Gu.il. de Tudelle, strophe XV
sur ces coteaux l'avant-garde des croisés. — Seigneur, répond Pierre-Roger de Gab-Aret, son parent, un vieux baron blanchi sous le harnais, ne sortons pas. C'est assez de garder la ville. Demain, au lever du jour, les Français s'approcheront et chercheront à vous couper l'eau du fleuve. Sortons alors et jouons de l'épée'et de la lance. — Oui, répondirent les chevaliers, adoptant le sage conseil du vieillard, pour cette fois, bornons-nous à établir au dehors et tout à l'entour un cordon de chevaliers armés. 11 suffit de garder la ville, qui par elle-même est des plus fortes. Vous savez, si la geste ne ment, que l'empereur Gharlemagne tint pendant sept ans Carcassonne assiégée, sans pouvoir la prendre ni d'été ni d'hiver. Mais les tours s'inclinèrent après son départ et reçurent dans la cité le César franc à son retour d'Espagne. Elles ne s'inclineront pas devant le légat de Rome. » Le jeune vicomte se rendit à l'avis de ses barons, mais resta toute la nuit, comme une simple védette, en armes sur les tours de son palais
Le lendemain (mercredi 2 août), à l'aube du jour, il attendait l'assaut. Le camp ne remua pas; le légat donnait à ses soldats un jour de repos. Le matinsuivant, l'ostinnombrable s'agita avec un murmure immense, et son tumulte, dit le chroniqueur, ébranlait la terre. Le légat, entouré des évêques et des chefs d'abbaye, entonna le Veni Creator ! A ce signal, les pèlerins traversent le fleuve et, pour enlever aux assiégés son courant limpide, s'élancent sur