CHAPITRE II
Descente du Saint-Esprit. — Don des langues. — Prédication de saint Pierre. — Conversion de trois mille personnes.
« Le vaisseau de l'Église , pour me ser- » vir de l'élégante comparaison d'un saint doc- )) teur (i), était construit et appareillé; il y) avait son pilote, son gouvernail, et ses voi- )) les, avec tous les agrès nécessaires pour faire » une heureuse navigation. Une cliose man- » quait, sans laquelle il serait demeuré éter- » nelleraent immobile : c'est le souille moteur )) qui devait lui servir d'àme , et mettre » en jeu tous ses ressorts. Le moment en )) était venu. » Les jours de la Pentecôte (2) Cap. 1. j^. i. Et
cum complercn-
tiir dies Pente-
costes, erantom- (i) Chrysost. j Homll. , de Spiritu sancio. nesparitcrin eo-
(2) Mot grec qui signifie la cinquantaine de jours, dem loco : et tac- 1 . . ^ • -i . tuscstrcpcïitC
9u le cinquantième jour ; ces deux sens reviennent au ^jg ^^j^ jonus
même. C'était une fête juive avant qu'elle fîil une iète tanquam adve-
chrétienne. Pour les Juifs, c'était le iour anniversaire °'^J'^'^ spintus
. / ' ^ vehcmeiitis , et
de celui auquel Dieu avait donné la loi à leurs pères rcpievit totam
sur le mont Sinaï : Dieu avait ajouté Tordre de lui oiîrir, ''o"""™ *'J^' erant
, , . 1 1 / 1 1 r • sedcntes. 3. Et
en ce jour, les prémices de la récolte du troment, suivant appanierunt illis
le rit prescrit au chapitre xxm du Lévitique. Ce n'était dispertitœ linguse
qu'après que cette offrande avait été faite qu'il leur était ^nqnam ig ib , ^11 ^ seditqiie supra
permis de mettre la faux dans la moissoji : figure de singulos eorum.
4.Etreplftisunt étaient accomplis , et tous (i) étaient assem-
OQiiies Spiiitu , , , ] V* ,• ,
saiicto. et cœpe- bles (lans un même lieii , lorsqu'il se fit tout à
niiil liiqni variis U "i. * 'i J • i i ■
linguisproutSpi- ^"^"P "" l3''"'t q»i Amenait du ciel, semblaliius saiictus.iH- ble à celui d'un vent impétueux : et il rem-
Joat eloqui illii. ,. . , ., , .
plit toute la maison ou ils étaient assis. En même tems ils virent paraître des langues
l'abondante moisson qui devait tomber sous la faux apostolique , et dont le chef des apôtres cueillit et oflrit les prémices en ce jour. Pour les chrétiens , chez qui une seule oblation a pris la place de toutes les offrandes et de tous les Sacrifices , la Pentecôte est le jour anniversaire de la descente du Saint-Esprit, de la promulgation de la loi évangélique , et de la fondation de TEglise chrétienne. Tout cela fut l'ouvrage du même jour^ on peut dire de la même heure : car, selon le récit de saint Luc, il paraît assez difficile que , tant la descente du Saint- Esprit, que le concours du peuple, les discours de saint Pien-e, et la conversion de trois mille de ses auditeurs, aient occupé une heure entière. La grâce du Saint-' Espi'it ne connaît pas les lenteurs. Ambros., lib. ii, in Luc.
(i) Tous, c'est-à-dire au moins les cent vingt personnes qui étaient présentes à l'élection de saint Mathias : le sens littéral induit à les y admettre, et la croyance commune n'en exclut aucune de celles qui s'étaient enfermées dans le Cénacle avec les apôtres. Donc elle n'exclut ni Marie, mère de Jésus , comme le fait un commentateur hérétique, ni les saintes femmes qui y persévéraient avec elle dans l'oraison ; ce fut pour elles comme le sacrement de la confirmation. L'Esprit qui aoujjfle où il veut se communiqua à tous dans la mesure qu'il voulut, et diversifia ses dons suivant les diverses fins auxquelles il destinait tout ce qui composait cette sainte assemblée.
comme de feu (i) qui, s'étant partagées, s'arrêtèrent sur chacun d'eux ; et ils furent tous remplis (2) du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler diverses langues , selon que l'Esprit saint les faisait parler.
