CHAPITRE VIII
Assaut et prise de Lavaur. — Supplice Na Géralda, d'Améric de Montréal, de deux cents chevaliers et de quatre cents Cathares.
Montfort fît élever deux châteaux de bois assis sur des chariots roulants, et clouer sur la cime, en présage de victoire, l'image du Crucifié. A cette vue, les assiégés braquèrent leurs calabres contre le saint étendard. Ils rompirent un bras du crucifix. « Et ces chiens, dit le chroniqueur, éclatèrent en rires et en hurlements, comme s'ils eussent remporté une grande victoire.Mais celui auquel est consacrée la croix se revanchera miraculeusement, car ses ennemis seront pris le jour même de la fête de la Croix. »
Pour mieux protéger la marche des tours roulantes, Montfort fit construire un chat (catus), pierrier au jeu puissant; il fallait encore combler le fossé pour que les tours mobiles accédassent aux murailles. Les croisés coupèrent bois et ramées, en firent des fascines et remplirent le fossé sur les points du double assaut ; mais pendant la nuit, les assiégés, qui avaient
creusé un conduit souterrain, enlevaient les fagots et les traînaient dans la place; d'autres, avec de longues gaffes de fer, tâchaient d'accrocher les ouvriers qui travaillaient sous la protection de la machine et de les tirer avec leurs fagots dans le viaduc. Une nuit même, plus hardis encore, rampant jusqu'à l'engin et lançant des brandons enflammés, avec du suif, des étoupes et d'autres appareils de combustion, ils s'efforcèrent d'incendier la redoutable baliste. Cette nuitlà deux comtes allemands montaient la garde; ils poussèrent le cri d'alarme ; le camp se leva en tumulte; un combat eut lieu dans le fossé, sous le jeu des calabres. Il y eut des morts *.
Montfort, les princes et les légats étaient fort anxieux; ils commençaient à désespérer de prendre Lavaur, car tout ce qu'ils lançaient dans le fossé était enlevé pendant la nuit. Un croisé proposa de jeter à la bouche du viaduc un amas de suif, d' étoupes, de paille fraîche, de bois vert, de bois sec, disposés par couches, et, de recouvrir le tout, par un système d'incendie, d'une épaisse calotte de gazon. Le feu intérieur, avivé en même temps qu'étouffé sous cette masse humide et brûlante comme la pyramide d'un charbonnier, ne respirait que par le souterrain. Les assiégés, enfumés comme des renards et refoulés dans la place, n'osèrent plus percer ce nuage de feu. Alors les croisés purent plus aisément combler le fossé. Les tours roulantes s'avancèrent, atteignirent les murailles et les pontslevis, et, comme des becs d'oiseaux de proie ou les