et même le jour, tirez l’anneau en fer plusieurs fois ou frappez trois coups, quand on ne Sonne qu’une fois je regarde par la Fenêtre du 3e, si l’on vous indiquait mal je vous prierais de m’en avertir.
c£a |3tope66tou- eàt indiquée àu/fc fa pottc, louZu.cz Ce fioutott
Rue st n° . . entre TA. . . et la Rue St. . .
o PARIS o
MOEURS ET COUTUMES
« Cette carte est estampillée par le timbre qui lui sert de passe-port pour circuler sur la voie publique, elle a le même droit que l’animal dangereux qui porte sa muselière, conformément aux ordonnances de police, seulement elle n’en a pas, elle, de muselière, qui l’empêche de contaminer les gens. Elle peut s’introduire dans la main de la jeune fdle innocente qui ne connaît pas encore toutes les infamies qu’on rencontre dans les égouts de la civilisation ; malgré son innocence, elle est femme, elle questionne, et sait enfin que péché caché est à moitié pardonné, et qu’on peut se faire assurer contre les résultats trop visibles de l’amour.
« Elle se glisse aussi dans la main de celle qui n’a plus rien à perdre que la crainte des héritiers. Celle-la comprend de suite l’invitation qu’on lui adresse.
« Il faut vraiment examinera la loupe ce petit chef-d’œuvre d’impudeur, pour en bien apprécier toutes beautés. Je le comparerais volontiers à ces vins vieillis derrière les fagots, dont il faut analyser tous les parfums, toutes les saveurs pour bien en juger le mérite. L’ignoble a ses nuances et son fumet ; analysons-le donc, malgré la révolte de nos sens, ce que contient cette carte, c’est une œuvre de chimiste et non pas de gourmet, mais je l’ai dit ailleurs, les sens du médecin ne sont point ceux d’une petite-maîtresse. D’abord, remarquons cette observation: On ne me trouve que chez moi. Une sage-femme qui n’exerce qu’à domicile, cela me fait l’effet d’un paveur qui ne voudrait travailler qu’en chambre. Je laisse deviner ce qu’une matrone membresse de plusieurs Sociétés savantes qui ne va pas en ville peut faire chez elle.
« Notez qu’elle reconnais la grossesse à six semaines ou deux mois. Mais je suis persuadé que c’est uniquement aux consultations payantes, et que ses consultations gratuites, comme la caisse de Robert- Macaire, ouvrent à trois heures juste, et ferment à trois heures trèsprécises. ■
« Elle traite et naturellement guérit toutes les maladies de Yutérius (en vertu de quel droit ? — Cela ne vous regarde pas) ; mais elle n’explique point si elle considère la grossesse comme une maladie de Yutérius. J’avoue que j’aurais voulu lui voir couronner son chefd’œuvre par une explication sur ce point : quant à moi, je suis convaincu qu’elle considère la grossesse comme une maladie des plus graves ; comme celle qui se traite avec le plus grand succès dans sa maison de confiance, et surtout comme celle qui rapporte le plus d’argent.
« Je ne dirai rien de sa prétention de ramener le flux sanguin, je
comprends que lorsqu’une femme est en retard de quatre mois, plus ou moins, elle possède les petits moyens pour faire passer cela ; même probablement quand l’affection s’accompagne d’une certaine enflure de l’abdomen. Quant au reflux , je suis un peu embarrassé, je ne connais en fait de reflux que celui de l’Océan, et à moins d’admettre que celte femme, si savante, n’ait inventé une pommade ou un onguent dont la puissance merveilleuse et universelle se fait sentir jusque dans les vagues de l’Océan, j’avoue que je ne trouve point d’explication vraisemblable.
« Passons à l’autre côté, et ne négligeons pas cet avis important et indispensable : ne parlez à personne , n'écoutez pas ; est-ce que par hasard on entendrait autour de cette honnête maison , comme dans le conte de Y Oiseau bleu, les voix menaçantes d’ombres et de fantômes qui crient aux malheureuses pratiques : Fuyez ! fuyez ! imprudentes, si vous tenez à la vie, n’approchez pas de cette maison, n’imitez pas nos coupables folies, si vous voulez éviter notre sort. Je ne voudrais pas l’interroger sur ce point, car elle le dit, la discrétion lui est très nécessaire. Je suis du reste complètement de son avis à ce sujet ; si elle allait raconter toutes ses petites affaires au premier venu, cela pourrait avoir de grands inconvénients pour elle.
