‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 132 sur 190 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Raraon V se-rend à Bordeaux. — Il implore en vain le secours du sénéchal d'Aquitaine. — II reprend son fils à Savari de Mauléon — Il se rend à Saragosse. — Le roi d'Aragon envoie une ambassade à Rome. — Innocent III suspend la croisade.

Pendant que Montfort prenait Agen , Penne, Biron, Marmande, Moissac, que faisait le comte R.amon? L'infortuné prince se voyait abandonné de tout le monde. C'était d'abord son frère Baudouin, puis son gendre, Pierre Bermond d'Anduze, qui réclamait du pape, du chef de sa femme Constance, le vaste héritage de Toulouse. Puis Bernard-Jourdain de l'Ile, son cousin, le mari de sa sœur India, le fils aîné de la grande Esclarmonde, qui le dépouil-

lait et marchait avec Montfort. Enfin Savari de Mauléon, sénéchal d'Aquitaine, son plus cher .ami, qui lui refusait des secours et cherchait à lui dérober son fils, le petit infant Ramonet.

Savari de Mauléon était un type éclatant et populaire de la chevalerie de ce siècle. On ferait un livre, dit son biographe, de ses exploits merveilleux. Sénéchal du roi d'Angleterre, il était venu naguère au secours de Toulouse. Toulouse lui fit une réception triomphale. Elle crut voir rentrer dans ses murs la figure rajeunie de Bertran de Born et même de Richard Cœur-de-Lion. C'était leur politique : l'union de Toulouse, du royaume d'Arles et de l'Aquitaine de l'océan, et conséquemment de l'Angleterre contre Rome et la France. Les princes allèrent assiéger Gastelnaudari. Ramon VI devait garder le camp, Savari bloquer Montfort dans le château, et le comte de Foix livrer la bataille. Savari ne contint pas Montfor!; Ramon VI vit son camp attaqué. 'par les vaincus, et 1 s comte de Foix vit Simon tomber sur sa victoire fatiguée et lui disputer sa triple bataille. Ramon VI se crut trahi, mais ne soupçonna pas Mauléon, dont le tort n'était peut-être encore que mollesse et fatuité chevaleresque. Toutefois l'histoire doit relever le premier signe d'infidélité de ce brillant déserteur de la cause nationale.

Après celte campagne, où Montfort aurait dû périr, Savari revint à Bordeaux. Le comte lui confia son fils pour le dérober aux chances' de la guerre, et pour élever le jeune prince à l'école de ce paladin; Mauléon n'était qu'un brillant aventurier , sous la figure d'un Amadis. Il emmena l'enfant à Bordeaux.

En voyant les succès de Mont fort, il rêva peut-être de devenir un Montfort béarnais et de se tailler une principauté des Landes dans les ruines de Ramon VI et de Jean-sans-Terre. Peut-être aussi avait-il été secrètement acheté par Philippe-Auguste, comme il le fut plus tard par Blanche de Castille. Quoi qu'il en soit, Ramon VI, dans son malheur, vint à Bordeaux. 11 implorait le secours de la puissante cité. Le maire refusa pour la ville et le sénéchal pour l'Aquitaine; l'archevêque était un des chefs de la croisade; ils s'entendaient contre Ramon. Le prince, indigné, redemanda son lils. Il le réclama vainement pendant un mois; Mauléon le gardait comme otage. Le malheureux père ne put recouvrer son enfant qu'en laissant au ravisseur un grand avoir. Le perfide sénéchal trahissait à la fois le comte de Toulouse et le roi d'Angleterre *.

Pierre-Bermond d'Anduze, d'un autre côté, disputait au jeune Ramon l'héritage des Saint-Gélis. Bermond était frère d'Azalaïs et neveu de Clara d'Anduze, deux harpes de la Provence-cis-Rhodane. Les ruines de leur poétique berceau se voient encore sur la cîme d'une des deux montagnes qui forment les Thermopyles desGévennes, fendues par le Gardon occidental. Ce puissant baron régnait sur les hautes et basses Cévennes, depuis l'Ardèche jusqu'au Vidourle, depuis le Rhône jusqu'à l'Aigoal. Bermoud avait épousé Constance de Toulouse. Il s'était déclaré pour la croisade et l'avait conduite à travers ses terres, du Rhône à Montpellier; puis sur

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