‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 119 sur 190 · P. de Vaux-Cei'nay · texte numérisé non relu

P. de Vaux-Cei'nay

Gui campait à l'Orient; Simon, à l'Occident. Ils la battirent de neuf calabres; ces engins n'ébranlant pas le mur, Simon en fit construire un plus puissant. Pendant ce travail, les deux Robert, ayant achevé leur quarantaine, voulurent se retirer. Le comte les supplia de ne pas abandonner la cause de Jésus-Christ. L'évêque de Laon partit, se disant malade, et entraîna une multitude de croisés. L'archevêque de Rouen consentit à rester jusqu'à l'arrivée des pèlerins français qu'on disait être à Garcassonne. Gui, évêque de cette ville et son neveu l'historien s'y rendirent, pour hâter leur marche et les diriger sur Penne. Cependant Guillaume, archidiacre de Paris, avait achevé et dressé sur ses pieds la grande calabre. Elle se joignit à ses neuf sœurs et son jet impétueux ébranla quelque peu la muraille. Quelques jours après arrivèrent les abbés de Saint-Remi de Reims et de Saint-Ayoul deSoissons, le doyen d'Auxerre, et son archidiacre de Ghâlons avec les pèlerins de France ; alors l'archevêque de Rouen se retira, et les Champenois prirent la place des Normands.

Un jour Hugo d'Alfar fit mettre toutes les bouches inutiles hors du château. Montfort les rembarra dans l'enceinte. Quant à Guillaume, archidiacre de Paris, ce pasteur des engins, il activait nuit et jour son monstrueux troupeau ; la grande calabre et ses neuf compagnes battaient, tourmentaient, torturaient incessamment la place. L'enceinte commençait à fléchir, les toits étaient effondrés, les vivres s'épuisaient, les citernes tarissaient, les pèlerins arrivaient en foule ; et le comte de Toulouse ne

paraissait pas à l'horizon. Hugo d'Alfar désespéré offrit à Montfort de rendre Penne, à condition que ses défenseurs sortiraient avec leurs armes. Montfort réunit son conseil ; les légats furent d'avis d'accepter la capitulation, alléguant les difficultés du siège et de la croisade, les ténacités de la résistance, les feux dévorants do la canicule, les pluies de l'automne, les neiges de l'hiver. Le 25 juillet, après cinquante-trois jours de siège, Penne ouvrit ses portes à Montfort l.

Pendant le siège, les barons de l'Agénais vinrent au camp faire hommage à Montfort. Les bourgeois de Marmande lui offrirent leur ville. Simon y envoya le fameux Robert de Mauvoisin, auquel était attaché le sort du comte et de tout le saint négoce de Jésus-Christ. Robert, quoique malade, s'y rendit et fut très honorablement reçu par les bourgeois. Les servants du comte de Toulouse voulurent résister dans la citadelle ; Robert la battit d'un mangonneau, et ses défenseurs, après 'quelques jets, ayant assez fait pour l'honneur officiel, mais non pour le devoir patriotique, rendirent leurs tours. Simon, en récompense, fit à son ami l'octroi des biens de Guilhem de Durfortde Fanjaus, et Robert les rétrocéda au monastère de Prouille. Agen, Marmande, les châteaux dont nous verrons les relèvements glorieux, ne fléchirent un moment qu'aux suggestions perfides de l'évêque, et à la terreur panique et monstrueuse de Simon de Montfort 2.

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