CHAPITRE II
Les années qui suivirent l'arrêt de 1612 furent employées par les protestants à la construction des temples destinés k remplacer les églises qu'ils avaient du restituer au clergé romain; nialgré la faiblesse de leurs ressources , ils parvinrent k en rebâtir successivement dans vingt ou vingt et un villages\ et la co-
* Cet ouvrage, cité par Grillet dans le t. m de son Dictionnaire histor. des départements du Mont-Blanc et du Léman , et intitulé : Mémoire sur le rétablissement des cures du pays de Gex avec l'état de leurs revenus^ biens^fonds, existants ou aliénés (fol. mss. 1621), était déposé, en 1792, dans les archives de Thorens.
' Suivant que l'on compte ou que Ton ne compte pas le petit village de Pougny parmi ceux où furent reconstruits des temples; nos documents
opération de quelques gentilshommes réformés de la contrée leur permit d'augmenter ce nombre. Les trois seigneurs de Sergy, de Fernex et de Crassier usèrent du privilège que leur concédait l'édit de Nantes de faire célébrer le culte chez eux ou sur leurs domaines, pour autoriser rétablissement de chapelles dans l'enceinte de leurs demeures Ml est en outre k présumer que le baron de la Bastie-Beauregard contribua largement à l'érection du temple de Collex, village de sa dépendance, assez rapproché de son château, et où, vers le milieu du dix-septième siècle, il faisait célébrer régulièrement le service divin '. Les réformés, qui, antérieurement h 1601, avaient la jouissance de vingt-cinq églises, se retrouvèrent ainsi en possession du même nombre de lieux de culte qu'auparavant.
Quant aux paroisses, elles se trouvaient aussi rétablies à peu près sur le même pied qu'avant l'époque des guerres ; elles étaient au nombre de onze, y compris celle de 6ex, habituellement desservie par deux pasteurs; ce qui portait & douze le chiffre des ministres du bailliage. Des relations fraternelles continuaient h exister entre ces derniers et leurs collègues de Genève; l'adjonction des Eglises du bailliage à celles de France n'avait fait que resserrer encore leur union avec TEglise de Calvin. Genève, pépinière si féconde de propagateurs de l'Evangile pour la plus grande partie de la France réformée, fournissait aussi des pasteurs aux protestants du pays de Gex. Dans
varient sur ce point. H est à présumer quUme chapelle y fut construite, mais que, vu le peu d'importance de ce viUage, on n'y célébra pas habitueUement le culte.
* L'art. 7 de Tédit de Nantes permettait aux gentilshommes hauts justiciers Texercice public de leur religion dans leur habitation ou dans use autre maison de leurs terres, pour tous ceux qui voudraient y assister, pourvu qu'eux-mêmes ou un de leurs enfants y fussent présents.
* Vers le milieu du dix-septième siècle , les familles des seigneurs hauts justiciers protestants du pays de Gex étaient les suivantes : à Fernex, les Chevalier, auxquels succédèrent, en 1674, les de Budé; à Sergy, les de Martines; à la Bastie-Beauregard , les barons de Gillier, et à Crassier, les Desprez.
les preinièi*es années du dix-seplième siècle , elle leur donnd David du Piotay et Jacques Gautier, Tun el l'autre pasteurs à Gex; Jean Jappé, pasteur à Chalex, où il accomplit un long ministère ; Abraham Du Pan , pasteur à Thoirj ; enfin , Paul Baccuet, pasteur à Divonne, qu'il quitta en 1631 pour aller remplir des fonctions pastorales el académiques dans sa patrie. Plus tard, nous aurons encore à signaler parmi les ministres du pays de Gex plusieurs noms genevois.
En 1622, le colloque de Thoiry ayant décidé de célébrer un jeûne public, vu a la notable calamité dont TEglise de Dieu « est visitée en divers endroits en ce temps et singulièrement « en ce royaume, » comme plusieurs Ëglises du bailliage étaient alors dépourvues de pasteurs, le colloque fait prier la Vénérable Compagnie de Genève de leur eu prêter (el nombre qui sera nécessaire, afin c qu'aucun ne se trouve privé d'un si sainet c exercice à faute de pasteurs ^ » Dans maintes occasions, des demandes analogues furent renouvelées à la Compagnie, et toujours elles reçurent un accueil favorable'.
Les Eglises de Gex el celle de Genève se réunissaient encore pour exécuter réciproquement les mesures disciplinaires qu'elles avaient prises. En particulier, les corps ecclésiastiques attachaient de pari et d'autre une grande importance à ne pas permettre à leurs ressortissants d'aller participer aux sacrements ou faire bénir leurs mariages dans l'Eglise voisine sans être pourvus d une attestation de leurs pasteurs ; formalité ayant pour but d'empêcher que nul ne parvint à se soustraire à Tautorité du consistoire dont il dépendait. La discipline des Eglises de France étant très-précise à cet égard ', les pasteurs du
^ Lettre du colloque de Thoiry à la Y. Gomp. de Genève, 23 août 163S. (BMoth. publ. de Genève.)
• Reg. de la Gomp. des Past., 9 février el 30 mars 1627, 13 novembre 1629, 3 septembre 1630, etc.
> Discipline des Eglises réf. de France , chap. XI, § 9; XII, ^ 5 et 13*, Xni,§16.
bailliage teDaient à Tobservaiion de celle règle d'une manière plus stricte encore que ceux de Genève * ; et nous verrons que, même au milieu des circonstances les plus difficiles, ils s'allachèreni constamment k la maintenir, sinon en fait, du moins en principe. D'une manière générale , les consistoires du pays de Gex veillaient avec beaucoup de soin pour prévenir ou pour réprimer toute déviation des ordonnances de la discipline. L'exemple suivant nous prouve qu'ils s'acquittaient de leur lâche sans faire aucune acception de personnes. En 1625, la veuve de Pierre Chevalier, seigneur de Fernex, ayant épousé en secondes noces un gentilhomme catholique, et fait bénir ce mariage par le curé du Grand-Saconnex, cette dame dut comparaître devant le consistoire de sa paroisse, et ne fut c reçue en la paix de TEglise » qu'après avoir été « grièvement censurée» de sa conduite '.
.Après l'arrêt de 1612, les attaques du parti catholique se ralentirent pendant quelque temps; le clergé romain, en possession des béné6ces qu'il convoitait depuis tant d'années, devait, ainsi que nous l'avons remarqué, lutter coptre les protestants d'une manière moins acharnée ; cependant l'esprit de prosélytisme ne s'était point éteint chez lui , et les rares documents que nous possédons sur celte époque nous l'attestent. Dans une lettre du Consistoire de Thoiry, écrite à la Vénérable Compagnie de Genève pour prier ce corps de lui laisser son pasteur, spectable Du Pan , que la Compagnie avait rappelé dans son sein, nous lisons ces détails positifs : « Vous savez. Messieurs, « que notre Eglise est grande en nombre de personnes, sur le < grand chemin où journellement il passe des estrangers de « toute quallilé qui ne taschent sinon de callomnier et médire <( de notre religion, qu'il y a ung prestre et aultres personnes
^ Reg. de la Compagnie des Pasteurs de Genève. — Reg. du Consistoire de Fernex.
■ Reg. du Consistoire de Fernex, 28 mars 4625.
c qoiue tascheol que d'en séduire quelques-uns par leurs alle- « chemenls et belles parolles, sy qu'il nous est bien nécessaire et qu'il y demeure, car avant qu'un aullre ayt prins la cognois- « sance que ledit S' Dupan a, Il y a du temps et y pourroit bien « arriver du mal comme estoit venu ces jours passez qu'il y « eust deux femmes qui avoienl quitté leur religion soubz des < belles paroles qu'on leur avoit données , cependant la pru- « dence du dit S' Dupan les a ramenées à leur premier estât et « au bon chemin. » Et dans une seconde lettre pour le même objet : c Le curé du lieu et (ses) aides... pensent faire sacrifc fice à Dieu s'ils peuvent esgarer faire perdre l'ung des nostres c jusques à leur donner de l'argent pour ce faire *. > — Cette œuvre de prosélytisme devait se changer bientôt en une longue et douloureuse persécution.
Après quelques années d'un calme bien plus apparent que réel, l'horizon recommença \k se couvrir de menaçants nuages. Le premier symptôme de la tempête qui se préparait fut la suppression absolue du traitement des pasteurs. Nous avons va sur quelles bases le faisait reposer l'édit de 1612; il était impossible que les injustes mesures consacrées par cet édit, relativement k la position financière des ministres du bailliage de Gex , pussent leur assurer sous ce rapport un avenir un peu stable ; aussi ce point fut-il l'objet de la première attaque. La faible somme que depuis 1612 on avait conservée aux pasteurs, ne leur avait pas même été payée régulièrement. En 1623, les députés généraux des réformés se plaignaient au roi (article 9 des cahiers généraux de ladite année) que, depuis octobre 1621, les ministres du pays de Gex n'avaient pas touché l'argent qui leur était dû; ils réclamaient les arrérages et demandaient dorénavant un paiement régulier. Louis XIII rér pondit à cette requête d'une manière évasive et se borna à pro-
^ Lettres du Consistoire de Thoiry à la V. Comp. de Genève, 6 et 22 juin 1617. (Bibliothèque de Genève.)
mettre « qu'il y pourvoirait & l'avenir. > Malgré celte assurance, les troubles qui agitèrent le royaume durant les années suivantes empêchèrent encore les pasteurs de recevoir leur traitement; aussi la plupart de ces derniers, ne possédant aucune autre ressource, se trouvèrent souvent réduits à prier les fidèles de leurs paroisses de contribuer à leur entretien et à réclamer d'eux quelque assistance pécuniaire.
Mais, dès 1626, ce fâcheux état de choses fit place à un état bien plus fâcheux encore: la subvention annuelle que le roi accordait h tous les réformés pour l'entretien de leurs ministres fut supprimée. Cette mesure eut pour conséquence de réduire h la misère les pasteurs du colloque de Gex, dont, comme nous l'avons vu, le traitement était entièrement prélevé sur la subvention royale; aussi se décidèrent-ils, en 1629, à présenter à la cour un exposé de leur malheureuse situation. L'un d'eux, François Perreaud , pasteur de Thoiry, fut délégué par ses collègues pour se rendre auprès du roi. Il partit, après avoir emprunté en leur nom, à la Vénérable Compagnie de Genève, la somme de 300 florins pour subvenir aux dépenses que nécessitait sa mission. Louis XIII était alors en voyage, et le député des ministres de Gex le suivit pendant fort longtemps de ville en ville sans pouvoir parvenir à se faire écouter. Arrivé enfio à Grenoble, toujours^ la suite de la cour, Perreaud fut engagé par les pasteurs et par quelques autres personnel influentes de cette ville, à terminer son voyage et à ne pas réclamer plus longtemps une audience qu'on persistait obstinément h lui refuser. Cédant à leurs conseils, il revint à Gex.
Une deri^ère démarche auprès du roi fut encore tentée deux ans plus tard par Tintermédiaire du synode de Charenton ; mais elle n'eut pas plus de succès que lé voyage de Perreaud , et, à partir de ce moment , les pasteurs du pays de Gex durent renoncer à toute espérance de recevoir une subvention du gouivernoment. Réduits a un état voisin de Tindigence, ils se virent peu k peu contraints de diminuer leur nombre. L'un des deux
pasteurs de la ville de Gex fui supprimé. Vers 1 637, la cure de Versoix élaul devenue vacante, aucun ministre ne se présenta pour l'occuper; Texercice du culte fut alors suspendu dans cette Eglise, qui, pendant plusieurs années, demeura sans pasteur; en6n, le colloque de Gex se vit forcé de Tadjoindre à la paroisse de la Bastie-Collex et Fernex, dont la circonscription était déjà considérable. Quelques années plus tard, la paroisse de Farges et Peron, se trouvant aussi dépourvue de |)asteur, dut être divisée; le premier des villages dont elle se composait fut adjoint à l'Eglise de Collonges, et le second à celle de Chalex. Ces réductions restreignirent à neuf le nombre des pasteurs, en même temps qu'elles augmentaient la responsabilité et la tâche de plusieurs d'entre eux. .
Les cotisations des paroissiens pour le traitement de leurs ministres, en usage dans la plupart des Eglises du royaume, étaient désormais la seule ressource par laquelle il put être pourvu à la subsistance des pasteurs. Mais la population du bailliage, ruinée par les guerres qui avaient désolé la contrée k la fin du siècle précédent, n*avait encore réparé que très-imparfaitement ses pertes; fort pauvres eux-mêmes, les paroissiens ne pouvaient contribuer que d'une manière bien modique à l'entretien de leurs conducteurs spirituels, et, dans certains villages, ils se trouvaient entièrement hors d'état de le faire. Aussi les exhortations, parfois même les menaces que leur adressèrent le synode de Bourgogne et les synodes nationaux furent-elles inopuissantes b changer cet état de choses et à améliorer la position des pasteurs S En 1650, par exemple, comme nousl'ap-
' c La province de Bourgo^e ayant fait rapport des nécessités extrêmes auxquelles les pasteurs servant dans le colloque \^de) Getz se sont trouvés reduict3 par le manquement des deniers d'octroy les peuples ne contribuant rien pour leur entretien, la Compagnie, touchée d' un juste ressentiment d*u ne si grande ingratitude, enjoinct à touttes les Eglises dudit Colloque de se renger à leur debvoir à taulte de quoy elles seront privées du ministei*e de l'Evangile selon l'article trente neuvième du chapitre 1 de la discipline.» (Act. du Syn. nat. de Charenton, 1631.)
prend le registre du GoDsisloire de Feroex, Joseph Prévost, pasteur de cette paroisse, D*avait touché depuis Tannée 1636 que 1646 florins, c'esl-h-dire seulement un peu plus du quart de la faible rétribution qu'il aurait dû recevoir durant ces quatorze années '.
Dans ces graves conjonctures, si quelque adoucissement pot être apporté à la détresse des ministres du pays de Gex , c'est à la chrétienne sollicitude de la Vénérable Compagnie de Genève que ceux-ci en furent redevables. Témoins du dénuement de leurs collègues du bailliage , les pasteurs de la république travaillèrent activement à leur venir en aide; ils rivalisèrent de zèle et d'efforts charitables pour empêcher que la situation difficile à laquelle leurs frères se trouvaient réduits ne les entraînât à se relâcher dans Taccomplissement des devoirs du ministère évangélique , et leurs pieuses exhortations ranimèrent souvent le courage de leurs voisins. Plus d'une fois ils écrivirent soit aux Eglises de Paris et de Lyon, soit aux synodes nationaux, pour les inviter à procurer quelque assistance aux ministres du bailliage; plus d'une fois ils cherchèrent à faire contribuera leur entretien les Genevois propriétaires de domaines dans le pays de Gex; souvent enfin ils soulagèrent directement l'indigence de leurs collègues, et, pendant plusieurs années, la Compagnie fit passer en secret des secours pécuniaires aux plus nécessiteux d'entre eux *.
* Reg. du Consistoire de Fernex, 24 février 1650.
* Les registres de la Compagnie des Pasteurs contiennent , relativement à ce fait , de fort nombreux témoignages ; nous nous bornerons à en citer un ou deux à l'appui de notre assertion : Le 7 juillet 1637, un rapport ayant été fait sur la misère à laquelle sont réduits les pasteurs et les paroissiens du pays de Gex, « la Compagnie trouve très a propo'î de tendre de temps
> en temps quelque bénéficence aux Pasteurs les plus nécessiteux ; que toutesfois cela se fasse fort secrètement et ne se divulgue hors de la Comp. et de celui ou ceux ausquels sera appliquée la beneficence. » — Le 8 novembre 1644, on d propose que le sieur Desprez ministre de Diuonne au bailliage de Gex est réduit en grande nécessité et en danger d'estre congédié de son Pglise pour n'avoir icelle moyen de l'entretenir, et partant se recommandoit
Bientôt de Douvelles épreuves vinrent menacer les Eglises du bailliage. En 1634, un arrêt du Conseil royal interdit aux pasteurs de prêcher autre part que dans le lieu de leur résidence. Cette défense barbare, si elle eût été rigoureusement exécutée, aurait privé plus de la moitié des Eglises de la prédication de la parole de Dieu; mais il fut impossible de la faire observer d'une manière générale • et Texercice du culte , suspendu dans quelques localités, fut, au bout de peu d'années, repris dans toutes.
Un grand nombre d Vdonnances vexatoires, rendues vers le même temps par le prince Henri de Condé, gouverneur de Bourgogne depuis 1632, et par M. de Machault, intendant de la même province , ne reçurent pas non plus leur exécution complète, à cause de l'exagération même des mesures qu'elles devaient sanctionner; mais si leurs auteurs ne purent faire en réalité beaucoup de mal dans le pays de Gex , ils réussirent du moins par leurs décrets à jeter le trouble et l'inquiétude au milieu de ses habitants. Nous n'entrerons dans aucun détail sur ces nombreux arrêts ou ordonnances que, par suite de leur inexécution, nous verrons se reproduire plus tard ; nous dirons seulement qu'en 1637, le gouverneur et l'intendant cassèrent de leur propre autorité et sans en appeler aux parties* l'édit de 1612, qui avait cependant été confirmé par le Conseil royal, et qui, malgré son injustice ^ l'égard des protestants, leur servait en quelque sorte de garantie contre de nouveaux malheurs.
Peu après l'abrogation de cet édit, l'on entreprit effectivement contre les réformés des persécutions de détail, et, en vertu
derechef à la charité de la Gomp. Sur ce a esté auisé qu'il ne faloit pas regarder seulement au particulier dudit s' Desprez, auquel la Gomp. ordonnoit pour une fois cent florins, mais aussi au gênerai des Pasteui^, estant très important et pour la gloire de Dieu et pour Fanancement du règne de J. Gh. et mesmes pour le bien de cest Estât et Eglise que le s^ ministère soit conservé et entretenu en ce Bailliage, et partant que la Gomp. tendroit tousiours la main de son possible pour soulager les necessitei des Pasteurs qui travaillent là en r œuvre du Seigneur. >
de Tarrét rendu par le Conseil royal en 1634, des empêchements furent apportés ^ diverses reprises b l'exercice de leur culte. Jacques Clerc , ministre de Collonges , étant venu en 1641 faire un catéchisme à Gex, où ne se trouvait alors aucun pasteur, fut emprisonné par ordonnance du bailli , qui était catholique, et condamné à une amende de 50 livres ^ Quelques années après, la célébration de catéchismes à Logra et à Farges attira au pasteur de Collonges un nouveau procès : le bailli de Gex le fit encore jeter en prison et le condamna à 70 livres d'amende et à autant de frais '. En 1655, le même Clerc et son collègue Osée Gautier, pasteur de Chalex , se virent « tirer < en justice par le curé de Farges ou Peron à cause de la bé- « nédiction d'un mariage où Tune des deux parties avoit été « convertie , ayant embrassé la foi chrétienne. » Il s'ensuivit un long procès < avec grande dépense » pour les deux pasteurs '.
Mais le fait le plus saillant de cette persécution anticipée est la longue procédure qui eut lieu au sujet du culte et du temple de Gex. Lorsque le prince de Condé fut nommé gouverneur de Bourgogne, les protestants de la ville de Gex n'avaient pas encore construit l'édifice destiné ^ remplacer Téglise paroissiale restituée par eux au clergé romain. Le gouverneur , dont les dispositions envers les réformés n'étaient rien moins que bienveillantes , profita de celte circonstance pour leur interdire de célébrer leur culte dans la ville, et leur enjoignit d'aller tenir leurs assemblées dans le village de Sessy, situé b peu de distance de Gex, sur la route de Genève. Les protestants observèrent assez mal celte ordonnance, et continuèrent sans doute, comme par le passé, à se réunir pour leur culte dans une mai-
* Extr. des Registres du Conseil privé du Roy, (Arch. de Rerne, Frankr. Buch N.)
■ Actes du Colloque de Gex, 1647.
' Regist. du Consistoire de Colex et Fernex, iO octobre 1655. (Archives de Genève.)
— oison particulière de Gex ; t ils avoient peine, » dit un document catholique , c d'abandonner le seiour de la ville dans laquelle a ils estoient d'autant plus aisément accouslumés qu'ils en es- « toient les maistres à cause du petit nombre de catholiques « demeurant dans icelle, mesmes dans tout le bailliage '. »
En 1638,1a mort du pasteur de Gex, homme très-ftgé, fournit au parti romain un nouveau prétexte d'intimidation ; il mit sur pied des archers et un prévôt, afin d'empêcher les protestants de nommer un successeur au défunt. Ceux-ci se plaignirent au prince de Coudé de ces démonstrations hostiles et lui représentèrent qu'ils avaient toujours eu le droit d'exercer librement leur culte dans la ville de Gex; aussi, en 1641, ayant appelé le pasteur Âmé de Bons à la tète de leur paroisse, ils demandèrent au gouverneur de vouloir bien confirmer cette nomination. Le prince renvoya leur requête au Conseil d'Etat; mais ce corps, déterminé par les prêtres à supprimer l'exercice du culte réformé dans la ville, rendit, en 1642, un arrêt par lequel les protestants étaient déboutés de leur demande et condamnés aux dépens '. Ils résistèrent avec fermeté ^ ce décret inique, et, loin de s'y soumettre, recommencèrent à se rassembler pour leur culte dans une grange située au milieu de la ville, près du chftteau. En 1647, le bailli de Gex interdit de nouveau la prédication au pasteur de Bons, et le 18 août de la même année, la princesse douairière de Coudé écrivit b son procureur fiscal pour lui donner Tordre < de s'opposer aux entreprises dudit ministre et de le réduire avec tous ses suppôts à leur debuoir. » De nouvelles réclamations furent adressées par les réformés au duc d'Enghien (depuis le Grand Coudé),
• Extr. des Registres du Conseil Privé du Roy.