« Je me permettrai cependant d’émettre un léger doute, quand elle affirme qu & personne n'est en relation avec elle. Alors, que devientelle le vendredi? Moi, je suppose qu’elle est en relation directe avec le club des sorcières, et que c’est le vendredi qu’elle enfourche le manche à balai du Sabbat. Car, enfin, comment, malgré toute sa science, pourrait-elle diagnostiquer la grossesse à six semaines, quand les médecins ne le peuvent faire que vers quatre mois? Evidemment, sa science lui vient d’une source qui ne coule pas rue de l’Ecole-de-Médecine.
« Maintenant, passons au post-scriptum , car on dit que c’est là qu’il faut toujours chercher le point important d’une lettre. 11 n’y en a pas à cette carte, mais c’est pure politesse pour le lecteur, on compte sur son intelligence ; ceux qui auront besoin du post-scriptum sauront bien le deviner.
« Ce qui est sur la carte n’est que le boniment du paillasse qui rassemble la foule autour de lui ; il compte des histoires bêtes, reçoit avec philosophie les coups et les injures du patron, puis, quand le cercle est compacte, il exhibe son post-scriptum , sa chose importante, qui est une pommade remplie de vertus, ou simplement du poil à gratter.
« Je ne pense pas, cependant, qu’il s’agisse ici d’une invention
MOEURS ET COUTUMES
pleine de vertus, mais je voudrais bien connaître le post-scriptum , l’industrie qui se commet dans cette maison de confiance.
« Est- ce une fabrication de philtres pour rendre amoureux ?
« Pratique-t-on le nœud de V aiguillette? Est-ce pour les amours un refuge hospitalier (qui n’a rien de commun avec celui des montagnards écossais)? Explique-t-on les mystères du grand et du petit Albert, ou simplement de Charles Albert? Fait-on le grand jeu, les cartes, les tarots, la consultation somnambulique ou homœopathique ? Fait-on bouillir des herbes propres à réparer les défaillances de la vieillesse épuisée ? A-t-on le secret de faire procréer des sexes à volonté ?
« Mon esprit hésite à se prononcer pour l’une ou l’autre de ces merveilles.
« Ah ! si je pouvais interroger la chauve-souris qui applique son œil glauque à la vitre fêlée de ce troisième étage, peut-être me raconterait-elle d’étranges choses ; peut-être a-t-elle vu quelques-uns de ces drames, auprès desquels la scène des sorcières de Macbeth n’est qu’un jeu innocent.
« O Paris ! comme on te calomnie ! on dit que tu laisses parfois mourir de faim tes enfants ; quand de pareilles industries peuvent s’étaler impunément à ton soleil, il faut être furieusement honnête, ou bien dépourvu d 'imaginative, pour ne pas trouver dans tes boues, ô Paris l une ceinture dorée, sinon une bonne renommée.
« Nota. L’adresse est tenue à la disposition des confrères dans l’embarras qui voudraient avoir recours aux lumières de cette praticienne. »
Accoucheurs en France. — Jusqu’à la fin du XVP siècle, les sages-femmes étaient seules appelées auprès des femmes en couches. A partir de cette époque seulement, celles-ci commencèrent, même dans les cas ordinaires, à recourir aux chirurgiens. La mort qui suivit la délivrance de Madame, Marie de Bourbon-Montpensier, et dont Loyse Bourgeois fut accusée à tort, contribua pour beaucoup à faire naître cette révolution dans les mœurs.
Le premier chirurgien qui sut inspirer assez de confiance aux dames pour les assister en ces circonstances délicates, fut cet Honoré qu’Henri IV, non sans ironie, appelait « l’homme de Paris qui délivre les femmes ». Mais tandis que déjà les accoucheurs étaient réclamés par la bourgeoisie, ils restaient encore à la porte des augustes parturientes, au Louvre et autres palais royaux. Ainsi, dans un des accouchements de Marie de Médicis, la présentation ayant eu lieu par le siège, on envoya bien chercher Honoré, mais ce fut cependant
Loyse Bourgeois qui, seule, se chargea des manœuvres nécessaires.
