‹ Histoire des Actes des apotresChapitre 5 sur 81 · CHAPITRE PREMIER (i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER (i

Relour des disciples du mont d'Olivet à Je'rusalem. — ■ Entre'e dans le Cénacle. — Discours de saint Pierre suivi de l'élection de saiat Mathias à la place de Judas.

« Jésus avait enfin disparu aux yeux de (C ses disciples. Ceux-ci , affermis dans la foi « par le nouveau prodige de son ascension , <( adorèrent (2) celui qu'ils ne voyaient plus. « Leur charité, plus éclairée qu'elle ne l'avait « été jusqu'alors , ne leur permit pas de s'af- « fliger d'une séparation qui devait naturel- « lement leur être si douloureuse. Ils avaient (c compris enfin le sens de cette parole : Si « vous m'aimiez , vous auriez de la joie de « ce que je vas à mon Père. (3), En cessant de

(i) Les guillemets renferment le texte de l'auteur et Jes mots de liaison ou d'explication qu'il a intercalés au texte sacré ; la traduction textuelle des Actes des Apôtres ;est imprimée sans guillemets.

(2) Luc, xxiy, 52. Et ipsi adorantes,

(3) Joan. , xrv. 28. Si diligeritis me , gçLuderitis uti^ que 3 ^iiia vado ad pairem.

y> le voir des yeux du corps, ils commencèrent

» à le considérer des yeux de l'esprit , assis

y> sur le trône de la divinité, établi seul mo-

» narque de l'univers ( i ) , et occupé du soin

y) de leur préparer ces trônes sublimes sur

» lesquels ils devaient un jour être assis à

» ses côtés. Ils s'en retournèrent donc comblés

Act. I. 12. A )) jg JQjg ^ JérusalerafaY Ils revenaient»

monte qui voca- ■' ^ ' ^ ^

tur oiiveti, sab- de la moutague nommée d'Olivet, qui n'est

bâti hdbeus iter. m ■ ' 11 •. 1 1 1 •

éloignée « de la capitale » que du chemin

qu'il est permis de faire le jour du sabbat.

». , « De retour à la ville , ils entrèrent dans

Act., I. i3. ^ ' ^

Cuiu introissent, » uuc maisou , et )) montèrent «à l'étage su-

ascenderuiit ubi , . i ' 1 /-< ' i > i

manebantPeirus » pcrieur appelé le Ceuacle », ou clemeuet Joaiines , Ja- j-^icut Pierre et Jean , Jacques et André , Phi-

cobîis et An- ' ^ ^^ •'

dreas , Philip- lippe, Ttioiiias , Bartliélemi , Matthieu, Jac- Barthoiomœ™s*c't ques fils d'Alpliée, Simon le zélateur, et Juda, Matth.Tus , Jaco- fj-gre de Jacques. Tous ensemble persévéraient

bus Alphœi , et . •* , *

Siujon Zelotes , unanimement dans ( 3 ) la prière avec les ( 4 )

(i) Jud., 5. Solum dominatorem , et Dominnm nçstrum Jesum Christum,

(2) Luc, xx.iv. 52. Regresii sunt in Jérusalem cum gaudio niagno.

(3) Ils priaient unanimement et -persévéramment. La prière^ l'unanimité dans la prière^ la pei'sévéïance dans la prière , trois choses qui , réunies , font violence au ciel. Elles auraient suffi pour en faire descendre le Saint- Esprit, quand même il n'aurait pas été promis. Voyez chap. IV j 3i.

(4) Les saintes femmes, qui suivaient Jésus dans ses missions, qui ne l'avaient pas abandoiané dans sa passion, qu'il avait fait témoins de sa résurrection -, et probablement de son ascension. N'étant plus avec lui , elles étaieat

femmes, avec Marie, mère de Jésus, et avec ses frères (i).

