CHAPITRE XIII
Le Saint-Esprit ordonne de choisir Barnabe et Saul pour l'œuvre de la prédication des Gentils. Le magicien Bar-Jésu aveuglé à la parole de Paul. — Conversion de Sergius Paulus. — Discours de Paul à la Synagogue d'Antioche de Pisidie. — Blasphème des Juifs. — Persécution qu'ils excitent. — Conversion des Gentils.
Il y avait dans l'église d'Antioche des prophètes (i) et des docteurs , entre lesquels étaient Barnabe , Simon qu'on appelait le Noir, Lucius de Cyrène , Manahen frère de lait d'Hérode le Tétrarque, et Saul. Or un jour qu'ils faisaient le service divin (2) et qu'ils
(i) Des prophètes qui parlaient par inspiration , et qui prédisaient l'avenir , tel qu'était Agabus , dont il est fait mention aux chap. 11 et xxi , des docteurs qui expliquaient ce qui venait d'être lu de l'Ecriture sainte. Le litre avec la chose se sont conservés dans l'église grecque , où l'on appelle docteur de l'Évangile le ministre qui est chargé d'expliquer l'Évangile , docteur de l'apôtre celui qui explique les épîtres de saint Paul, docteur du Psautier celui qui explique les psaumes, ce qui reviendrait assez à ce que nous appelons le théologal , si ce n'est , comme remarque M. Fleury , que la fonction effective du théologal est réduite à quelques sermons , que bien souvent il ne fait pas lui-même.
(2) La liturgie , dit le grec , c'est-à-dire à la lettre l'action jjuhliqiie. Ce mot , dans sa signification générale , s'entend du service divin. Les Grecs l'emploient
DES âPÔTRES. CHAPITRE XIII. iSq
jeûnaient , le Saint-Esprit leur dit : Séparez-moi Saul et Barnabe pour l'œuvre à laquelle je les ai destinés. Alors ayant jeûné et prié (i), ils leur imposèrent les mains, et ils les laissèrent aller.
Envoyé par le Saint-Esprit , « dont ils sui- X vaient la direction , comme ils en avaient » reçu la mission , les deux apôtres » s'en
plus particulièrement pour signifier le sacrifice. C'est aussi du sacrifice que l'entendent ici la plupart des interprètes.
( I ) On verra encore au chap. suivant , ;*' 23 , que l'ordination était accompagnée de jeûnes et de prières; pratique qui a commencé avec TEgUse , et qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours.
Mais était-ce ici une ordination, ou bien n'était-ce qu'une imposition des mains purement déprécatoire ? c'est sur quoi les docteurs se partagent. Disons ce qui est le plus probable : c'était une ordination. On voit que rien n'y manque de ce qui la précède et l'accompagne , le jeûne , la prière , le sacrifice même , et l'imposition des mains. Mais, dira-t-on, saint Paul, dans l'épître aux Galates , déclare qu'il n'a rien reçu des hommes : non , quant à la science de la religion et à la vocation à l'apostolat , ce qui n'empêche pas qu'il n'ait reçu le baptême d'Ananie , ni qu'il ait pu recevoir l'ordre presbyteral et épiscopal par le ministère ordinaire. Ainsi un prêtre élevé à la papauté ne reçoit rien, cojnme souverain pontife , de l'évêque dont il reçoit la consécration épiscopale. Il tient de celui-ci d'être évêque , du clergé de Rome qui la élu, d être évèque de Rome et de Dieu, d'être pape de l'Église universelle, en conséquence de l'ordre établi de Dieu que le successeur au siège de Pierre succéderait à sa primauté.
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4. Et ipsi quideui niissi a Spiritn sancfo abieruiil Scleuciani , et inde navigaverunt Cyprum.
5. Et cnm venissent Salatuinam, praedicabant verbiim Dei in sy— nagogis Jiidieo— rutn. Habebant autem et Joannem in iiiinistc< rio. 6. Et cura perambulassent universam insulam usque Pa— plium , invenC' runt quemdam viriim iDHguru pseudopropiic— tam, Judaeum,C)ii nomen erat Bai»
Jesu ^. Qui eral ciim proconsuie Sergio Paulo, viro prudente Hic acceisitis Barnaba et Saulo, desiderabat andire verbuiR Dei.