L’astre de la grande accoucheuse pâlissait ; Jacques Guillemeau, qui ne fut pas étranger à son discrédit, eut une réputation plus grande qu’flonoré lui-même, et son gendre, Marchand, partagea sa vogue. Toutefois, ce ne fut que bien plus tard que la cour se décida à imiter les simples bourgeoises : aux couches de Marie-Thérèse, le chirurgien François Bouchet est présent, mais il reste dans l’antichambre ; on n’aura recours à lui qu’en cas d’extrême nécessité. Julien Clément, le premier, eutl’honneur d’être appelé auprès des princesses du sang ; il assista à toutes les couches de la dauphine Anne-Marie-Victoire de Bavière, belle-fille de Louis XIV ; il fut aussi l’accoucheur de la reine d’Espagne et de presque toutes les princesses et grandes dames de l’époque. Il accoucha aussi La Montespan, auprès de laquelle il fut conduit les yeux bandés. Astruc prétend que Clément avait auparavant assisté La Vallière, et il cite cette circonstance comme le premier exemple de l’intervention d’un accoucheur dans un cas ordinaire : double erreur, puisque, d’une part, des accoucheurs étaient en réputation un demi-siècle avant Clément et que, d'autre part, ce chirurgien n’avait pas plus de quinze ans, quand, le 27 décembre 1663, La Vallière mit au monde Louis de Bourbon. D’ailleurs, Bussy Babutin, fort au courant des scandales de la cour, fait assister La Vallière, comme nous le verrons plus tard, par une sage-femme. Mlle de Montpensier, dans ses Mémoires , nous donne son nom : c’était Marguerite Boucher, sage-femme de la reine Marie-Thérèse d’Autriche (1).
Les matrones étaient dès lors en décadence; cependant leur influence ne fut pas aussitôt ruinée. Les chirurgiens avaient beau laisser croître leur barbe pour s’enlaidir, alors que la mode voulait qu’on fût rasé et poudré, la garantie semblait encore insuffisante à la pruderie de certaines femmes et peut-être de certains maris.
De nos jours, dans toutes les classes, le préjugé contre les accoucheurs a disparu ; déjà du temps de Mercier, il n’existait plus, et les
(1) Sacombe, comme du reste la plupart des auteurs, a naturellement accueilli cette erreur ; ce rimailleur profite de la circonstance pour verser une panerée d’injures sur la tête du malheureux Louis XIV :
Un despote, un tyran, petit-fils d'Henri quatre,
Qui triompha sans gloire et vainquit sans combattre,
Qui, sans talents, des arts devint le protecteur,
Qui du sang de son peuple abreuva tout flatteur,
Qui de l’Europe enfin prépara la ruine,
Le premier en Europe a fait rougir Lucine,
Et, changeant en vertu son impudique ardeur,
Au rang des préjugés a placé la pudeur.
MOEURS ET COUTUMES
femmes, six semaines après leurs couches dînaient gaiement avec leur médecin accoucheur, assis à côté du mari, sans qu’elles songeassent à rougir de sa présence. Mais si la sécurité des femmes a gagné à ce changement, si l’on a moins à redouter l’ignorance et l’excès de complaisance de certaines sages-femmes, la dignité professionnelle du médecin n’a-t-elle reçu aucune atteinte?
En 1804, Girouard, dans le Défenseur des accoucheurs , a tracé un portrait du praticien en vogue. Plus d’un contemporain pourrait s’y reconnaître : « L’accoucheur en vogue est mandé avec empressement, se fait attendre, arrive avec fracas, et est reçu avec la confiance aveugle et fervente que tout danger pressant inspire. Il adresse d’abord à la femme en travail quelques propos cavaliers ou grivois selon qu’il est en belle humeur (propos qu’il estime être des moyens d’encouragement et de consolation el qui ne sont dans le vrai qu’un prélude de familiarité aussi indécent que hors de propos). Immédiatement et ex abrupto , il passe à l’examen de l’état du travail. Cet examen se fait ordinairement sous les yeux de l’époux et des assistants. Mais l’accouchement n’est pas près de se terminer; alors, monsieur l’accoucheur se jette sur un lit, ou s’enfonce dans un fauteuil : là il nombre et dit avec emphase les nuits qu’il vient de passer sans dormir, les accouchements qu’il a faits chez les femmes du plus haut parage. Notez bien que ce sont presque tous accouchements où il a été obligé d’employer les ferrements , et par conséquent laborieux.