(c Cependant une place restait à remplir a dans le collège apostolique. Le nouveau » peuple devait avoir, comme l'ancien, douze y) patriarches. Pierre, devenu le chef visible » de l'Eglise, par le départ de celui qui en » est éternellement le chef invisible , demeu- » rait chargé du soin d'y pourvoir. Soit que )) son maître lui en eût donné l'ordre, soit )) qu'il en fût averti par l'inspiration, il ne » tarda pas à s'en acquitter. » Dans les jours ce qui s'écoulèrent depuis l'Ascension jusqu'àla » Pentecôte , » s'étant levé au milieu de l'assemblée ( il y avait environ cent-vingt personnes ), il leur dit : Mes frères, il faut que l'Écriture s'accomplisse , et ce que le Saint- Esprit a prédit , par la bouche de David , touchant Judas, qui fut le conducteur de ceux qui prirent Jésus. Il était un d'entre nous , et il nous avait été associé dans le même ministère. Il a possédé (2) un champ du prix de son

avec tout ce qui pouvait le leur rappeler, sa mère, ses frères et ses disciples.

(1) Qui crurent enfin en lui, convaincus au moins par le miracle de la résurrection. Il ne faut pas confondre avec; eux les trois qu'on vient de nommer, Jacques fils d'Alphe'e , Simon et Judc , frères de Jacques , qui sont appele's, dans l'Évangile, frères du Seigneur. Ceux-ci croyaient avant même qu'ils fussent appele's à l'apostolat , puisqu'il est écrit que ce fut parmi ses disciples que Jésus choisit ses apôtres. Luc, vi. i3.

(2) Il a acquis, disent la plupart des traducteurs j

et Judas Jacobi. i4' Hi omnes erant persévérantes iinanimiter in oratioue ciitn mulieribns , et Maria raatre Jesu ,, ettratribus ejiis.

i5. In diebus illis.

Exurgens Petrus in inedio t'ratrnm, dixil (erat auteui lurba hoaiinum simiil fere cenlum viginti) : 16. Viri iratres , oportet irapleri ScriptU" ram , quam praedixit Spiritus sanctiis per os David , de Juda, qui fuit dux eorum qui coiupre-

hcn'derunt Jesum : l'j . Qui oonnumeratns eraC in iiobis , et sortttus est sortem ministerii hujiis. 18. Jit hic qiiidcQi possedit agrum de mercede iniqiiitatis , et «lispensus cre— piiit médius , et diffusa siint oinnia viscera ejiis.

19. Et notumfactuin est omnibus habitaiitibus Jerusalem , ita ut ;ippellaretiir ager ille lingua eoriim lîaceldama, hoc est Agcr saii»uirus. 20.

Scriptum est e- )iim in libro jisalmorum : fiât Goiumiiratio en— 3 uni déserta , et Jion sit qui iuhabitct in ea , et cpiseopatnmejus accipiat alter.2i.

Oportet ergo ex his viris qui nobiscuui sutit congregali in omni tempore quo intravit et exivit inter nos Dominus Jésus 22. Incipiens a baptismale Joannis , usqne in diem qua asstimphis çstànobistestf m lesurrectionis ejus nobiscum fieri unuoi ex istis.

iniquité; et, après s'être pendu, il a crevé par le milieu du ventre , et toutes sts en-» trailles se sont répandues. La chose a été sue de tous les habitans de Jérusalem , si bien que ce champ a été appelé, en leur langue, Ilaceldama , c'est-à-dire le Champ du sang. Car il est écrit au livre des Psaumes : Que leur demeure devienne déserte , qu'elle ne soit habitée de personne (i), et qu'un autre prenne son épiscopat (2). De ceux donc qui

par où ils entendent que ce champ fut acquis des deniers de Judas. Le mot latin signifie proprement posséder. Le mot grec , qui signifie posséder et acquérir, signifie plus ordinairement posséder. On s'en est donc servi, d'autant plus qu'il a un sens litte'ral que quelques interprètes ont cru y apercevoir. C'est que Judas a possède' eu effet ce champ de la seule manière dont il pouvait le posséder j car ils pensent qu'il y fut enterré le premier , comme étant un de ces étrangers pour la sépulture desquels on l'avait acquis.

