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Histoire des Albigeois

Esclarmonde. — La théocratie romaine. — La France féodale et monarchique. — L'Aquitaine démocratique et chevaleresque.

La Genèse expire au Castellar. Après le colloque nous entrons dans les guerres du Paraclet. Nous dressons à l'entrée la grande figure d'Esclarmonde de Foix.

Le Castellar, naguère inconnu, est désormais un monticule glorieux. Il est l'acropole d'Esclarmonde, le sanctuaire de l'Esprit, l'arène retentissante de l'albigéisme, la cime encore fumante de l'anathème, et u. I

d'où sortirent, de ce coup de foudre, deux dragons : l'inquisition et la croisade.

LeCastellar est le piédestal d'Esclarmonde. Toutes ses œuvres se groupent sur ce sommet : son séjour, sa conversion, sa diaconie, le colloque, la guerre, la réformation, l'accueil des proscrits, la reconstruction de Montségur. Ce sont les scènes d'un même drame, et cette tragédie est son œuvre, et pour que le monde ne l'ignore pas, elle l'entreprend pendant qu'elle gouverne le comté et que son frère est captif dans les tours d'Urgel. Esclarmonde en est la pensée : Ramon-Roger n'en sera que l'incomparable épée. Spectacle prodigieux! Une femme ose défier Innocent III, lui disputer le sceptre des âmes, les clefs du ciel et de l'enfer. Ah ! c'est qu'elle est de la race de Boanerge, une fille du tonnerre. Son nom est Y éclair du monde. Pamios est sa Pathmos.

Le Castellar est le trépied d'Esclarmonde. La montagne et la princesse sont revêtues d'un orage, et coiffées d'un arc-en-ciel. Arrêtons-nous sur cette cime apocalyptique. Interrogeons la grande inspirée. Le colloque s'est dispersé. Esclarmonde est rentrée dans son cloître. La noble veuve a repris sa quenouille d'ébène, ses fuseaux d'ivoire, sa navette d'or. La docte théologienne file les lins purs de saint Jean, et tisse la pourpre brillante de Platon. Mais la profonde politique ourdit en silence le sort de son peuple, la sainte conjuration de l'Esprit humain, la révolution régénératrice de l'avenir. Et la prophétesse guerrière poussera son grand frère, ses fils, ses neveux, toute la chevalerie romane, toute la démocratie pyrénéenne aux batailles du Paraclet. Car

enfin voici la croisade. C'est le dernier argument de Rome. C'est le colloque des épées et des haches d'armes; la conférence tumultueuse de l'incendie, du massacre et de la mort. Les moines de Cîteaux la prêchent déjà dans tout l'Occident. Les peuples en sont effarés; ils consultent les présages, ils observent les prodiges. Les corneilles du Castellar la sentent venir sur les vents du nord. Ces oiseaux fatidiques tiennent conseil sur les tours. Ils avertissent la cité, poussent des cris de guerre, simulent des combats et flairent des cadavres.

Mais quelle est cette théocratie qui va déchaîner l'Europe contre Toulouse et l'Aquitaine ?

L'an 1000 est une borne gigantesque et sombre des temps. Elle divise le moyen âge, ferme les siècles barbares, ouvre les siècles chevaleresques. L'empire de Charlemagne s'était écroulé. On attendait la fin du monde. L'Europe grelotta cent ans sous cet affreux cauchemar. Des voix plaintives se lamentaient dans cette nuit. « Repentez-vous, voici l'agonie de l'univers1 ! » Un poète monastique, d'un génie barbare, a condensé, dans une strophe lugubre et sublime, l'épouvante du genre humain. « Dans ce jour, dans ce jour horrible, le siècle sera réduit en cendres? Ainsi l'annoncent David et la Sibylle!2 » C'est dans ce râle du monde que naquit la théocratie romaine. La gestation avait duré mille ans. C'est de cet âge de fer, de cette nuit de l'Érèbe qu'elle sortit pour s'asseoir sur les nuées du ciel. Allait-elle remettre à son Juge le monde expirant, ou le juger

i. Les Vaudois. — 2. Dies irœ.

elle-même à la place du Christ détrôné? Cette porte sombre convient à cette lugubre histoire.

D'où vient la théocratie romaine? L'hymne funèbre nous t'indique : elle vient de la synagogue juive et de l'antre des sibylles; de plus loin encore, des temples de l'Inde. L'empire romain agonisait ; on appela de Cumes la Circé; la magicienne fit ses incantations; elle versa, comme un sang nouveau, l'Évangile sophistiqué dans son cadavre, et le monstre revécut. L'homme qui transporta la chaire de Jérusalem dans Rome fit une œuvre colossale. On a dit que c'était Constantin. Ce serait plutôt Théodose. Constantin jeta l'Eglise dans le moule impérial. Théodose lui donna une tête, celle du monde, Rome. Charlemagne la dota du Latium, la terre de Saturne qui dévorait ses enfants et faisait régner l'âge d'or. C'est de ce sol saturnien, qui avait déjà produit l'empire romain, que devait regermer la théocratie latine.. Elle fut l'œuvre des Césars et des siècles sombres1.

Le catholicisme fut un immense amalgame : hiérarchie romaine, tradition juive, théologie grecque, monachisme indien, superstition barbare, polythéisme universel. On en accuse le pape Silvestre. Au \e siècle déjà, Sidoine Apollinaire disait : Nous portons l 'ombre de V empire. Second Numa, Grégoire II, un très grand pontife, mais qui se disait un vermisseau, conçut le premier la larve, imperceptible encore, du paperoi. De ce ver sortit un géant, et Grégoire VII, vicaire, disait il, du Christ, s'assit, le tonnerre à la

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