« A ce récit, tout l’auditoire s’ébahit, en s’écriant : quel talent ! quelle peine ! quelles obligations on doit vous avoir, pour vous sacrifier ainsi au soulagement de l’humanité souffrante ! Monsieur, voudriez-vous accepter un consommé? — Volontiers. — Le pauvre homme le prend, puis s’endort, après avoir prescrit à la patiente de se promener en long et en large. Elle souffre, elle crie, elle invoque son aide, le tout en vain.
« Nous allons bientôt voir qu’il agirait contre ses intérêts, s’il s’avisait d’être compatissant : d’ailleurs, il n’a point encore assez dormi. Cependant les douleurs deviennent conquassantes. On l’éveille. Alors il retrousse ses manches jusqu’aux épaules, et offre aux spectateurs et à l’Iphigénie, le simulacre d’un boucher; mais il sait bien ce'que la terreur qu’il inspire lui vaudra d’opinion et d’argent. Ainsi donc, pour donner de l’importance à une opération qu’il sait bien n’en point avoir par elle-même, et se trouver plus vite en état de voler chez une autre femme, qui n’accoucherait plutôt pas, si ce n’était par ses mains, il jette en avant la nécessité où il va être de se servir des ferrements. Si l’accouchement tarde encore un peu, ce qui a toujours
lieu au gré des assistants, et surtout de celle qui souffre, il parle plus sérieusement du grand moyen. En ce moment, son ton prend plus d'importance, et ses expressions plus de dureté ; il devient enfin impératif. Bon, la terreur redouble, le forceps paraît, il est appliqué, et aussitôt l’enfant est arraché du sein de sa mère, aux dépens de qui il appartiendra. Mais voilà encore un accouchement laborieux de fait, dont il s’applaudit beaucoup, dont on le congratule, quoi qu’il ne lui ait pas plus coûté de peine et d'art , que l’extraction d’une dent ; et que l’époux, par tendresse pour sa chère moitié, croit ne pouvoir trop payer. Alors commence le concert des commères, qui entonnent des hymnes à sa louange. Quelle prestesse, dit l’une! quel talent, dit l’autre! En vérité, conclut une troisième, c’est un homme divin, il ne nous donne pas le temps de souffrir, et toutes, en chœur : si nous faisons des enfants, il nous accouchera.
« Maison le vient chercher; il disparaît comme l’éclair, en caressant de l’œil le conciliabule femelle qui va porter ses faits et gestes aux extrémités du monde. .. »
11 y a malheureusement quelque chose de trop vrai dans ce charlatanisme, dans cette avidité du gain. Nos confrères ne feraient-ils pas mieux de conseiller à leurs clientes la présence d’une sage-femme capable, qui les préviendrait au moment opportun ou seulement en cas de complications? N’est-il pas pénible de voir des hommes de valeur perdre leur temps et leur considération en se ravalant au métier de tireurs de cordon? Qu’ils interviennent seulement dans les cas où ils sont réellement nécessaires, c’est-à-dire une fois sur cent, tout au plus (1); on verra moins d’accouchements se terminer par le forceps, qui double les honoraires en faisant gagner quelques heures, et l’on ne verra plus des médecins en renom s’exposer à des mésaventures comme celle que nous allons raconter et dont nous garantissons l’authenticité. La comtesse de M..., étant un beau soir surprise par des douleurs qu’elle attendait seulement quelques jours plus tard, fit mander en toute hâte le docteur X..., son accoucheur ordinaire. M. X... était absent ; on promit qu’aussitôt rentré il irait auprès de la noble parturiente. Cependant, comme il est impossible de transiger avéc la nature, on prie M. Y..., un autre accoucheur illustre, de
(1) D’après Velpeau, sur 20,357 accouchements faits à la Maternité depuis l’année 1797 jusqu’à la fin de 1811, la nature en a terminé seule 20,183. Mais il est si peu d’accoucheurs qui savent se résigner à mettre en pratique la maxime d’Hippocrate : « C’est souvent faire beaucoup que de ne rien faire ! » En est-il beaucoup qui pourraient dire comme Pajot : « Je suis resté jusqu'à soixante-douze heures auprès d'une femme en travail, sans retirer mes bottes, et cependant il m’était facile de la délivrer en cinq minutes 1 »
vouloir bien se rendre dans l’aristocratique demeure. Bonne aubaine pour le Dr Y... Entre tocologues, on s’arrache volontiers la cliente. Et puisce confrère X.. . qui menace de tout envahir ! Le Dr Y... ne s’amuse pas en chemin... Tout va bien : Madame en est à son second enfant, le passage a été frayé, pas de défilé trop étroit à redouter, un col complaisant, une présentation normale. Que peut-on souhaiter de mieux ?
