ET DERNIER
Qui contient ce qu'on a recueilli des épitres de saiut Paul, touchant ce qui se passa pendant les deux ans que dura sa de'tention, jusqu'à sa délivrance.
« Son logis lui avait été donné pour prison ;
» mais cette prison ne tarda pas à devenir une
)) école publique de christianisme , par le
» grand concours qu'y attira le désir de voir
» et d'entendre un homme si merveilleux.
» Tout enchaîné que je suis , dit-il lui-même ,
3) je fais la fonction d'ambassadeur pour Jésus-
)) Christ, de façon que j'ai la hardiesse d'en
)) parler comme je dois le faire (i). Quelques-
)) uns paraissaient craindre qiie sa captivité ne
h fût un obstacle au progrès de la religion :
)) ce fut tout le contraire. Je veux que vous
» sachiez , mes frères, écrit-il aux Philippiens,
» que l'état oi^i je suis a même contribué à l'a-
» vancement de l'Évangile. En sorte que Jé-
» sus- Christ a rendu mes fers fameux dans
» tout le palais et partout ailleurs (2). Les
(i) Ephes. VI , 20. Pro quo lègatione fungor in catena, ita ut in ipso audeam, sicut oportet me^ loqui.
(2) Philipp. I, 12. Scire autem vos volo, fratres , quia quae circa me suut, magis ad profectum veneruut Evangelii; i3. ita ut vincula mea manifesta fièrent in Christo in omui praetorio, et in caeteris horaiail)us.
conversions ne tardèrent pas à suivre, et th les se mulliplièrent assez pour former une église domestique jusque dans la cour la plus débordée qui fut jamais. Lorsqu'il salue les Philippiens de la part de tous les saints qui étaient à Rome , il le fait principalement au nom de ceux qui sont du palais de César (i).
)) Ses succès lui procurèrent des coopérateurs. Les uns le furent par un zèle véritable, les autres par une secrète jalousie qu'ils couvraient du voile d'un zèle apparent : c'est encore lui qui nous l'apprend. Plusieurs de nos frères en notre Seigneur, prenant courage à la vue de mes liens, se sont enhardis de plus en plus à publier sans nulle crainte la parole du Seigneur. A la vérité il y en. a qui prêchent Jésus- Christ par envie et dans un esprit de contention; mais d'autres le prêchent avec de bonnes intentions. Ceux-ci le font par charité, sachant que je suis établi pour la défense de l'Évangile : ceux-là annoncent Jésus-Christ par un esprit contrariant, et non avec des intentions droites , crovant me causer un surcroît d'affliction dans mes liens (2). Mais qu'importe? ajoute cet homme
(i) Philip, iv^ 22. Salutant vos omnes sancti , maxime autem qui de Caesaris domo sunt.
(2) Philipp. I, 14. Et plures e fratribus in Domino confidentes i^inculis rueiS; abiindantius auderent sine
» admirable et autant élevé au-dessus des fai-
» blesses humaines que le ciel est au-dessus de
» la terre, qu'importe? soit que l'envie en soit
y> l'occasion, ou que la charité en soit le véri-
» table motif, pourvu que Jésus-Christ soit
i) annoncé en quelque manière que ce soit, je
» m'en réjouis et je m'en réjouirai toujours (i).
» C'est ainsi qu'avec le mérite de ce qu'il
» faisait, il se rendait propre le mérite de
» ce que faisaient les autres, quelle que fût
)) l'intention qui le leur faisait faire. Cepen-
» dant son zèle ne se bornait pas à Rome
» et à l'Italie : Paul était enchaîné, mais,
» pour user de son expression, la parole de
:» Dieu ne l'était pas (2). Du milieu de ses
y> fers, il la faisait voler jusqu'aux pays les
» plus reculés; et, des ténèbres de son obscur
» réduit, il échiirait toutes les nations et tous
j) les siècles. Car ce fut à Rome et durant sa
» captivité qu'il écrivit les Epîtres aux Éphé-
» siens, auxPhilippiens, aux Colossiens, celle
timoré verbum Dei loqui. Quidam quidem et proplcr iiividiam et coutentionem , quidam autem et propter bouam voluntatera Christum praedicant; 16. quidam ex cliaritate , scientes quoniam in defeiisionera Evangcîii positus sum; l'j. quidam autem ex contentione Christum annuntiaut non sincère , existimantes pressui'am se suscitare vinculis mcis.