(i) C'est ce qui était prédit, et ce qui s'accomplit j mais la prédiction est tournée en imprécation. Il y en a, clans les psaumes , des milliers de cette espèce. Les personnes charitables sont quelquefois peinées de voir qu'où y désire tant de mal à ses ennemis et à ses persécuteurs; elles ne voient pas que ce mal y est prédit et non désiré, mais que la prédiction y est tournée comme il convient qu'elle le soit dans la poésie , et plus qu'ailleurs dans les psaumes, qui sont de toutes les poésies la plus sublime. On en voit aussi des exemples dans les poètes profanes , lorsqu'ils annoncent 4es malheurs , qui sont passés lorsqu'ils les annoncent, mais qui ne Pétaient pas au tems où ils font parler les personnages qu'ils mettent sur la scène. ( Virgile ^ liv. iv® de \ Enéide , vers 625. )

(2) Cette prophétie regarde uniquement Judas j la prcf?

ont été en noire compagnie tout le teras que le Seigneur Jésus a passé avec nous, depuis a qu'il eut reçu » le baptême de Jean, jusqu'au jour qu'il a été enlevé du milieu de nous, il faut qu'il y en ait un qui devienne avec nous témoin de sa résurrection ( i ).

Alors on en proposa deux, Joseph appelé 23. Et statue

Barsabas, qui fut surnommé le juste, et Ma- '"",^^ âni^voca"

^ thias. Ensuite ils firent cette prière : Sei- ^atur barsabas,

* qui cognomina—

gneur , vous qui connaissez le cœur de tous tus est Ji.sius , les hommes , faites connaître lequel de ces ^^ oraïues" ixei. deux vous avez choisi pour prendre la place rMui-. t.i Domi-

, . . , ^ , ,, ne , qui corda

de Judas dans ce ministère et dans I apos- nosti omnium , lolat dont il s'est retranché par son crime, pour *^^^*^"'\^ 'î"^'"

r ' r elogeris ex his

aller au lieu qui lui convenait, u Cela dit, » ils dnobus minm. 25

. , / N T~v • ' > i • • Accipere locum

tirèrent au sort (2). ce Deux avaient ele choisis ,ninisteriiiuijus, » par le iufi^ement des hommes : un des deux j* apostoiatus ,

•T ■» o ' de qnp prœvan-

catns est Judas,

ut abiret in locédente , où il est dit que leur demeure soit abandonnée , cum suum.

regarde la nation juive , à qui Jésus-Christ avait déjà 26 ^t dededit : Foici que votre hahitation va demeurer déserte runt sortes eia. (Matt., XXIII. 38. ), mais elle a une application personnelle à Judas , de qui le champ fut changé en un cimetière ; figure de ce qui arriva à Jérusalem , qui devint le tombeau de ses habitans.

(i) La religion n'est pas renfermée tout entière dans le miracle de la résurrection , mais elle est fondée tout entière sur le miracle de la résurrection.

(2) L'Écriture fait foi que les sorts peuvent être licites en certaines circonstances. De plus ;, les apôtres n'agissaient ici que par inspiration, ainsi ils n'ont pas besoin de nos apologies. Depuis il a été défendu par le droit canon ( Cap. Ecclesia , de sortilegiis , sith finem ) d'user de sorts dans le {choix des (ministres et des pas-r

apostolis.

» fut préféré par le jugement de Dieu (i). »

Etcocidit sors Le sort tODiba sur Malhias, et il fut agrégé

super Mathiam, ^^^ ^^^^e aoôtres. (( Par-là il fut rais en état

et annumcratus ^

estciimundocim )) de rccevoir le Saint-Esprit dans un degré » proportionné à une si haute vocation. Ce )) fut apparemment pour cette raison que son )) élection fut placée au tems où elle se fit. »

leurs de l'Eglise. Ce qui est bon une fois ne l'est pas toujours ; il peut même devenir assez mauvais , par les abus qu'il occasione, pour qu'il soit mieux de ne l'employer jamais.

(i) Electi sunt duo judicio Jiumuno. De duohu& electus est unus' judicio divino, Aug. enarr. in ps, 3o.

DES APOTRES. CriAPlTRE II.

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