Ces réflexions faites, l’accoucheur songe qu’il est minuit, que la dilatation ne fait que commencer, et qu’une nuit entière, même passée au chevet d’une riche comtesse, pourrait bien faire jaunir un tantinet le teint rosé de sa coquette personne ; en conséquence, il déclare que rien ne presse, mais comme il ne veut pas laisser la place libre, il se couchera pendant quelques heures dans la pièce voisine.
Un lit est dressé au docteur, et le docteur s’endort rêvant de fabuleux honoraires.
Sur ces entrefaites, vers deux heures du matin, le confrère X... arrive tout essoufflé, il se précipite en toute hâte dans la chambre de la comtesse, s’excuse et s’empresse de constater où en est le travail.
— C’est bien, Madame, je suis arrivé juste à temps; encore quelques secondes de courage et vous allez être délivrée... Là, ne poussez plus maintenant... la tête a passé. Là!... c’est fini... Vous avez un gros garçon.
Quelques minutes après, le cordon était lié, la mère mise en place, l’enfant entre les mains de la garde, et le docteur X... prenait congé de sa cliente et du comte de M... en promettant de revenir dans la matinée. Au moment où il ouvrait la porte, un ronflement formidable s’échappe d’une chambre voisine.
— Sapristi! s’écrie le comte, et le Dr Y... que nous avons oublié. Et il explique l’affaire à son confrère X. .. qui en rit encore. On laissa le Dr Y... achever tranquillement sa nuit ; à son réveil, on lui offrit une tasse de chocolat qu’il se hâta de refuser.
Depuis ce temps, le Dr Y... a bien juré de ne plus s’endormir chez ses clientes.
Un ridicule nouveau s’est introduit dans la pratique actuelle de l’obstétrique. Les microbes sont à la mode : chassons le microbe, tuons, exterminons le microbe! Assurément, les mesures d’hygiène sont bonnes, excellentes. Mais est-il bien nécessaire de multiplier les injections au sublimé, de ruiner la cliente en poudre parasiticide, de se graisser le doigt, à chaque exploration, avec de la pommade antiseptique et, pour essuyer ce doigt, de réclamer chaque fois, au grand profit du blanchisseur, une serviette nouvelle? Et ce n’est pas tout; le praticien microbiomane surveille et compte les coups de balai et de plumeau
avec une indiscrétion affectée, il fait irruption dans les pièces voisines de la chambre où gît la patiente ; il ouvre, il force armoires et placards : te Ciel, une vieille robe, de vieilles bottines, du linge sale ! Vite au grenier tous ces nids à microbe! »
Ce sont les accoucheurs aux précautions charlatanesques qui, au moment critique, se prêtent complaisamment à tous les caprices de la cliente, qui lui soulèvent les reins au grand dommage des leurs, qui l’invitent à se cramponner à leur bras, qui même se laissent prendre par les cheveux, s’ils en ont encore. Et voyez-les, entendez-les après la délivrance ! C’est la garde qui ne sait pas nettoyer l’enfant, la nourrice qui ne sait pas l’emmailloter ; le voilà qui met la main à la pâle, qui lave, qui saupoudre, qui babille. Et la garde reste bouche bée, la nourrice admire, la mère le suit avec attendrissement, et le brave homme de père s’écrie: « 11 n’y a que lui! il n’y a que lui ! »
Tu verras le tarif de tous ces empressements, ô bourgeois naïf, et peut-être penseras-tu alors que, pour celui que tu vantes à tes amis et à les voisins, la plus belle image de la grossesse est dans la circonférence d’une pièce de cent sous.
Quelques particularités concernant les sages-femmes et les accoucheurs dans les autres parties de l’Europe.