(i) Quid enim ? Dum omni modo, sive per occasionem, sive per veritatem Cliristus annuntietur, et in hoc gaudeo, sed et gaudebo.
(2) 2. Tira, u, 9. Verbum Dei non est alligatum.
DES APOTRES. CHAPITRE XXIX. 2o5
» aux Laodicéens qui n'est point parvenue jus- » qu'à nous, la seconde à Tiraothée, celle à )) Philémon , et la sublime Epîtie aux He'- )) breux , dans laquelle il de'montre avec tant » de profondeur et de magnificence la supé- )) riorité infinie que donne sur l'ancienne loi à » la loi nouvelle, et la divinité de son fonda- » teur, et l'excellence du sacerdoce de Jésus- » Christ, qui, en même tems qu'il en est le i) prêtre éternel , en est aussi l'unique et » éternelle victime.
)) S'il reçut des secours et de la conso- )i lation de la part des frères , ils lui furent » aussi un grand sujet d'épreuves. Plusieurs » le quittèrent , les uns par lassitude , les j» autres par inconstance. Outre les envieux » dont on a parlé , il eut encore des per- » sécuteurs déclarés : tel fut Alexandre , ou- » vrier en cuivre , qui lui fit, dit-il^ bien » du mal (i). L'apôtre l'avait livré à Sa- )) tan avecHyménée, parcequ'ils enseignaient » de mauvaises doctrines (2). On tient que , )) pour se venger , il sollicita ouvertement » contre Paul , et qu'il mit tout en œuvre )) pour qu'il succombât dans l'affaire capi- » taie sur laquelle il avait à se défendre. » Mais ce qui dut lui être plus sensible , ce » fut de se voir abandonné de tous ses amis
(i) Tim. IV, 14. Alexander aerarius multa mala mihi ostendit.
{1) I. Tim. I, 20.
y» dans une circonstance où ils devaient le » plus se déclarer pour lui. Aucun d'eux » n'osa l'accompagner la première fois qu'il y> eut à parler pour sa défense. Il prie Dieu » qu'il leur pardonne cette faiblesse ; mais » leur désertion ne le déconcerta pas. Au i) défaut des hommes, le Seigneur, dit-il, )) m'a assisté et m'a fortifié , afin que j'aclie- » vasse la prédication de l'Evangile , et que y) toutes les nations l'entendissent; et enfin, :» ajoute-t-il, j'ai été délivré de la gueule du y> lion (i). Par cette expression , qui est tirée )) de l'Écriture, il désigne l'empereur Néron, » dont la cruauté surpassa bientôt celle des » lions et des animaux les plus féroces. Il X finit cependant par en être dévoré; mais j) ceci arriva neuf ans plus tard, lorsqu'en )) un même jour, et pour la même cause, » lui et le chef des apôtres scellèrent de leur )) sang l'éclatant témoignage qu'ils avaient i) rendu au Seigneur Jésus, à qui soit hon- :» neur , gloire et puissance dans tous les siè- 5) clés des siècles. Ainsi soit-il. »
(i) 1. Tim. IV, i6. In prima mea defensione nemo rnihi adl'uit , sed omnes me dcreliquerunt, non illis impatetur. i^. Domiuus autem mihi astitit, et confortavit mo^ ut per me praedicalio impleatur, et audiaut me omnes gentes : et liberatus sum de ore leonis.