* < Arrêt du Conseil d'Etat du 12 février 1642 et commission sur icelui, par lequel sur la demande de ceux de la Religion P. Reformée d'avoir le libre exercice de leur religion dans la ville de Gex et demande au contraire des catholiques , ceux de la R. P. R. sont déboutés de leur demande avec dépens.»
qui venait de succéder à son père dans ses fonclions de gouverneur de Bourgogne; mais les solliciuiions contraires dePévêque d*Ânnecy, Charles-Auguste de Sales, furent d'un plus grand poids auprès du prince, qui rendit, le 12 mars 1648, une ordonnance en vertu de laquelle tout exercice du culte était interdit au pasteur de Bons et aux réformés <c soubs peine d'estre punis comme contrevenans aux Ëdils du Roy et perturbateurs du repos public. i>
Cet arrêt fut loin de terminer le différend. La longue lutte que les protestants venaient d'avoir à soutenir, en leur révélant les intentions et la force du parti romain, leur avait ouvert les yeux sur les dangers qui les menaçaient; déterminés à maintenir leurs droits et. indignés de la conduite de leurs adversaires, ils achetèrent du terrain au milieu de la ville» ety firent conduire des matériaux, afin d'élever un temple qui remplaçât convenablement la grange dans laquelle ils se réunissaient pour leur culte. Vu l'insuffisance de leurs ressources, ils implorèrent pour l'exécution de cette entreprise l'assistance de leurs coreligionnaires de Genève, et une collecte faite dans celte ville pour la construction du temple de Gex atteignit presque le chiffre de 2,500 florins ^
Au premier bruit de la détermination hardie des réformés, les curés du bailliage portent plainte au parlement de Dijon, qui suspend jusqu'à nouvel ordre l'érection de Tédifice ^. De leur côié, les protestants obtiennent de la Chambre mi-partie de Grenoble un arrêt qui, d'après l'édit de Nantes, défend de les troubler en aucune façon, sous peine de 3,000 livres dV mende^. L'affaire est ensuite reportée devant le parlement de Dijon, puis devant le Conseil privé. Enfin, après de longues pro-
* Reg. du Cons. de Genève, 19 mai 1657. — Reg. de la Comp. des Past., 6 mars à 19 juin 1657.
• Arrêts du Parlement de Dijon, du 6 août et du 19 septembre 1657, portant défenses de bâtir le temple de Gex.
» Benoist, Histoire de l'édit de Nantes, t. III, p. 234.
cédures, Tarrét de ce dernier corps , complètement dévoué aox catholiques, confirma les premières défenses faites aux réformés. De plus, ou leur coutesta le droit d^appel à la Chambre mi« partie de Grenoble, droit reconnu par Tédit de Nantes. La tactique habituelle des catholiques était en effet de refuser aux protestants de Gex toute application de Pédit qui eût pu leur être favorable; au contraire, toutes les fois que ses dispositions pouvaient les inquiéter, on s'en faisait une arme contre eux. Les défenses de bfttir le temple furent réitérées à diverses reprises, de 1659 à 1661, et on parvint même à les faire prononcer par la Chambre de Grenoble ; mais les protestants n*en tinrent compte et travaillèrent avec activité à la construction de l'édifice, qu'ils achevèrent entièrement ^.
Pendant les pénibles querelles soulevées à la suite de ce long procès , des débals à peu près semblables avaient lieu au sajet de la reconstruction du temple de Yersoix. Durant plusieurs années, les habitants de cette localité, qui, vu leur indigence, ne pouvaient contribuer en rien à Tentretien du ministère, étaient demeurés sans pasteur; il ne se trouvait point de presbytère dans le village, et le local dans lequel on se réunissait précédemment pour célébrer le culte était tombé en ruines. Cet état de choses se prolongea jusqu'en 1657; à cette époque. César Rey, jeune ministre dauphinois, ayant été nommé pasteur des trois villages de Collex, Fernex et Yersoix, le culte fut rétabli dans cette dernière église ; et dès lors on célébra le service divin dans une maison particulière , dont la bourse de la paroisse payait le loyer ^. Le pasteur et les habitants de Ver-
* D'après ï Extrait des Registres du Conseil Privé du Roy que nous avons dté plus haut , ce temple était situé c tout au milieu de Gex proche du c chasteau et des halles sur une grande rue ou passe souvent le T. S. Sac crement de Tautel duquel lieu on entend {les réformés) chanter leurs psauc mes pendant le service divin qui se célèbre dans TËglise paroissiale el c dans ceUe des religieux Carmes, les Ursselines et les Capucins. »
* Reg. du Consistoire de Golex et Fernex, 20 juillet 1659.
spix entreprirent bientôt de reconstruire leur temple; mais le manque de fonds fit traîner ce projet en longueur durant quelques années, et une lettre adressée par César Rey a la Vénérable Compagnie de Genève pour lui demander une subvention en faveur de cette œuvre nous apprend que ce Tut seulement en 1661 que l'on essaya de relever les murailles de Tédifice sacré ^ Le curé du village mit aussitôt opposition à la construction commencée, et le Conseil royal, devant lequel fut portée Taffaire, défendit de continuer les travaux^. Nous ne connaissons pas d*une manière précise l'issue des procédures qui s'engagèrent alors ; cependant il est à présumer que les protestants de Yersoix parvinrent, comme leurs frères de Gex, à terminer la* construction de leur temple.
Les agressions multipliées du parti romain et l'appui qui leur était donné tant par les autorités civiles et militaires de la province que par les corps supérieurs de l'Etat, eurent pour effet d'aigrir les protestants et d'accroître l'audace des catholiques. Ceux-ci parvinrent même à obtenir du parlement de Dijon, le 15 mars 1657, un arrêt dirigé contre les réformés. Quelquesunes de ses prescriptions avaient peu d1mportance;mais la plupart d entre elles étaient tout à fait gênantes et vexatoires pour ceux que l'on voulait y soumettre, et l'on retrouve dans ce décret plusieurs des mesures tyranniques appliquées plus tard par Louis XIY à tous les protestants de France. Les réformés étaient tenus , d'après cet arrêt , de se découvrir au passage
* Reg. de laComp. des Past. de Genève, 11 décembre 1657, 15 février, 29 mars et 21 juin 1661. — Voir Pièces justificatives, n® V, la lettre du pasteur Rey.
