G. de Tud., strophes XXXI et XXXII
eût enlevé avec son chef son âme guerrière. Ses tours fléchissaient et ses murailles chancelaient avec les courages sur son inexpugnable rocher. Le peuple, effaré, éperdu, poussa des gémissements jusqu'au soir. La nuit vint, et les consuls et les barons tinrent conseil. A leur tête était Pierre Roger de Gab-Aret; parent du prince, il avait la garde du château. Un souterrain conduisait du donjon vicomtal jusqu'aux tours du Gabardez, son manoir de la Montagne-Noire. Soit qu'ils ne crussent pas pouvoir sauver Carcassonne, soit qu'ils ne voulussent pas opérer la reddition garantie par la tête du vicomte, soit qu'ils espérassent pouvoir continuer la guerre dans la Montagne-Noire , ces chevaliers, ces citoyens résolurent d'échapper aux croisés par ce viaduc. Et lorsqu'au matin on croira les prendre dans la ville conquise, ils se trouveront libres, en armes, et recommençant le combat dans les tours du Gabardez, et dans les forêls du pic de Nora couronné de neiges et de nuées. Quoi qu'il en soit, le chef des Enfants de Nos, les barons, les consuls, les riches citoyens, la jeunesse guerrière, se dérobèrent pendant la nuit par ce souterrain, dont la bouche s'ouvrait dans les entrailles inconnues du palais vicomtal, et disparurent à l'insu du pauvre peuple, endormi dans la cité. Pendant que les croisés attendent le jour pour les faire prisonniers, ces nobles fugitifs passent sous le fleuve, se glissent sous le camp et vont renaître, à quatre lieues de là, sur les cimes de la Montagne-Noire l.