‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 2 sur 190 · Fleury, Hist. de l'Égl · texte numérisé non relu

Fleury, Hist. de l'Égl

main, sur les nuées du ciel. Céphas se métamorphosait en Jupiter, assembleur des tempêtes.

Grégoire VII termine le cycle immense de l'Eglise qui dure mille ans. L'ecclesia grecque, c'est la réunion des citoyens dans l'Agora. L'Église est d'abord une démocratie. Elle a donc passé de la démocratie des fidèles à l'aristocratie des évêques, puis à l'oligarchie des patriarches, enfin à l'autocratie des papes. Elle a évolué en Eglise populaire, fédérative, impériale, barbare, féodale, et la voilà théocratique. C'est sa forme définitive et romaine. Mais pendant dix siècles, elle a roulé de cercle en cercle, comme un astre échappé, du zénith au nadir, du Christ , dit Joachim de Flore , à l'Antichrist. L'ecclesia primitive existe dans la papauté comme la république dans Yimperium romanum. Grégoire VII en est le César sacerdotal, le vicaire olympien1. Certes nous ne méconnaissons pas la grandeur de Rome et de Grégoire de Soana. Le pontife est magnifique et son œuvre est énorme. Cet empire romain spirituel, cette magistrature du genre humain, ce tribunal universel des âmes, ce vicaire de Dieu tenant les clefs du ciel et de l'enfer, c'est colossal, fantastique, vertigineux, mais construit, comme une Babel de vapeurs, sur un chaos de fictions foudroyantes. Pour construire sa théocratie, Grégoire a dû supprimer trois choses, le peuple , la Bible et le Christ.

Grégoire VII est un colosse, et son œuvre est titanesque. Titanesque, avons-nous dit, et quoiqu'elle

Page 1