— Les mœurs ang’aises, nous l’avons dit, ne brillent point par la logique ; John Bull rumine la Bible et viole les petites filles ; milady, par horreur de Yimproper, tourne le dos à l’accoucheur et ne songe pas à demander une sage-femme ; si elle en appelle une, c’est pour lui servir d’aide, de garde. Il n’y a même pas économie à la préférer au médecin, car la concurrence entre les praticiens anglais portant surtout sur les accouchements qui donnent par la suite accès dans les familles, les honoraires demandés pour les opérations de ce genre sont assez modestes, une guinée (1) d’ordinaire; les ouvriers obtiennent un rabais des jeunes docteurs. En conséquence de son rôle subalterne et peu lucratif, la sage-femme anglaise a pris, dans les grandes villes surtout, des spécialités inavouables, l'avortement, par exemple, et la constatation des virginités douteuses, parfois leur réparation, Toutefois, dans les campagnes et en Irlande, les matrones de ce genre sont rares ; les sages-femmes exercent plus honorablement leur métier. L’Angleterre a des sages-femmes militaires , nous voulons dire attachées à l’armée pour accoucher les femmes des soldats mariés ; le chirurgien-major n’est appelé que dans les cas compli-
(1) Monnaie d'or valant 25 fr. 21.
MOEURS ET COUTUMES
qués. Aucune législation ne régit les sages-femmes en Grande- Bretagne ; un projet de loi fut proposé en 1813 au Parlement par la corporation of apolhecaries, mais la commission, chargée de l’examiner, le rejeta par pruderie, alléguant qu’il ne pouvait être fait mention des sages-femmes dans les textes de loi; on ne saurait être plus ridicule. La Société obstétricale de Londres se substitua au gouvernement et délivra des diplômes aux sages-femmes qui voulurent bien se soumettre au programme de ses examens. Ce diplôme n’a rien d’officiel, mais il est une garantie de capacité pour le public.
Les sages-femmes anglaises et américaines ont pour toute enseigne une plaque de cuivre sur laquelle sont inscrits son nom, ses heures de consultations et son titre de Midwife , dont l’étymologie est le saxon mit-weibe , la bonne femme qui aide.
Que penser de la sage-femme allemande : de la Frau hebamme? La docte Allemagne semble n’avoir que des matrones assez ignorantes; en quatre ou cinq mois, elles peuvent obtenir leur brevet, après avoir assisté à deux accouchements et en avoir pratiqué quatre. Dans ses Lettres obstétricales , Siebold fait de ses élèves sages-femmes un portrait peu flatteur : « Souvent » ,dit cet éminent accoucheur, « des femmes de la plus basse classe, manquant de l’éducation la plus simple, sachant à peine lire, se présentent pour occuper des emplois vacants : la rémunération est trop modique pour tenter des sujets plus capables. Et que peut-on attendre de pareilles femmes? Il est facile de dire: Ne les acceptez pas pour vos élèves. Les communes les ont choisies, la femme du pasteur s’y intéresse, le médecin de l’endroit leur a délivré une bonne attestation ; on n’en trouve pas d’autres ».
En Prusse, en Bavière, dans plusieurs États allemands, la sagefemme prête, une fois reçue, le serment suivant :
Moi, N... N..., je jure par Dieu tout-puissant et prête le vrai serment sans aucune arrière-pensée, de faire mes devoirs de sage-femme en chrétienne consciencieuse. Je ne ferai volontairement de mal à personne; je fais au contraire le vœu de donner tous les secours possibles aux femmes accouchées, de leur donner des soins, ainsi qu’à leurs enfants, tant que cela sera nécessaire ; de n’épargner ni fatigue ni peine pour conserver la vie de la mère et de l’enfant ; de me rendre aussitôt à l’appel des pauvres comme à celui des riches; de ne jamais abandonner ou négliger une femme en travail ; de me soumettre aux règlements des sages-femmes tels qu’ils sont prescrits par Sa Majesté Prussienne, mon roi et maître, comme il convient à une sage-femme fidèle et consciencieuse.
Aussi vrai que Dieu m’aide, par Jésus-Christ et son saint Evangile. Amen. (Règlement du 1er décembre 1825.)
En Hanovre, le serment est ainsi conçu :
Je jure et promets devant Dieu, et par sa sainte parole, d’exécuter exactement et consciencieusement les instructions qui m’ont été lues et transmises, et que j’ai bien comprises. Je jure aussi de me comporter partout, dans l’exercice de ma profession, comme il convient à une sage-femme consciencieuse. Que Dieu et sa sainte parole me soient en aide.
Dans presque tous les pays d’Allemagne, une taxe officielle règle, en cas de contestations, tout ce qui touche à la pratique médicale. Voici, quant à ce qui se rapporte aux accouchements, la taxe officielle: