‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 117 sur 190 · Moréri. Durfort · texte numérisé non relu

Moréri. Durfort

Braïda du Peyrat; ces noms d'enfants aident l'historien à reconstruire ce refuge guerrier et sacerdotal Montségur fat un clan chevaleresque. Ramon de Perelha en est le chef sous Esclarmonde. Il est le Barac de cette Débora. Autour de lui se groupent son frère Bertran, ses beaux-frères les Lantar ses cousins de Lavelanet, de Bélissen, de Villemur' du Peyrat, de Darfort; puis encore ses parents ou allies de Léran, de Bélestar, de Massabrac, de Fan,jaux, de Festa, de Tornabois, de Gabarret,de Rabot de Durban,.d'Arvigna, de Narbonne, de Montservat, d'Acongost, de Gap de Porc, et toute cette forêt débranches mâles ou femelles inextricablement entrelacées de la noblesse pyrénéenne. Le patriarche, les évêques, les vieillards, les femmes, les enfants, gardaient, comme une légion de prières le tabernacle aérien du Paraclet. Ramon mit sa jeune épouse sous la protection d'Esclarmonde et de Philippa, embrassa son nouveau-né dans son berceau et partit pour combattre dans la vallée. Il descendit avec les barons pour défendre les abords de la montagne sainte, cet hémicycle de châteaux, vedettes avancées de Montségur.

Le prince de Sidon franchit le Ghercorb, montagne qui sépare la vallée de l'Aude du cours de 1 Ers. Il avait pris en passant Lambert de Crohsi seigneur de Limous; Gui de Lévis venait le rejoindre, de Mirepoix. Les autres chefs étaient Robert, archevêque de Rouen, Robert, évêque de Laon, et Enguerrand de Roves, châtelain de Saverdun. L'ingénieur de l'ost était Guillaume, archidiacre de Paris. Us enlevèrent Chalabre, capitale

du Chercorb, et le donnèrent à Jean de Bruyères, avec son canton montagneux,' dépouille des Bélissen de Fanjaux. Ils prirent le Peyrat, Bélesta, la Roca, défendus par leurs seigneurs. Tous ces châteaux étaient plus forts par leur courage que par leur escarpement. La plus grande résistance fut à Lavelanet. Ramon et Bérenger défendirent leur bourg situé sur un monticule rocailleux, dont le Lectorier forme le fossé bouillonnant. Lavelanet fut escaladé et tout le peuple resté dans ses murs fut massacré. Bertran de Perelha et Arnaud-Roger de Bélissen disputèrent Perelha, et Rocafissada fut défendue par les Lantar. Ils ne succombèrent pas sans combat; le torrent roula du sang et des morts; des amas d'ossements, recouverts par les alluvions, dans la vallée de l'Herm, nous révèlent un champ de bataille.

Pierre de Vaux-Cernay, alors au siège de Penne d'Agénais, ne parle que de l'assaut et du meurtre de Lavelanet, qu'il appelle incorrectement Ananclet. 11 prétend que sa chute fit tomber d'effroi tous les châteaux des alentours. Chacun d'eux, on l'a vu, eut son escalade, et Montségur ne sourcilla pas dans les nuées. Ramon de Perelha ramena les fugitifs vers la montagne sainte. Il y eut des combats dans la plaine de Ben- Aïs ou Massabrac. Dans cette retraite la cavalerie des croisés enleva Olivéria, mère de Bérenger de Lavelanet. Gui de Montfort l'envoya dans les tours de Garcassonne.

De la plate-forme de Montségur, Esclarmonde, Philippa, Gorba, regardaient, comme du sein des nuées, à deux lieues de là dans la plaine, les combats

de leurs fils et de leurs époux. Jusque-là leculle du Paraclet s'était maintenu dans les bourgs de l'Olmès. Les mères de Ramon de Perelha et d'Arnaud- Roger de Rélissen officiaient à Lavelanet. Guillabert de Castres résidait à Saint-Paul de Jarrats, chez les Lantar. Après l'irruption des croisés, ce patriarche, les diacres et les diaconesses remontèrent à Montségur, l'unique sanctuaire inviolé dans les nues.

Le prince de Sidon voulut assiéger l'inexpugnable forteresse du Thabor. 11 lança sa cavalerie à droite et à gauche sur l'Ers etleLectorier, et aborda directement la montagne de Serrelongue, par Ben- Aïs, alors appelée Massabrac. Ramon de Perelha, qui protégeait les fugitifs, disputa l'accès delà montagne, dernier asile du Consolateur. Les combats continuèrent sur les rampes de la forêt de hêtres et de bouleaux. Les croisés cependant, au travers des nuées de flèches, comme un guêpier irrité dans ses rochers, atteignirent la cime. Au fond d'une haute gorge ils aperçurent Montségur qui barrait le ciel et crurent qu'ils n'avaient qu'à l'escalader; mais en arrivant au pied du donjon, ils se trouvèrent arrêtés par un immense fossé naturel appelé l'Abès. Ils voulurent tourner cet abîme en abordant l'échancrure de la chaîne latérale au château. Cette embrasure était surplombée par le donjon. Ils furent accueillis par une pluie de résine bouillante entremêlée de grêlons de rochers tombés des tours. Pour tenter un siège régulier, il eût fallu six mois à l'archidiacre de Paris, leVaubande l'ost, qui même eût été vaincu par l'hiver. Le prince de Sidon dut reçu-

1er et abandonner sa conquête aérienne. C'est alors qu'arriva le messager de Simon qui l'appelait au siège laborieux de Penne d'Agénais. Il apprit en même temps que le comte de Foix accourait sur ses derrières. Ramon-Roger avait repris Mazères et Saverdun. En trois bonds il était à Mirepoix, à Livelanet, à Montségur. Un jour encore, et Gui se trouvait cerné sur cette cime et précipité dans les gouffres du Thabor.

C'est ainsi qu'au moment d'un suprême assaut Montségur vit redescendre et s'éloigner la croisade, et la mort. Pendant que Gui de Montfort chevauche à grandes journées vers l'Agénais, avant de rentrer dans les combats, arrêtons-nous sur ces cimes, mêlons-nous à la joie des pieux solitaires, et voyons encore de quoi se composait à cette époque le grand asile pyrénéen.

Le comte de Foix en était le chef anonyme. Nous connaissons la phalange des barons réfugiés. Disons seulement que les vieillards seuls gardaient la Roche sainte, et que les jeunes chevaliers suivaient le comte dans les batailles. Guillabert de Castres était le patriarche d'Aquitaine. Les évêques Ramon de Blasco, Ramon deBélissen, Bernard de Simorra, Benédect de Termès, formaient son conseil. Esclarmonde était l'archidiaconesse. Elle avait pour acolytes ses co-catéchumènes de Eanjaux et la comtesse Philippa. Deux de ses diaconesses sont très remarquables. L'une, Ermengarde du Teil, abbesse des Salenques, était l'amante soupçonnée du comte Ramon-Roger, et la mère putative de Loup et de la petite Esclarmonde de Foix. L'autre, doua Turca

des Armens de Fanjaux, descendait des Pauliciens d'Arménie, ou d'Arméniens armuriers venus avec les croisades, qui, dans leurs ateliers de Fanjaux, fabriquaient à la fois les armures du corps et de l'esprit; Don Ferrand, son mari, mourut et légua à Ramon de Perelha, en salaire d'hospitalité, l'unique trésor d'un chevalier des bois, son cheval de guerre. — Montségur avait recueilli beaucoup d'orphelins des combats : le petit vicomte de Carcassonne, Loup de Foix, les deux petits Pierre- Roger de Bélissen, Bernard et Olivier de Penne, les enfants d'Aniort, neveux d'Améric de Laurac. Des troubadours leur apprenaient à lire dans les épopées et les martyrologes de leurs pères. Ils montaient à cheval, chassaient l'ours et l'isard dans la forêt, péchaient la truite aux écailles d'or dans les gouffres druidiques, ou cueillaient les fruits des bois, lenaprun, l'abajou, (ttva ursi) l'épine vinette, le miel sauvage, dont les vierges et les matrones faisaient des liqueurs, des cordiaux, des vulnéraires pour les guerriers blessés. Montségur était la grande ambulance des batailles.

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