CHAPITRE VI
Le prince de Sidon attaque Montségur — L'Acarnaguès. — Les races chevaleresques. — Prise de Laveianet. — Blocus de Montségur. — Gui recule devant le comte de Foix. — Forteresse du Paraclet.
Suivons vers la Septimanie son agile messager. Gui de Montfort avait été laissé à Garcassonne pour contenir le comté de Foix. Depuis trois ans la croisade avait conquis le cours de l'Aude jusqu'à Limous, de l'Ers jusqu'à Mirepois, de l'Ariège jusqu'à Pamiers; mais elle n'avait pas suivi cette ligne qui court le long des montagnes, de Limous à Foix ; elle n'avait pas encore attaqué Montségur et se contentait de regarder de loin ce camp mystérieux dans les nuages. Enfin Gui de Montfort résolut de franchir le Chercorb (rupes curva) et d'envahir la région du Thabor. Il allait avoir pour adversaire Ramon de Perelha, le jeune héros de Montségur. Les deux chefs étaient dignes l'un de l'autre ; Gui était un Montfort juste et humain, sous la croix; Ramon était, sous l'armure chevaleresque, un saint du Paraclet. ■ Or, depuis qu'il avait conduit le sacerdoce cathare h. 17
sur le Thabor, qu'avait fait le fils de Cométa ? Il avait fortifié les abords de 'la montagne sainte. L'Acarnaguès, qui s'étend de l'Ers à l'Ariège, comprend trois petits cantons : le Peyrat, le pays des pierres ; YOlmcs, le pays des ormes; le Farrals, le pays des sources. Le Peyrat est évidemment le berceau des Peyrelha et des Peyrota. Le Peyrat touche à l'Olmès, fief de Ramon, et son château de Peyrelha est relié parle torrent de l'Herm à Dun, manoir des Peyrota. Ramon de Perelha et Peyrota de Clermont avaient des parts indivises dans le domaine des Durfort, et lesDurfort dans le domaine de Clermont- Soubira, terre du diacre Peyrota Donc ils étaient cousins, et consanguins étaient encore le diacre Peyrota et le chevalier Adhémar de Prodelha, précepteurs des Infants de Foix. Fais, mère d' Adhémar, qui se prétendait parente des comtes, l'était par son aïeule Amélie de Durfort, femme de Roger IL Quoi qu'il en soit de ces lointaines généalogies, les Peyrat, les Peyrotta et les Perelha eurent le même nom, le même berceau, les mêmes terres, les mêmes guerres et le même trépas.
Ramon de Perelha, co-seigneur de l'Olmès, eut de sa femme, Corba de Lantar, cohéritière du Farrat, cinq enfants dont les premiers naquirent aux débuts de la croisade. Son fils reçut le nom de Jordan de Lantar, son aïeul maternel. Les filles eurent pour marraines; la première, Philippa, comtesse de Foix ; la deuxième, Esclarmonde, vicomtesse de Gémoez; la troisième, Fais de Durfort; la quatrième,