* « Arrêt du Conseil du 2 août, et commission pour icelui, portant renvoi de la requête du Curé de Versoix , pour empêcher le bâtiment d'un temple en rétendue de sa paroisse au commissaire chargé de Fexécution de l'édit de Nantes, et cependant défenses de bâtir le dit temple, et d'y faire aucun exercice, à peine de 2000 livres applicables à la réparation de l'Eglise dudit ^Versoix , avec permission de faire procéder à la démolition dudit temple. »
du saint sacrement dans les processions , ou de'se^retirer h son approche, d'orner ou de laisser orner leurs maisons de tentures les jours de fêtes catholiques, et d'observer exactement ces jours de fête , qui devaient être publiés par les pasleurs eux-mêmes, diaprés les listes que leur donneraient les curés. Il leur était défendu d'empêcher les moines ou les prêtres de visiter les condamnés et les malades protestants, quand ceux-ci le désireraient-; « ce qu'on ne manquait pas de présupposer,» dit Benoist, i^tou- « tes les fois qu'un ecclésiastique avoit envie de tourmenter quel- <f que malheureux \» L'exercice du culte était interdit h Gex, de même que la tenue des écoles ; les réformés ne devaient ni s'approcher des églises catholiques pendant la célébration des offices, ni vendre de la viande en temps de carême , ni en manger b la vue des catholiques, et de manière à les scandaliser. Ils ne pouvaient enterrer leurs morts ailleurs que dans les cimetières*; il leur était interdit de bâtir des temples sans lettres patentes vérifiées; et quant aux prédicateurs, ils ne devaient pas attaquer dans leurs sermons la religion romaine. La même ordonnance nommait des commissaires pour régler les contestations entre les deux partis relativement aux temples déjà construits, à la possession des cloches, au partage des biens communaux, et à quelques autres points d'une importance moindre. Cet arrêt produisit , à ce que nous pensons , peu d'effet sur les protestants et ne fut guère mieux observé que les ordonnances rendues quelques années auparavant par l'intendant Machault et par le prince de Condé. La raison en est bien simple : encore à cette époque, les catholiques se trouvaient dans le pays de Gex tellement inférieurs en nombre aux réformés que les arrêts con-
* Benoist, Hist. de l'édit de Nantes, t. m, p. 233.
* La coutume régnait alors dans quelques localités d*ensevelir les naorts dans les temples; c*est ce que nous atteste le passage suivant des actes du colloque tenu à Gex en 1647 : c II est deffendu d'ensevellir les mortz dans les € temples et particulièrement à ceux de Peron et Segni de convertir leur € temple en dmistière^
tre ceux*ci n'avaient aucune sanction, et étaient sans cesse violés impunément. L'autorité civile ne pouvait arriver à faire observer ses décrets que par un grand déploiement de forces et par l'emploi de la contrainte dans tout le pays ; c'est le parti auquel elle se décida quelques années plus tard.
An milieu d'attaques si muliipliées, les Eglises du bailliage, grâce à la vigilance de leurs pasteurs et à l'appui que donnait à ces derniers le clergé genevois, n'avaient encore reçu aucune sérieuse atteinte; et même, tandis que de nouvelles maisons religieuses, destinées à la propagation de la foi romaine, s'établissaient dans la contrée S il n'était pas excessivement rare de voir des catholiques amenés à la connaissance de l'Evangile par leurs fréquents rapports avec les protestants, se présenter devant les consistoires , et demander h être admis dans les rangs des chrétiens réformés^.
L'état des Eglises était en général satisfaisant sous le rapport du zèle et de la vie religieuse. Des collectes fréquentes étaient entreprises dans les paroisses pour les habitants les plus pauvres du pays, et même pour les réformés étrangers. Le colloque de 1647 prit la décision suivante, qu'on ne peut lire sans un vif intérêt, si l'on se reporte à la situation précaire dans laquelle se trouvaient les protestants du pays de Gex eux-mêmes: «Il est c enjoinct a ceux qui nont contribué pour la rançon [et) resc demption de quelqms fidelles catlifs en barbarie de sacquitter «d'un cy juste debvoir^.» Le registre ile la paroisse de Gollex nous apprend également qu'en 1658 il fut fait une acueillettei
* Vers le milieu du siècle , un couvent d'ursulines fut fondé à Gex ; une maison de jésuites fut encore établie à Ornex, et une de récollets à Versoix.
« Reg. du Consist. deColex, 10 septembre 1655, 12 mars 1656, 15 et 24 septembre 1660.
' Actes du colloque de Gex. — Le synode national, assemblé à Gharenton en 4 644, avait ordonné à toutes les Eglises de France des collectes pour le rachat des réformés captifs sur les côtes d'Afrique. (Act. du 28« Syn. nat. ; Faits généraHXy ^ 1 .)
en Faveur des prolestanls persécutés de Pologne^. — D'un autre côté, les Eglises travaillaient à rachèvemeut ou à la réparation de leurs temples avec autant d'activité que le permettaient leurs chélives ressources , quoique souvent un manque absolu de secours les forçftt de recourir à Tassistance fraternelle de leurs voisins de Genève. Nous avons vu qu^en 1657 et en 1661 des appels furent adressés aux 6dèles de cette ville en faveur des temples de Gex et de Yersoix; auparavant déjk» eu 1653» la Compagnie des Pasteurs avait accordé quelque argent aux habitants de Grilly à la suite d'une demande semblable *; en 1658« elle contribua de même à la réparation du temple de Fernex, endommagé par un incendie^.
