‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 167 sur 190 · Cécile · texte numérisé non relu

Cécile

core de la défense de Montgaillard, était l'hôte et le patron de ces exilés dans les conques d'Andorre. Les croisés les disaient des Catalans enrôlés par le comte et accordés par le roi d'Aragon. Mais le jeune conquistador, à peine âgé de dix ans, n'avait pas encore pris le sceptre ni le fer de ses batailles. Ce n'étaient pas des étrangers ni des mercenaires; c'étaient de nobles barons, de magnanimes citoyens, la fleur des héros pyrénéens : les Lantar, les Montaut, les Bellissen, et Améric de Roaïx, l'hôte des comtes et le tribun de la dernière insurrection de Toulouse. Avec les héros était leur chirurgien, Roquier de Belpech, et peut-être leur ingénieur, Escot de Linas. Puis des poètes : Figueras, Pegulha, Cardinal. Les princesses Ermessinde et Sézélia de Foix accompagnaient , comme Herminie et Clorinde, la colonne chevaleresque. Le Thrasybule pyrénéen se mit en marche au son de la harpe, au chant de cette strophe célèbre, la Marseillaise du xne siècle : « Comte Ramon, duc de Narbonne, marquis de Provence, votre valeur est si brillante qu'elle illumine le monde, depuis la mer de Narbonne jusqu'à Valence ! Vous ne craignez pas plus ces ivrognes du Nord que le faucon ne redoute la perdrix ! » Le poète revêtait le prince de ses titres perdus et de son héroïsme méconnu.

Le comte passa le port de Salao, ou du Vallier, cette noble et belle montagne qui coupe en deux la grande chaîne, et dont la cime porte, comme une coupe d'eau dans le ciel, un lac d'azur, source aérienne du torrent qui déchire les précipices de sa large base anfractueuse. Il suivit le cours tortueux du Gave jusqu'à Saint-Lizier, capitale du Conserans.

L'évêque avait livré naguère sa ville à Montfort ; mais Roger de Commenges, fils de Sézélia et neveu du comte de Foix, y reçut Ramon VI. Il y fit halte, attendant les messages des citoyens qui l'invitaient à venir dans Toulouse. Le comte réunit le conseil des chefs; le débat eut lieu dans le palais vicomtal, qui crénelle la cime du monticule dont la ville occupe les pentes en cascade.

— Seigneurs, dit le comte, conseillez-moi. J'ai envoyé mes messagers à Toulouse, aux plus puissants et honorés barons qui m'aiment de cœur et que j'ai toujours aimés. Ils m'ont transmis leurs réponses bien scellées : ils ont livré des otages à Montfort, mais ils aiment mieux les perdre que de me voir exilé plus longtemps; ils me livreront la ville. Quel conseil me donnez-vous?

Le vieux comte de Commenges, son cousin, prit le premier la parole : — Seigneur, dit le vaillant vieillard, écoutez-moi! Si vous recouvrez Toulouse, parage et courtoisie sont restaurés. Vous nous remettez, vous et nous, en lumière ! — Seigneur comte, s'écrie le jeune Roger-Bernard de Foix, si vous recouvrez Toulouse, vous tenez les clés de votre fortune. Noblesse et courtoisie les gardent. Il vaut mieux pour vous mourir là en seigneurie qne d'aller plus longtemps par le monde, honni et en danger. — Oui, seigneur, croyez-le, reprend Bernard, infant de Commenges, je ne veux ni avoir ni terre ni biens, si vous n'en avez pas; mais si vous recouvrez Toulouse, il faudra la défendre de telle façon que vous ne la perdiez plus jamais, — Beau neveu, dit le comte, ainsi ferons -nous, s'il plaît à Dieu. — Seigneur comte, il. 30

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