8. Resistebat autem illis Elymas magiis , (sic enim iirterpretatur nomen ejiis ) quœrens avertere proconsulera a fide. g. Saiilus antem qui et Paulus , repletis Spiritu sancto ,
izfo HISTOIRE DES ACTES
allèrent à Séleucie , d'où ils firent voile en Chypre. Lorsqu'ils furent arrivés à Salamine, ils prêchaient la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. Or ils avaient avec eux Jean pour les aider. Ayant parcouru toute l'île jusqu'à Paphos , ils trouvèrent un certain Juif, magicien et faux prophète , nommé Bar-Jésu , qui était avec le proconsul Sergius Paulus, homme sage (i). Celui-ci, qui désirait d'entendre la parole de Dieu , fit venir Barnabe et Saul. Elymas le magicien (2) ( car c'est ce que son nom signifie ) s'opposait à eux , voulant détourner le proconsul de la foi. Mais « ( et c'est ici que l'apôtre )) des nations commence à paraître tout ce » qu'il est ) )) Saul , qui est le même que Paul (3) , étant rempli du Saint-Esprit , et
(i) Cette sagesse, qui e'tait dans lui une qualité morale , ne méritait pas la foi , mais elle en écartait les obstacles. C'est par la grâce de Dieu que l'homme est fidèle, c'est par sa propre folie qu'il ne l'est pas.
(2) Elymas ne signifie un magicien ni en grec ni en hébreu, ce qui exerce beaucoup les interprètes. Il faut bien pourtant qu'il l'ait signifié, puisque saint Luc l'a dit. C'était apparemment dans quelque langue particulière qui n'est pas venue jusqu'à nous. Peut-être était-ce l'ancienne langue des Cypriotes , avant que la langue grecque fût devenue dominante Cn Chjrpre. C'est à peu près ce qu'on a dit là-dessus de plus raisonnable.
(3) Désormais il ne sera plus appelé que Paul. Il est plus que probable que ce fut alors qu'il adopta ce nouveau nom, et que la raison qui l'y engagea, ce fut afin que leg gentils, qui étaient le grand objet de sa mission,
regardant Elymas , lui dit : 0 homme plein intuens in eum, d'artifice et de fourberies , enfant du diable, ^g ^^^^Y' ^^1^' ennemi de toute justice, ne cesseras-tu point de pervertir les voies droites du Seigneur ? Mais voilà dans ce moment que la main du Seigneur est sur toi : tu seras aveugle , et tu ne verras point le soleil d'ici à un tems. Aussitôt un nuage ténébreux lui tomba sur les yeux; et, tournant de côté et d'autre, il cherchait quelqu'un qui lui donnât la main. Le proconsul ayant vu ce qui venait d'arriver, crut alors , admirant la doctrine du Seigneur (i).
eussent moins de répugnance k traiter avec lui, lui trouvant uu nom auquel leurs oreilles étaient accoutumées. Mais le prit-il de lui-même , ou le prit-il à la prière du proconsul Serge Paul, ou bien fut-ce les gentils qui, à cause de la ressemblance des noms , transformèrent , peut-être sans y penser , Saul en Paul ? Tout cela est possible , et rien n'est certain , sinon que l'Apôtre adopta ce nom , et que lui-même il ne s'en donna plus d'autre.
(i) Ce mot exprime tout ensemble et la doctrine et la manière dont saint Paul l'avait prouvée. Ainsi , lorsque Jésus-Christ délivra un possédé par la vertu de sa parole, « tout le monde fut dans l'admiration, de sorte qu'ils » se demandaient les Uns aux autres : Quelle est cette » nouvelle f/oc^;me ? (Marc. i. 2^. ) Car il commande )) avec autorité même aux esprits immondes, et ils lui j) obéissent. » La doctrine évangélique exposée simplement , paraît au piemier coup d'œil sublime dans ses mystères, et parfaite dans sa morale. Il peut survenir un doute , savoir si elle vient de Dieu , ou si elle est une belle invention de l'esprit humain. Le miracle qui la prouve en assure la divinité. Alors l'esprit, débarrassé
et omni failacia, fili diaboli , inimice omnis justitiœ. non desinis snbvertere vias Domini rectas.
1 1. £t nunc ecce manus Domini super te , et eris racus , non vidons solem usque ad teuipus. Et coiifestim ceci— dit in eum caJigo , et tenebrae, et circuiens quaerebat qui ei matiimi daret. J2.