Une autre obligation était encore imposée aux Eglises du bailliage : elles devaient travailler pour leur part à assurer dans la contrée Texislence et les progrès de la réformation. Dans ce but, elles étaient tenues de pourvoir par une contribution régu-
* Reg. du Consistoire de Colex et Fernex, 18 juillet 1658.
* Jusqu'alors les protestants de Grilly avaient célébré leur culte dans un local mis à leur disposition par le baron de Divonne ; mais la veuve de ce seigneur ayant épousé un gentilhomme savoyard, celui-ci priva les réformés de la salle que son prédécesseur leur avait accordée. (Reg. de la Comp. des Past. de Genève. )
> c Représenté par le secrétaire que Monsieur de Femex Fa veu et luy a demandé si cette compagnie a point délibéré de ce qu'il luy plaise de contribuer pour la réparation de leur temple. Ad visé de sçavoir en quoy consiste la réparation qu'ils sont en volonté de faire dans leur temple, de quoy a esté chargé Monsieur Floumois voisin dudit S' de Femex qui hiy a dit que lesdites reparaticms consistent : dans un plancher qui a esté bruslé , qu'il faut refaire , â^ en des fenestrages , et 3» en des bancs. Après quoy a esté proposé que cy-devant on a parlé de vendre le chasteau dudit S' de Fernex, dans lequel est enfermé ledit temple et que si ledit chasteau tomboit entre les mains d'un papiste il priveroit l'Eglise de l'exercice de la religion. S'il seroit point à propos avant que de conclure combien on donnera d'exhorter ledit S' de Femex de passer un acte de bonne et authentique forme par lequel on préviendroit ledit inconvénient : advisé d'exhorter ledit S' de passer ledit acte, de quoy a esté chargé Monsieur Dupan, cela faict luy donner cent cinquante florins de la collecte » (auparavant) c faicte. » (flej. de la Comp. des .Pa«(.,22 octobre 1658.)
lière à rentrelien d'un proposant de la province à Genève ou dans une académie française'. Une famille riche du pays leur vint en aide pour cette œuvre et y prit part avec une générosité chrétienne: M. de Beilujon» baron deCoppet et de Villeneuve, fit, à ce qu'il parait, une fondation destinée à pourvoir aux frais des études d*un écolier en théologie de la province', et, en 1643, sa veuve fonda de son côté une rente de 150 livres pour Tentretien du pasteur de Collex, ou, à son défaut, pour le ministre de la paroisse du pays de Gex la |)lus rapprochée^.
Grâce à l'organisation synodale qui unissait les réformés du bailliage à leurs coreligionnaires du reste du royaume, de fréquents rapports continuaient à exister entre les uns et les autres. Un arrêté du synode national assemblé à Castres en 1620 confia à TËglise de Gex le soin de conserver les papiers et les documents concernant Tensemble des Eglises réformées de la pro-
* Actes du colloque de Gex, 1647.
' Cette fondation , dont l'existence ne nous est pas attestée d*une manière positive, semble cependant prouvée par quelques passages des registres de la Compagnie des Pasteurs de Genève (novembre 1653 et mars 1658).
' « En Tannée 1643, dame Anne Claude de Mauléon, veuve et douairière de feu Messire Daniel de Bellujon, Seigneur et Baron de Villeneuve et de Copet, fit une donation de la somme de 150 livres annuellement pour Fentretien du ministre de Colex , et à son défaut pour le plus proche au païs de Gex. Et au cas que la Religion Réformée dont elle faisoit profession y fut interdite, elle veut et ordonne que cette rente soit payée aux ministres de Genève ou de Copet , sans que pour quelque cause que ce soit , eUe puisse être divertie ailleurs. Et pour le fonds de cette rente , elle compta au i:*" de Gilliers son gendre la somme de 2400 livres , laquelle il promit d'établir incessamment en fonds ou constitution de rente , sous l'obligation générale de tous ses biens présents et à venir, et spécialement des droits et revenus de la terre et seigneurie de la Bastie. » — Les lignes qui précèdent sont extraites textuellement d'un mémoire envoyé, en 1698, par les pasteurs de Genève à Messieurs de Berne , pour les prier d'agir contre les autorités françaises, qui, après l'abolition du culte reformé dans le bailliage, avaient, contre l'intention manifeste de la testatrice , et au préjudice des ministres de Genève et de Coppet, attribué celte rente aux hôpitaux de Gex. (Archiv, de Genève, no 3991 .)
vince de Bourgogne ^ Les proleslanls do pays de- 6ex regardaient à la fois comme un devoir et comme un précieux avantage de rattacher étroitement leurs intérêts à ceux de la grande fa<* mille réformée française dont ils faisaient partie ; des députés ecclésiastiques el laïques les représentaient régulièrement aux réunions ordinaires des synodes généraux et provinciaux.
Pendant le règne de Louis XIII et les premières années de celui de Louis XIV, quatre synodes de la province de Bourgogne furent tenus dans le bailliage; Tun d'eux s'assembla à Collonges en 1633, et les trois autres dans la ville de Gex en 1617» 1623 et 1656. Ce dernier synode empruntait à la gravité des débats dans lesquels se trouvaient déjh engagés les protestants du pays une importance particulière; aussi, la Compagnie des Pasteurs de Genève, animée comme elle Tétait d'une fraternelle affection pour les Eglises du bailliage, crut-elle devoir saisir cette occasion pour donner oiScieusemenl son avis au synode sur les meilleurs moyens de pourvoir à la conservation et à l'affermissement de la foi réformée dans le pays de Gex. Une longue délibération eut lieu dans son sein sur ce sujet ; les pasteurs genevois s'accordèrent enfin h conseiller à leurs collègues de redoubler d'activité et de zèle dans l'accomplissement de tous les devoirs de leur ministère , afin de contribuer ainsi de plus en plus au développement religieux , moral et intellectuel de leurs paroissiens. Ils leur signalèrent en particulier l'instruction de la jeunesse comme un point qui laissait assez à désirer dans leurs Eglises, et engagèrent le synode b multiplier les écoles et les catéchismes '.