Or il y avait alors à Jérusalem des Juifs, hommes religieux (3) , « rassemblés » de toutes les nations qui sont sous le soleil. Au bruit qui s'était fait , il en vint un grand nombre j et ils étaient tout interdits de ce
tem lem
Erant auin Jerusahabituiiles Jiidaei , viii rcligiosi ex ouini nationeqiiaisiibccelo est. 6. Facta aulcm hac voce.
(1) Ce n'était donc pas du feu véritable. On ne compare pas une chose avec elle-même : par exemple, on ne dit pas que de l'eau est comme de l'eau. Il eu est de même du vent , dont il est écrit que le bruit cpi'il fit était comme celui d'un vent impétueux; ce n'était donc pas véritablement du vent, il n'en avait que le bruit : de même que les langues n'avaient que l'éclat et l'agilité de la flamme. Cotaient les symboles par lesquels le Saint- Esprit faisait connaître sa nature, ses propriétés et ses eft'ets. On peut en dire autant de la colombe, sous la figure de laquelle il descendit visitablement sur Jésus- Christ après qu'il eut été baptisé dans le Jourdain.
(2) Cependant la mesure ne fut pas la même pour tous, parceque les capacités étaient inégales. Il en est ici comme de vases d'inégale grandeur que 1 on remplirait tous d'une liqueur précieuse 3 ils en seraient également remplis , quoiqu'ils n'eu fussent pas également partagés. Elargissez nos cœurs, ô Esprit tout-puissant, puisque c'est à vous qu'il appartient également d'agrandir ces vases et de les remplir.
(3) Ainsi appelés dans cet endroit, paj'ceque c'était un devoir de religioû qui les ayait rassemblés à Jérusalem.
lO HISTOIRE DES ACTES
convenit miilti- q^g cliacim les entendait parler en sa lan-
tudo, et mente ti ' • i i
confusaest,quo- gue. Ils étaient tout hors d'eux-mêmes; et, "nrquis'^'frHn' ^ans Icur ëtonuement , ils disaient : Ces gens gua sua iiios lo- q^|i parlent ne sont-ils pas tous Galiléens; com-
quentes. 7. Stii- ^ , ^
pebant antem ment donc cliacun de nous les avons-nous brtnV/dken: entendus parler la langue du pays où nous tes : Nonne ecce sommes ués? Partlies, Mèdcs , Élaraites, ceux
omnesistiqni lo- .,,. iht' • iTi'y\
quuntur, Gaiiiœi qui liaûitent la Mesopotamie , la Judée (i),
rtoL!^a'Xr 1«. Cappadoce, le Pont et l'Asie, la Phry-
Bitjs .musqnisque gie , la Pampliylie , l'Egypte , et la partie
tram, inquana- oe la -Libye qui est auprès de Lyrene , et
tisumusVg.Par- qq^^-^ çp[ gQjj^ yeiius de Romc , juifs et pro-
(i) Il semble que les Juifs, habitans de la Judée, ne devaient pas être surpris de ce qu'ils entendaient ceuK qui parlaient leur langue : on en a conclu que la langue des Galile'ens était difféi'ente de celle qu'on parlait eu Judée ; on s'est trompé. Il est clair , par plusieurs textes de l'Evangile, que les Juifs et les Galiléens s'entendaient réciproquement. Le mot des valets du pontife à saint Pierre , f^ous êtes Galiléen , car votre langue vous décèle ; ce mot, dis-jc, prouve ce que nous disons, plutôt qu'il ne le contredit. On se parlait et Pon se répondait de part et d'autre ; et ce qui trahissait saint Pierre, ce n'était pas qu'il parlât une autre langue, c'était l'accent de son pays qui le faisait reconnaître pour Gabléen, comme nous reconnaissons un Gascon à son accent. Quelle était donc la cause de la surprise du Juif de la Judée ? La voici : un de ces Juifs , qui comi^renait ce que disait un apôtre , avait à ses côtés un Grec et un Romaia qui le comprenaient également; voilà ce qui était inexplicable pour lui. Car s'il parle grec ou latin, comment l'entends-je , moi qui ne sais aucune de ces deux langues ? ou s'il parle ma langue, comment .peuvent l'entendre eeux-ci qui ne la savent pas ?
sélytes (i) , ceux de Crète et d'Arabie, nous thi,etMecli, et
, , , , , Elnriiitie , et qui
venons de les entendre parler , dans nos h^ibitant Mesolaneues, des merveilles de Dieu (2). Ils étaient P'^^^'^'^m > Ju-
o J \ / ciKiiui et Cappa-
donc tous dans l'étonnement , et se disaient dociam, Poiitum
, . . 1 , /-~k *!t Asiam , 10.
avec admiration les uns aux autres : Que phiygiam et veut dire ceci? Mais d'autres se moquant, Pa"'r'''y''a"'j^-
■i ' gypliiui et parles
disaient : Ces gens sont ivres de vin nou- Liby», qn» est
^Qv circa Cyrenen et
veau ^Jj» advenx Romaoi,
1 1 . Jiidaii quo-
que , et prosely-
li , Crclps et A-
Par le don des langues, que les apôtres avaient reçu, rabes, andivimus
1° ils parlaient chacune des langues de ceux a\ec qui ils jjogtris linguis
avaient à traiter j 2° ils entendaient chacune de ces masnHliaDei.12.
langues lorsqu'on la leur parlait ; 3° lorsqu'ils pai-laient Stuijehant au-
A .11 1 T 1 T t*^"' omnes, et
en même tems a des nommes de divers pays et de di- aiirabanlur ad
verses langues, ils étaient entendus de tous ces hommes invicem dicenà la fois, le discours de saint Pieri-e en est la preuve, ^^fu iiocesse?i3- Mais comment cela a-t-il pu se faire? Dieu qui l'a fait Alii autem irrite sait. Nous comprenons cependant que . lorsqu\m apô- «'^"'^^s , clicei ^ Il ljy"t : Quia mustre avait prononcé un mot en quelque langue que ce to plcnisuntisti,
fût. Dieu a pu faire aisément, par différentes modifications de l'air , que ce mol fût changé dans le mot grec du même sens , lorsqu'il frappait une oreille grecque , dans le mot latin lorsqu'il frappait une oreille romaine , et ainsi des autres.
(i) Mot grec qui signifie proprement un étranger, ou un agrégé , ou plus proprement encore un étranger agrégé à un autre peuple. Les Juifs appelaient ainsi ceux des gentils qui renonçaient au paganisme pour embrasser le judaïsme.
(2) On ne parle plus que de Dieu lorsqu'on est rempli de l'esprit de Dieu. Les mauvais Juifs traitèrent cela d'ivresse , et les mauvais chrétiens le traitent de fanatisme.
(3) Il y a dans le texte, so?i£ pleins de moût, ou de vin nouveau; le grec dit de vin doux, ce qui a ici k même signification. Ce mot a surpris, parceque ce
(( Ils blasphémaient ce qu'ils ignoraient ,
» comme il arrive presque toujours à ceux
» qui blasphèment; mais ils ne tardèrent pas
14 stans au- )) à être confondus. » Pierre, qui était debout
«Qdedm "' ^""^ ^^^^ ^^^ *^"^^ > ^^ ^^ ^^^^ ^^^^^ ^^ bouche de tous,
» comme l'appelle en cet endroit la Bouche
» d'or (St. Jean-Chrysostôme), » Pierre, haus-
Levavîtvocem santlavoix, leur parla ainsi: Vous Juifs, et vous
suam , Pt locutus , • 1 i v t' i
estcis: Vin Ju- tous qui habitez Jérusalem, apprenez ce que dœi , et qui ha- ^.'ggj- ^^ g^j y^^^g étouue si fort, )) et prêtcz l'o-
bitatis Jérusalem . ^ ^ ^ .
universi, hoc vo- reille a mcs paroles; car enfin ces gens-ci ne sont aùribul7ercVpî- pas ivres, comme vous vous l'imaginez, puistevciba mea i5. qu'il j^'est quc la troisième heure du jour (i) ;
Won enim sicut ^ . ^ 5 t 1 1 > t 1 ir • •
vos£e?t-matis , hi mais c est ce qu a dit le prophète Joèl : Voici sUhlra'die'i^e^ ^^ ^^" arrivera dans les derniers tems (2),
n'était pas alors la saison du yin nouveau : en conséquence on l'a fait disparaître dans la plupart des traductions. Il faut le conserver parcequ'il est dans le texte , et que rien n'oblige à le supprimer. Comme le vin nouveau est toujours plus fumeux , et porte davantage à la tête, il a bien pu se faire, lorsqu'on a voulu dire qu'un homme était bien ivre, que l'on ait dit en toute saison : Il est ivre de vin nouveau.
(i) Neuf heures du matin. Nous apprenons de l'historien Josèphe, qu'aux jours de fêtes les Juifs étaient dans l'usage de ne prendre aucune nourriture avant midi. On ne connaît aucune loi qui les y obhgeât : c'était une pratique de dévotion ; mais cette pratique était assez universelle pour que , de dire qu'il n'était que neuf heures du matin , ce fût au moins un préjugé raisonnable que l'on était encore à jeun.
(2) On était parvenu à ces derniers tems. C'étaient ceux cil devaient finir la rehgion et la république ju-
DES APÔïilES. CHAPITRE II. l3
dit le Seigneur, je répandrai de mon esprit ( i ) tia : iG Sed hoc
. . 1 • r \ ni ^ m est q'iod dictum
sur toute chair (2} ; vos tils et vos tilles pro- ^^i pw pioplicphétiseront, vos ieimes gens auront des vi- tinnJoei:!; Et
f ' ^'^ o er,( ,n novissi-
sions , et vos vieillards auront des songes, mis dirbus, di-
T- • 1^ • ' j • 1 •. cit Doininiis , ef-
Ji.n ces jours-ia je répandrai de mon esprit {,„jj^qj ^e snirisur mes serviteurs et sur mes servantes, et tu m.jo super om-
• 1 1 / • /o\ T ^ • Al ^^^ carn(Mn,et
lis prophétiseront (o). Je terai paraître des prophetabnnr fi-
lii veslri , et lUi«
daiques. A commencer de ce jour , la loi ancienne cessa d'obliger, et ne fut plus que tole'rée jusqu'à la ruine de Je'rusalem j alors elle fut réprouvée , et commença à rendre criminels ceux qui s'opiniâtrèrent à l'observer.
(i) Ou lit dans Joël : Je répandrai mon esprit; saint Pierre dit , Je répandrai de mou esprit , ce qui paraît signifier moins ; cependant ces deux façons de parler s'accordent. L^esprit est répandu tout entier ; mais il ne peut pas être contenu tout entier dans des vases aussi étroits que le sont les cœurs des hommes ; il les remplit , et ils débordent infiniment. Joël exprime ce qui a été répandu, et saint Pierre ce qui a été reçu.
(2) Ce mot signifie principalement que l'esprit du Scineur se répandra désormais sur tous les peuples, sans distinction de juif et de gentil. Il exprime aussi une effusion plus abondante , tant pour la mesure des grâces , que pour le nombre des personnes de tout âge, de tout sexe et de toute condition auxquelles il se communiquera. Rien n'était plus commun au premier siècle de l'Eglise. Quoique cette merveille soit à présent plus rare et moins sensible , il n'est pas tout-k-fait sans exemple d'entendre Ats personnes simples et sans lettres qui parlent comme des anges des choses divines, tandis qu'elles savent à peine bégayer sur tout le reste.
(3) Sans exclure la prophétie proprement dite, qui est la prédiction des choses futures, ils prophétiseront signifie ici en général qu'ils diront des choses que l'esprit du Seigneur- leur aura révélées,
veslrje ; et juvenes vi^st.ri visiones viil( bunt, et senioies vestri souinia somnia- Jjunt. 18. Et qiiidem super serves meos, et super anciilas moas in diebus illisefriindam (le spiiilii meo , et pvophetabiint : jf) et dabo prodigia in cœlo sursimi , et signa lu terra deorsum , sangninem , et ignetn, et vaporemfiimi.
20. Sol convertetiir in tenebras, et lima in sanguinem, anteqiiam vetiiat dies Doiiiini magnus et manifestus. 21. Et erit :
omnis quicumque invocaverit nomen Doaiini , salvus erit.
l4 HISTOIRE DES ACTES
prodiges en haut dans le ciel, et des signes en bas sur la terre , du sang , du feu , et des tourbillons de fumée. Le soleil sera changé en ténèbres , et la lune en sang , avant que le grand jour , le jour éclatant (i) du Seigneur arrive; et pour lors, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.
« Sur le fondement de la prophétie , l'apô- )) tre va établir l'Évangile , et montrer quel )) est ce Seigneur qu'il faudra invoquer dé- » sormais, si l'on veut obtenir le salut : c'était » celui qu'ils avaient crucifié. Par un pro- » dige de force supérieur à celui de sa fai- » blesse, il va le leur déclarer ouvertement;
(i) En latin manifestus. Le prophète Joël avait dit horribilis. Tl paraît que le prophète et l'apôtre parlent également du jugement dernier : c'est l'interprétation commune. Saiut Chrysostôme l'entend de la ruine de Jérusalem, à laquelle il applique les prodiges dont il vient d'être fait mention, comme des expressions métaphoriques de cette ruine épouvantable. On peut unir ces deux interprétations , et dans leur union trouver la raison pourquoi ces prédictions terribles viennent immédiatement après celle de la descente du Saint-Esprit. Le jour de cette descente peut être considéré comme le dernier jour de la loi ancienne, et le premier de la loi nouvelle. Or^ l'abolition de la loi ancienne devait être suivie prochainement de la ruine totale du peuple juif; et la loi nouvelle ne finira qu'avec le monde, dont la fin est caractérisée par les signes effrayans qui doivent la précéder et l'annoncer. Ainsi le terme de la durée des deux lois se trouve ici prédit ; et l'on apprend encore qu'après la seconde il ne faut plus en attendre une autre.
DES APÔTRES. CHAPITRE II. l5
» mais , pour se concilier un redoublement » d'attention, il leur dit auparavant, et pour )) la seconde fois :» Israélites , écoulez bien 22. Vinlsrae-
' lifœ , aiidite ver-
ce que je vais vous dire. Jésus de Nazareth, ba hxc : Jesum
, . • ' 1 r\* • Wazarenum, vi-
cet homme autorise de Dieu parmi vous par rum approbatum les miracles, les prodiijes, et les signes que à Deomvobis,
^' .... virtntibus , et
Dieu a opéré par lui au milieu de vous, comme prodigiis, et si-
1 T' 'i' 1" ' S'iis 1 qnœ fecit
VOUS le savez ; ce Jésus vous a ete livre par |,^,,3 ^^^, jii„m une disposition expresse de Dieu (i), et selon '» •"«dio vestri ,
* . * . sicut et vos sci-
sa prescience, et vous l'avez fait mourir en Us: 23. Hune de-
(i) Dieu a voulu que Jésus-Christ souffrit tout ce qu'il a souffert. Par sa prescience il a connu que les Juifs lui feraient soulfrir précisément ce qu'il voulait quil souffrît. Il les a laissé faire : c'est ainsi qu'il est dit qu'il le leur a livré. La volonté de Dieu qui en avait porté le décret était juste et sainte ; la malice des Juifs qui Pa exécuté était injuste et détestable. Dieu n'a pas voulu cette malice; mais il ne l'a pas empêché d'agir, parcequ'elle servait à l'accomplissement de ses desseins. Ainsi une même action peut être justement voulue, et criminellement exécutée : ainsi Dieu est irréprochable, et les Juifs inexcusables.
