P. de Vaux-Cernay
HISTOJl'.E DES AI.IilGEOlS
que le Pape avait ordonné à l'archevêque de Nar.bonne de révoquer la Croisade, et à Montfort de restituer leurs terres aux princes pyrénéens, se flatta de gagner entièrement Innocent III. Aux lettres du Concile de Lavaur, il opposa les actes du comte de Toulouse, de l'Infant, des consuls, des comtes de Foix,de Béarnetde Commenges, déclarant remettre leurs personnes et leurs terres aux mains du Souverain Pontife. Ces pièces furent problablement rédigées par Gui de Cap-de-Porc, le grand légiste de la patrie romane. L'archevêque de Tarragone et les évêques et abbés aragonais et catalans, qui avaient représenté le monarque au Concile de Lavaur, vidimèrent ces actes à Perpignan et les envoyèrent à Rome par l'évêquede Ségorbe. Ainsi deux nefs, parties de Marseille et de Barcelone, traversaient le golfe de Roland, conduisant les orateurs de la Croisade et de l'Aquitaine devant le Saint-Siège, ce tribunal du monde.
Le roi d'Aragon, en même temps, envoyait l'évêque de Barcelone à la cour de France avec mission de publier que le Pape avait révoqué la Croisade. 11 voulait s'attacher Philippe-Auguste et empêcher le prince Louis, qui, malgré son père, avait pris la croix, de venir chevaucher dans le Midi avec la noblesse de France. Il voulait arrêter ces secours que Montfort attendait pour achever la conquête de l'Aquitaine. Pour mieux tarir dans leur source ces torrents orageux de la Croisade du Nord, il chargea ses ambassadeurs de demander en mariage la fille de Philippe- Auguste.