INTRODUCTION
Il est, entre le Rhône et le Jura, non loin de Genève, une petite contrée appartenant à la France et connue sous le nom de pays de Gex. Cette dénomination , qui remonte vraisemblablement aux temps où les seigneurs de Gex dominaient sur ce pays, parait destinée^ se conserver longtemps encore, bien que le territoire auquel elle s'applique ne soit plus aujourd'hui qu'un arrondissement du vaste département de l'Ain ; mais le Jura, comme une haute muraille, sépare du reste de la France cette petite province, et lui donne pour centre naturel Genève» à laquelle elle se rattache également par son histoire et par ses souvenirs.
Sur une longueur d'environ six lieues , le pays de Gex n'a guère plus de deux lieues et demie dans sa plus grande largeur. Le lac, le Rhône et le Jura, au pied duquel il s'étend, le circonscriraient d'une manière assez précise , s'il n'était borné au sud-est par le territoire de Genève, dont la délimitation arbitraire a beaucoup varié avec les phases diverses qu'a subies cette
république. Le pays de Gex préseole un sol assez varié, entrecoupa (le bois et de coteaux, et arrosé par plusieurs rivières ou torrents, dont les principaux sont le Lion , la London et la Versoix. La partie h plus fertile, la plus pittoresque et la plus peuplée, est en même temps la plus rapprochée du Jura. Les environs d'ÂlIemogne , de Divonne et de Crassier sont remarquables par la beauté de leurs eaux et de leurs ombrages , et seraient sans doute mieux connus et mieux appréciés si le voisinage des sites majestueux et variés de la Suisse et de la Savoie n'en détournait aisément les regards. Mais ne plaignons pas les habitants de ces hameaux de l'espèce d'isolement relatif où les laisse le peuple brillant des touristes; félicitons -les bien plutôt de ce qu'une heureuse égalité de fortune s'est conservée au milieu d'eux, et de ce que la moralité, la simplicité des habitudes , l'amour du travail et de l'instruction , généralement répandus dans le pays, servent de sauvegarde à leur bonheur.
On peut compter, dans l'espace de terrain dont nous venons de parler, une trentaine de villages ou de hameaux , et deux petites villes, Gex et Fernex ; encore la dernière de ces localités aurait-elle à peine droit à cette qualification, si sa position centrale, les travaux et le souvenir de Voltaire, et une population plus industrielle qu'agricole, n'en faisaient un endroit à part, et un village différent des autres villages du pays.
Ce fut en 1536 qua la suite de sa conquête par les Bernois, le pays de Gex entendit pour la première fois la prédication des doctrines réformées. L'influence des vainqueurs y fit bientôt triompher les croyances nouvelles , qui , durant le cours du
seizième siècle, poussèrent au sein de la population de profondes racines. Plus tard, en 1601, la province de Gex ayant passé sous la domination française, l'édit de Nantes y fut mis en^viguenr comme dans le reste du royaume , et cette charte préservatrice de la liberté de conscience et des droits des protestants permit ï la foi évangélique de continuer à s'y affermir, non toutefois sans épreuves et sans jours difficiles. Mais dans Tannée 1685, époque de la révocation de Tédit de Henri lY par Louis XIV, le pays de Gex vit succomber la réforme sous le coup fatal qui la frappait dans toute la France , et ceux de ses habitants qui voulurent demeurer fidèles à l'Evangile partagèrent Texil et les persécutions de leurs coreligionnaires. — Aujourd'hui, la religion catholique est de beaucoup la plus répandue dans la contrée ; cependant le culte protestant y a été réintroduit et se célèbre a Gex , à Divonne et à Fernex , sous la direction du Conseil presbytéral et du pasteur de cette dernière Eglise, auxquels est également confié le soin des nombreux fidèles disséminés dans tous les villages de l'arrondissement.
Les faits que nous venons de résumer peuvent nous permettre de diviser en trois grandes périodes l'histoire des Eglises réformées du pays de Gex :
La première , après nous avoir montré l'établissement de la réformation dans cette contrée , nous conduira, au travers des guerres du seizième siècle, jusqu'à l'époque où, en passant sous la domination française, les Eglises du pays de Gex furent souoiises à l'édit de Nantes.
La seconde nous retracera les destinées et les luîtes de ces
4 — Eglises sous le régime de l'édit jusqu'au moment de sa suppression.
La troisième , après nous avoir fait assister \k l'entier anéantissement de la Réforme dans le pays pendant un grand nombre d'années, nous permettra enfin de contempler la fondation de quelques Eglises nouvelles sur les ruines de celles qui y avaient précédemment fleuri.