Ceux qui méconnaissent l'infaillibilité de la prescience divine sont réduits à dire que Dieu , pour assurer l'exécution de ses décrets^ a poussé les Juifs à faire ce qu'ils ont fait. Ces gens-là font Dieu ignorant et méchant.
Ceux qui, dans le mal qui leur arrive, ne pensent pas à Dieu qui l'a voulu, et s'arrêtent à l'homme qui Pa fait; ceux-là, dis-je, sont ignorans^ s'ils ne savent pas que Dieu a voulu qu'ils le souffiissent ; et ils sont méchans, lorsque, contre l'ordre de Dieu, ils haïssent l'homme qui l'a fait
Le Seigneur me l'a donné , le Seigneur vie l'a été, disait Job, quoique ce fût Satan qui eût porté tous les coups.
l6 HISTOIRE DES ACTES
finito consiiio et le crucifiant par les mains des méchans. Dieu
piapscientia Dei ,, . , t • 'i « i i i»
traditum , per i a rcssuscite, ajaiit dissipe les douleurs de 1 enr...nus inic,..o- £^j, .^N comiiie Cil cffct c'était une chose im-
rumalngentesin- \ / ^
(i) Il y a dans le grec : les douleurs de la niorl. Ajoutons que, dans le style de l'e'crilure, iufernus signifie assez souvent le tombeau. Sur cela plusieurs interprètes l'ont expliqué de la mort et du tombeau. Quant à ce qui est dit des doulaurs de la mort , ils l'ont entendu des soulFrances, tant du corps que de l'âme, que Jésus- Christ endura jusqu'à son dernier soupir, mais dont il fut délivré alors sans retour, ou bien de la corruption et des autres suites humiliantes de la sépulture, dont il a été exempt. Tout cela est vrai, et peut être encore appuyé par quelques expressions répandues dans ce discours. Mais il en est d'autres qui ne peuvent s'entendre que de l'enfer proprement dit ; non pas de l'enfer àes réprouvés, mais des lieux souterrains où étaient reléguées les âmes de tous les justes, avant que le ciel fût ouvert. Tel est ce mot de David , par lequel saint Pierre va prouver ce qu'il avance : F'ous ne laisserez pas nwn âme dans l'enfer. L'enfer ne peut pas signifier ici le tombeau; car s'il le signifiait, il faudrait que ce qui est appelé mon âme signifiât le corps , et même un corps mort , un cadavre , ce qui est sans exemple dans l'Ecriture. Il faut donc reconnaître ici les deux sens , c'est-à-dire il faut i-econnaître qu'il y est dit que l'âme ne sera pas laissée dans l'enfer, ni le corps dans le tombeau. En conséquence, il faut laisser en traduisant, l'espèce d'ambiguïté qui se trouve dans certaines expressions , parcequ'en se décidant pour un des deux sens, on paraîtrait exclure l'autre ; et qu'ainsi ou irait peut-être contre l'intention du Saint-Esprit , qui aurait voulu exprimer les deux sens à la fois, comme il le fait évidemment en plusieurs endroits des livres saints. Cette ambiguïté fait alors partie de l'Ecriture , et le respect qu'on doit à TEcrilure oblige à ne pas l'ôter.