Les colloques^ assemblées générales des pasteurs du bailliage, travaillaient avec beaucoup de soin à réprimer toutes les erreurs on les habitudes superstitieuses qui leur semblaient contraires a l'esprit de l'Evangile, et veillaient en même temps à l'obser-
* Bull, de la Soc. de Thist. du prolest, français, t. I,p. 324.
• Reg de la Comp. des Past. de Genève, 8 et 12 août 1656.
vation fidèle des prescriptioDS de la discipline ecclésiastique. Si nous avions conservé la collection des actes de ces assemblées, elle nous offrirait sans doute d'intéressants détails sur Thistoire intérieure de nos Eglises ; mais tous ces documents paraissent avoir disparu, détruits ou dispersés par le souffle de la persécution. Les actes du colloque de 1647 sont , à notre connaissance, la seule pièce de ce genre que nous possédions encore.
Ce colloque s'assembla à Gex du 30 juillet au 1 août , sous la présidence d'Ame de Bons, pasteur de la ville; les neuf pasteurs et plusieurs anciens des Eglises du pays y assistaient ; selon l'usage, un commissaire du roi y était aussi présent*. Diverses décisions furent prises par l'assemblée en exécution des ordres des derniers synodes provinciaux ; la lecture de la discipline dans les consistoires avant la sainte Gène, la célébration régulière des catéchismes , la reddition des comptes et le soin des archives des Eglises, le règlement des^ collectes pour plusieurs entreprises pieuses, furent les principaux objets sur lesquels elle dirigea ses délibérations. Elle eut aussi à trancher plusieurs points particuliers de discipline^ et à réprimer diverses superstitions'. Enfin elle examina un proposant qui fut admis au saint-
* Par suite d'une ordonnance royale de 1623, un commissaire réformé devait assister, au nom du roi , à tous les colloques ou synodes des protestants, afin de s'assurer qu'on n'y tramait rien de dangereux pour la sûreté de l'Etat.
* Ainsi , l'assemblée ordonna aux pasteurs et aux Eglises « de tenir la main à la reconciliation de ceulx qui plaident par rancunes et animositez... ; de reprimer les desordres qui se commettent aux jours de la célébration des mariages ; » elle défendit c d'administrer les Saincts Sacrements de la Gène aux femmes jusqu'à ce que les hommes y aient participé fors du cas de nécessité ; > elle enjoignit aux fidèles de s'abstenir < de tous blas[^èmes et jurements du S^ nom de Dieu, dances, momeries, bastilleries, masquarades, charavaries, jeux de cartes et de dez, des sostises qui se font es jours de fête des patrons et de toutes autres œuvres qui nuyraient contre l'âme , à peine contre les contrevenants d'estre poursuyvis par toutes censures ecclésiastiques , » etc. {Actes du Colloque de Gex y 1647.) — Bibliothèque publ. de Genève.
' € Les Concisloircs tiendront la main à ce que les superstitions qui se font
ministère, et s'occupa de permutations de pasteurs. Un autre proposant s'étant présenté pour subir les épreuves d'usage , le commissaire royal s'opposa à ce qu'il fût examiné , parce qu'il n'était pas d*origine française.
Les divers faits que nous venons d'énumérer sont k peu près les seuls détails qui soient parvenus jusqu'il nous sur Tétai des Eglises réformées du pays de Gex vers le milieu du dix-septième siècle. Sans doute ils nous font reconnaître chez les membres de ces Eglises des défauts et des imperfections; mais ils nous révèlent d'autre part, dans leur piété et dans leur vie religieuse, plusieurs traits intéressants ; ils nous permettent de constater chez les pasteurs une vive sollicitude pour le bien de leurs troupeaux , et chez les fidèles une action réelle et sanctifiante produite' par l'Evangile. Ces résultats satisfaisants doivent être attribués pour une grande part b Funion toujours plus intime qui s'était établie entre l'ancienne classe de Gex et les autres Eglises réformées de France; l'organisation compacte de ces dernières, la convocation fréquente des colloques et des synodes , la surveillance continuelle exercée par les corps ecclésiastiques sur les paroisses et sur les pasteurs , avaient agi de la manière la plus heureuse pour consolider le protestantisme dans le bailliage et pour y favoriser le développement de la piété et de la foi. Ce fait, dont il importe de tenir grand compte, nous donne en quelque sorte le secret de la force des Eglises du pays de Gex au dix-septième siècle; il nous explique comment, avec la bénédiction de Dieu , elles purent se maintenir et même faire de nouveaux progrès , malgré les entraves extérieures qu'elles eurent ^ subir dès le règne de Louis XIK, et comment, sous Louis XIV,
pour les mallades et guérison d'iceolx par billets ou paroUes, yisitations de chapelles et particulièrement de celle de Tougia soit réprimée, et les brandons, festins pour les morts, assister aux enterrements de ceux de la religion romaine et recours aux devins soient entièrement deffendus. » {Aeles du Colloqut de Gex.)
elles soutinrent pendant si longtemps les luttes longues et difficiles dont nous allons avoir à rapporter le récit.