‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 120 sur 190 · P. de Vaux-Cernay, ch · texte numérisé non relu

P. de Vaux-Cernay, ch

Le lendemain de la reddition de Penne arriva l'archevêque de Reims, avec de nouveaux pèlerins. Mont fort marcha sur Biron, château des pays montueux de la Dordogne, berceau d'une race antique qui a donné un illustre maréchal à la France du xvi'1 siècle, et à l'Angleterre du xixe, un poète immortel. La conquête et la vengeance poussaient Montfort vers Biron. Le comte de Toulouse en avait remis la défense au capitaine espagnol, Martin d'Algaïs. Cet homme d'aventure et de guerre avait d'abord servi la croisade ; mais à la grande bataille • de Las-Bordas, au lieu de se faire tuer aux côtés de Bouchard de Marli, il s'enfuit, quoique très brave, devant'l'épée victorieuse du comte de Foix. Il pouvait dire qu'il avait protégé la déroute des évêques jusqu'à Fanjaus. C'est probablement ce qu'il fit à son retour au camp. Une altercation violente s'ensuivit avec Montfort ; il s'entendit appeler traître ! Et la nuit suivante le fier Aragonais passait au comtedeToulouse.il accompagna dans l'Agénais son compatriote Alfaro. De Biron, il agaçait et contrariait le siège de Penne. Montfort résolut de l'en punir après la victoire. Il marcha sur Biron, attaqua le bourg et l'emporta par escalade après un sanglant assaut. Les habitants se réfugèrentdans la forteresse. Algaïs pouvait s'échapper pendant la nuit; il ne voulut pas abandonner son peuple ; mais le peuple abandonna son vaillant chef et demanda la paix à Montfort. Simon refusa ; il lui fallait le massacre. Toutefois ayant plus soif encore du sang d'Algaïs, il consent enfin : ce peuple aura la vie sauve, s'il livre d'abord son capitaine, puis le château. L'infortuné se

vit garrotté, saisi ^conduit à Montfort. « Confesse-toi,» lui cria Simon furieux. Algaïs, si nous en croyons le silence du chroniqueur, refusa. Il fut attaché à la queue d'un cheval, traîné dans les rangs des soldats, démembré par la hache, et suspendu, tronçon saignant et hurlant, à un gibet. Par ce supplice atroce Montfort voulait épouvanter les déserteurs de la croix1.

Pendant le siège de Biron, Gaston VI, prince de Béarn, vint réclamer la vicomte de Brulhois usurpée par Montfort avec l'Agénais. Simon proposa de soumettre le différend à l'évêque d'Agen. Gaston, ne reparut pas au jour fixé, et dédaigna d'accepter le jugement d'un prélat qui venait de livrer l'Agénais au chef delà croisade. Le Midi ne devait pas être jugé par les crosses, mais par les épées.

Simon remit Biron au chevalier Arnaud de Montaigu et revint à Penne dont il faisait réparer les glorieuses murailles, vaincues non par son lion, mais par le lion céleste. Il y trouva la noble comtesse de Montfort, arrivée de Carcassonne. Elle était en compagnie de l'évêque Gui de Vaux-Cernay, et de Pierre, son neveu et son secrétaire, amenant des pèlerins armés. Elle était venue par Cahors/, descendant le Lot. La canicule était dévorante. Les pèlerins défaillaient de lassitude, de faim, de soif, dans les déserts

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