possible qu'il y fût retenu. Car c'est de lui que dit David : Je me mettais toujours le Seigneur devant les yeux, parce qu'il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé. C'est pour cela que mon cœur se réjouit, que ma langue a éclaté en des chants d'allégresse, et que ma chair reposera en espérance, parceque vous ne laisserez pas mon âme dans l'enfer, et vous ne permettrez pas que votre saint (i) éprouve la corruption. Vous m'avez fait connaître le chemin de la vie^ et vous me remplirez de joie (2) par la contemplation de votre face.
(i) Le saint par excellence, c'est-à-dire Jésus-Chi-ist. En cet endroit on l'entend plus spécialement du corps du Sauveur sanctifié et consacré par le Verbe , qui, après la séparation du corps et de l'âme de Jésus-Christ^ leur demeura persévéramment uni , comme il l'était avant que la mort les eût séparés. Il est dit auparavant : Kous lie laisserez pas mon âme dans l'enfer. Calvin et Bèze, son disciple , ont traduit : Vous ne laisserez pas mon corps dans le toniheau. Ils avaient leur raison : ni l'un ni l'autre ne croyait la descente de Fàme de Jésus-Christ dans les enfers. Les interprètes catholiques qui traduisent comme eux ne l'ont pas attention qu'en ce point ils les fiivorisent.
Avant l'ascension du Sauveur , les âmes de tous les morts descendaient dans V enfer , c'est-à-dire au moins dans les limhes. Alors ressusciter quelqu'un , c'était toujours faire sortir son corps du tombeau, et son âme de Venfer. Il ne faut donc pas s'étonner que David se soit servi de cette façon de parler, qui d'ailleurs a son sens littéral à l'égard de Jésus-Christ.
(2) Jésus-Christ avait toujours eu la face de Dieu présente. Mais la joie sensible, qui en est l'eilet naturel,
teremistis : 24.
Quetn Deiis suscitavit , soIutJs doloribus inferni , jiixla qiiod impossibile erat teneri illum ab 60. 25. David p.— nim dicit in eum:
Providebam Dominiim in conspectn meo semper ; qtioniam à dextris est raihi ne commovear.
26- Propter hoc Istatum est cor meuni , et exul— tavit tingua mea, insiipcr et caro mea requiescet in spe : 27. Quoniam non derelinques animam meatnin inferno, nec dabis sanctnm tunm videre corruptionem.
28. Notas mihi fecisti vias vilœ, et replebis me jiicunditate cnoi facie tua. 29.Viii fraties , liceat aiidenter dicere ad vos de patriacha David , quoniam defunctus est , el sepultus ; et sepulcrum éjns est apud nos iisqne in hodierniim diem. 3o.
Propheta igitnr ciiiti esset, et sciret quia jniejii— rando jorasset illi Deus de fnictn himbi ejus sedere super sedem ejus : 3i.
Providens locutiis est de resur-
l8 HISTOIRE DES ACTES
recfîone Christ! , ]\Ies frères, « ajoule l'apôtre p) qu'il me
quiancque dere- . . , t i !• i
lictus est in in- soit pcrinis ue TOUS clue hardiment que le
feruo , neq.e ca patnarclie Davîd est mort , qu'il a été mis
ro ejus vidit cor ^ ' ^
rupiionem. Sa. au tombeau, et que son sépulcre se voit encore
Hune Jesum res- • ^ , ., , . , \
suseitavit Deus, parmi Hous. Commc donc il était prophète,
cujus omnes nos gj- g^'i[ gavait quc Dicu l'avait assuré avec
testes sumus. 33. ^ l
Dextera igiiur Serment qu'un homme de son sang serait assis
Dei fxaltatus, et i * î • i 'i*
promissione Spi sur son tionc , daus uu esprit prophétique
Tiius sancii ac- jg ]r^ r^surrection du Christ, il a dit que le
cepta a Pâtre , ^ ' ^
effudit hune, Christ n'a point été laissé daus l'enfer, et que sa
quem vosvidetis, i • •> • , r r -, .• /-»
et aiiditis. 34. chair ua point éprouve la corruption. Le
non enim David Jésus , Dieu l'a rcssuscilé, et nous en sommes
ascendit m cœ- \ ^ ^ ' .
