‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 101 sur 190 · Dom Vaissette · texte numérisé non relu

Dom Vaissette

passion. Que ce tyran donc vienne avec ses soldats et ses armes. Il me trouvera seul et désarmé. J'attends le prix, et ne crains point ce que l'homme peut me faire. » 0 grande constance d'esprit! ô merveilleuse vigueur de l'âme ! s'écrie le chroniqueur de la croisade. Ce fanatisme n'est pas sans une sorte de grandeur sauvage. Il attendit pendant quarante jours les bourreaux. Mais le prince était un homme clément, politique, et peu disposé à renouveler le meurtre de Saint Gélis. Foulques ne put obtenir le martyre de Pierre de Gastelnau et de Thomas Becket. Alors il sortit fièrement de Toulouse, et se rendit au siège de Lavaur, auprès des légats et du chef de la croisade *.

Montfort attendait encore un convoi de six mille pèlerins allemands, ce qui, avec les Français et les Toulousains, eût porté à près de 20,000 hommes les troupes qui assiégeaient Lavaur. Ces étrangers venaient de Carcassonne et couchèrent à Montjoie. Ils étaient commandés par un Français, nommé Nicolas de Bazoches. A l'aube, ils se remirent en marche pour Lavaur. Mais pendant la nuit, le comte de Foix vint s'embusquer sur leur passage dans la forêt. Son ost était divisé en trois corps, commandés par le comte Ramon-Roger et par ses deux lieutenants, Roger-Bernard, infant de Foix, et Gérard de Pépios. Ils les laissent s'engager sous les bois, puis se lèvent, les enveloppent et les sabrent. Le chroniqueur prétend qu'ils étaient désarmés. Puisqu'ils venaient pour combattre, ils devaient être en armes.

i. P. de Vaux-Cernay, XLIX.

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H ISTÛIKE

Ce fut donc un vrai combat et un massacre tumultueux. Les deux tiers des pèlerins jonchèrent le sol, blessés ou morts. Les trois chefs s'élancèrent sur les traces des fugitifs. Le jeune infant de Foix s'acharnait après un croisé qui, réfugié dans une église rustique, se croyait sauvé dans cet oratoire; mais le prince y bondit avec son cheval. « Qui es-tu? demanda-t-il à cet étranger mystérieux, revêtu d'une chappe. — Je suis, répondit-il, pèlerin et prêtre. — Prouve-moi que tu es prêtre! » 11 baissa son capuchon et montra le signe clérical. L'infant, levant sa hache d'armes, lui fendit la tonsure et le crâne. Le comte de Foix, après ce carnage, revint à Toulouse avec le subside destiné à la croisade. Un seul des fuyards atteignit Lavaur et porta la lugubre nouvelle à Montfort. Simon accourut, ramassa les blessés, brûla le village de Montjoie, et revint étreindre avec plus de fureur l'héroïque cité1.

l.P.de Vaux-Cernay, XLIX.— G. de Tudelle, LX1X et LXX.

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