Tune proconsul ciim vidiâsot fac« tiim. ci-'rdidit admirans super doctrina Uoiui»
ni.
j3. £t cum a Papho navigassent Paulus et qui cum eo elant , venerunt Pergen Pamphyliae. Joannes aulem discedensab eis , reyersus est Jerosolymam. i4 Ilii vero pertranseuntes Pergen, venerunt Antiochiam Pisidiae :
et ingressi synagogain die sabbatorum , sederunt.iD.Postlectionem autem legis , et prophetarum, miserunt principes synagogae ad eos , dicentes : Viri fratres , si quis est in vobis sermo exhortationis ad plébem, dicite.
i6. Surgens autem Paulus, et manu silentium indiceus , ait ; Viri Israèlita3, et quitimetisOeum, audite : 17. Deus plebis Israël ele-
Paul et ses compagnons partirent de Papbos, d'où ils allèrent à Perge en Pamphylie. Mais Jean, « effrayé d'un apostolat si pénible )) et si hasardeux, n'eut pas le courage de » les suivre. Il » les quitta, et retourna à Jérusalem. Pour eux, après avoir passé par Perge , ils vinrent à Antioche de Pisidie ; et le jour du sabbat , étant entrés dans la synagogue, ils y prirent place. Après la lecture de la loi et des prophètes , les chefs de la synagogue, « suivant ce qui se pra- )) tiquait à l'égard des étrangers , » leur envoyèrent dire : Nos frères , si vous avez quelque exhortation à faire au peuple , vous pouvez la faire. Alors Paul se leva, et marquant de la main qu'on fît silence , il dit : Israélites, et vous qui craignez Dieu (i), écoutez. Le Dieu d'Israël choisit nos pères, et il exalta ce peuple ( 2 ) , lorsqu'ils demeuraient en Egypte , d'où il les tira par la force de son bras. Pendant l'espace de quarante ans il supporta leurs mœurs « déréglées» dans le désert.
du doute , se livre tout entier à l'admiration. Voilà comment on a pu dire que le proconsul, ayant vu le miracle, admira la doctrine.
(i) Outre ceux qui étaient Juifs, ou Israélites de naissance, on admettait dans ces assemblées des prosélytes et des gentils adorateurs du vrai Dieu. Ce sont ceux qui sont désignés par ces mots^ et vous qui craigTiez Dieu.
(2) Il exalta ce peuple , et le rendit célèbre par \qs dix plaies dont il frappa ses cruels oppresseurs.
DES APÔTRES. CHAPITRE XIII. l43
Puis, après avoir détruit sept nations dans la terre de Ghanaan , il la leur distribua au sort , après environ quatre cent cinquante ans (i). Ensuite il leur donna des juges jusqu'au prophète Samuel. Après cela ils demandèrent un roi , et Dieu leur donna Saûl fils de Gis, de la tribu de Benjamin, ce qui dura quarante ans (2). L'ayant rejeté, il suscita David pour être leur roi , auquel il rendit ce témoignage : J'ai trouvé David , fils de Jessé , l'homme selon mon cœur, qui fera toutes mes volontés. C'est de son sang que Dieu y selon sa promesse , a suscité à Israël un sauveur , qui est Jésus. Avant qu'il parût , Jean prêcha un baptême de pénitence à tout le peuple d'Israël ; et lorsqu'il était sur le point de terminer sa course , il disait : Je ne suis pas celui que vous pensez ; mais voici qu'il en vient un autre après moi , dont je ne suis pas digne de délier les souliers (3).
git patres nostros, et plebem exaltavit cum essent incoix in terra iEgypti, et inbrachio excelso eduxit eos ex ea, 18. Et per quadraginta annorum tempus mores eorumsustiuuit indeserto.
ig Et destruens gentes septem in terra Chanaan , sorte dislribuit eis terram eorutn. 20. Quasi post quadringentos et quinquaginta annos : et ])Ost hœc dédit jiidices , usque ad Samuel prophetara. ai Et exinde postulaverunt regem :
et dédit illis De- 11s Sau] filiuta Cis , virum de tribu Benjamin , annis quadraginta , 22. EtaotQto
(i) On compte environ quatre cent cinquante ans depuis la naissance d'Isaac, qui fut comme la première naissance du peuple choisi^ jusqu'au partage de la terre de Chanaan. Presque tous les interprètes s'accordent à dire que cette époque est celle que saint Paul avait alors en vue.
(2) Ces quarante ans renferment tout le tems de la judicature de Samuel et du règne de Said.
(3) Plusieurs années après la mort de Jean-Baptiste; et si loin de la Judée, ou il avait vécu et où il était mort , saint Paul cite son témoignage , comme faisant preuve pour k divinité de Jésus-Christ. Ceci montre
îllo , susoitavit illis David regeoi ; ciii testinionium peihibens , dixit : Inveni David filium Jesse , virnni secuudum cor meum , qui faciet omnes yoluntates meas. 23. Hujus Deus ex semine secundum promissionem eduxit Israël salvatorem Jesum.
24. PraeJicante Joanne ante faciem adventus cjus baplistnum pœniteiitiae omiii populo Israël.