lum,dixitaiitem tous témoins. Après donc qu'il a été exalté
îpse : Dixit Du- i j 'i j t^- i vi i?
minus Domino P^^" ^^ oioite de Dieu, ct qu il a reçu 1 accom-
nieo,sedeàdex- plissement de la promesse que le Père lui
tris meis ; od. . ^ ^ .^ ..
Donec poonn» i- avait faite d envoyer le Samt-Esprit , il a ( i )
niniicos tuos sc;i- ' 1 . •. • . / \ „
beiium pe.i.un lepaudu cct cspiit saiiit que vous (2) voyez,
tuoinm.36.Cer- g^ que VOUS eiitcndcz. Car ce n'est pas David
tissime sciat er- / , . ...
go omnis domus qui cst monte au ciel. Cependant c'est lui qui
DomimJ'eùm! ^^^ : le Scigneur a ditàmonSeigneur, asseyez-
etchrisiumiVcit yous à ma droite, jusqu'à ce que ie fasse de
Deus h'inc Je- ? .» 1 T /
siim , ' quem vos VOS enucmis l'escabeau de vos pieds. Que toute
crucifixistis. j^ maison d'Israël sache donc très-certaine-
avait été suspendue pendant le tems de sa passion. II rentra dans cette joie aussitôt après qu'il eut rendu le dernier soupir.
(x) Celui qui donne le Saint-Esprit comment ne serait-il pas Dieu ? disait saint Augustin aux Ariens , lib. XV , de Trinit. , cap. 26 ; et qu'il est grand le JDieu qui donne un Dieu !
(2) On le voyait et on l'entendait par ses effets^ qui rendaient sensible son opération toute-puissante.
ment que ce Je'sus que vous avez crucifié , Dieu l'a fait le Seigneur et le Christ.
« Tandis que le chef des apôtres pronon- » çait cet admirable discours, l'Esprit saint, )) qui le lui avait suggéré, parlait au cœur » de ceux qui l'écoutaient. Le premier senti- » ment qu'il y excita fut une vive douleur » d'avoir été les homicides du Seigneur de )) gloire et du sauveur d'Israël. » En se l'entendant reprocher ils eurent le cœur percé (i), et touftrerablans, ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : Mes frères, que ferons-nous (2) ?
Faites pénitence , leur répondit Pierre ; « c'était par ce mot que Jésus et son précur- )) seur avaient aussi commencé leur prédica- )) tion; » faites pénitence (3), et que chacun de vous reçoive le baptême au nom (4) de
(i) C'est la traduction littérale du texte latin, co7?îpuncti sunt corde. Le grec a la même signification.
(2) On est bien près du salut , lorsque c'est le cœur qui dit par la bouche : Que ferons-nous ?
(3) Il entend la pénitence qui doit précéder le baptême. Elle consiste dans la détestation du passé , jointe à une ferme résolution de s'amender , à quoi , selon la doctrine du concile de Trente , il faut ajouter un amour de Dieu commencé. C'est celle que les théologiens appellent pénitence vertu. Elle est tout entière dans le cœur. Les œuvres satisfactoires n'eu font point partie, quoiqu'elles ne manquent guère de s'y joindre^ lorsque le cœur est vraiment pénitent.
(4) C'est-à-dire le baptême institué par Jésus-Christ, qui tire toute sa vertu des mérites de Jésus-Christ^ et^
37. His autera auditis , cotnpuncti sunt corde , et dixerunt ad Petriita , et ad reliqnos apostolos : Quid faciemus , viri fratres ?