P. de Vaux-Cernay
de Carcassonne avait ébranlé sa fidélité. Dans ce premier trouble, il se rendit anprès de Montfort, et le conduisit à Montréal qu'il déclara tenir de Simon, comme de son suzerain, et du pape, le souverain de l'univers. Le droit théocratique bouleversait le droit chevaleresque. L'infortuné baron se préparait à son insu la mort la plus honteuse et la plus tragique.
De Montréal, Montfort s'élança sur Fanjaus, appelé par saint Dominique, campé au Villar. Fanjaus relevait directement du comte de Toulouse; Ramon VI était l'allié des croisés. Ce prince était même encore à Carcassonne. Simon envahit ses terres sans droit ni raison, comme il envahira bientôt les domaines du comte de Foix. Isarn de Fanjaus était de l'antique maison de Mirepois. Il était devenu seigneur de ce canton par son mariage avec Auda de Prouille, héritière de Fanjaus. Auda, si l'on s'en souvient, avait embrassé le catharisme avec Esclarmonde de Foix. Fanjaus était la résidence du Fils- Majeur de l'évêque de Toulouse. C'était alors le fameux Guilhabert de Castres. Isarn de Fanjaus, fuyant devant la croisade, s'était retiré à Mirepoix, son berceau, et les autres maisons chevaleresques, les Goth, les Prolha, les Festa, les Ferrand, les Picarel accouraient se ranger autour de la lance du comte de Foix. Nobles et peuple, tout fuyait devant les croisés, qui trouvèrent Fanjaus désert comme Montréal.
Montfort, arrivé sur la limite du Lauragais, s'arrêta. 11 n'osa pas faire franchir à son cheval l'Ers, qui le séparait des terres du comte de Foix. On voit qu'il ne suivait pas de plan stratégique ; il
allait par bonds, tantôt au sud, tantôt au nord • cette marche capricieuse s'explique par les appels incohérents des peuples affolés. 11 revint donc sur ses pas, averti que les consuls de Castres l'atten daient au camp d'Alzonne. Sur l'avis du duc d* Bourgogne, il résolut d'aller recevoir l'homma^ de cette grande cité de l'Albigeois. Castres, comme son nom indique, ancien campement romain £ le fleuve Agout, appartenait à la maison féodale de Gudhabert, dévoues aux vicomtes de Carcassonne e amis des rois d'Aragon. Bernard de Castres h r de cette puissante et pieuse race romane, restait à son seigneur infortuné; et pendant que sa Ju soumettait à Montfort, ne sauvant de son vasfp n trimoine que sa lance et son cheval, il se rend* combattre auprès du comte de Foi* U tron V les Pyrénées, son frère, Illustre Guiibabert fi,»"* évêque cathare de Toulouse, et un autre Isarn, diacre, et Orbria, leur sœur, diaconat Vierge couronnée, tous réfugiés à Montra Fr mengarde, une autre sœur, surnommée k /W/" Albigeoise, épouse d'Olivier de Saissac »t a 7 Saissac et d'Hautpoul, célèbre dan! î les chan^ * troubadours, ne tarda probablement pas à les rT joindre dans les montagnes de Foix. L'épée h parole et le cœur des barons et des peuples d* 1M et du Tarn étaient tellement dévoués au , 1 ^ qu'il allait trouver son surnom le plus ponul "T'' Albi, et son patriarche le plus Uu rV7 T n M bert de Castres. Montfort Nissan ^ gogne au camp d'Alzonne, se p0rta rap^tf ^ quelques chevaliers, vers la grande cité de 1' tout
Il reçut l'hommage effaré des consuls et des habitants de Castres, et trouva dans ses murs des chevaliers qui venaient offrir la soumission de Lombers, lieu illustré par une conférence célèbre et résidence de l'évêque cathare d'Albi.
Montfort voulut inaugurer sa domination à Castres par deux supplices. On lui présenta deux Bonshommes, un parfait et un novice. Simon ordonna qu'ils fussent brûlés vifs. Le maître persista dans sa foi cathare; mais le disciple exprima le désir de rentrer dans l'Eglise romaine. Touchés de son repentir et de son malheur, une partie des chevaliers s'écrièrent qu'il ne devait pas être condamné au feu. Mais les autres répondirent qu'il méritait la mort, puisqu'il avait été hérétique, et que sa conversion tardive ne provenait que de l'horreur du bûcher. De là, grande altercation entre les croisés. Montfort, casuiste de l'école d'Amalric, y mit un terme, ordonnant qu'il fût brûlé, parce que, disait-il, perfide, le feu lui serait un juste châtiment, et fidèle, une salutaire expiation de son péché, et que d'ailleurs il en serait dédommagé dans le paradis. Aussitôt les deux patients sont fortement garrottés aux jambes, au ventre, au col, les mains croisées sur le dos, et de plus solidement attachés dos à dos au poteau du bûcher. Les torches brillent : « Dans quelle Église entends-tu mourir? demanda le confesseur au novice. — Dans la sainte Eglise romaine, répondit-il, et que cette flamme me serve de purgatoire. » Le feu est mis au bûcher ; en un instant, le parfait est réduit en cendres; mais, ô miracle, le novice, ses liens s'étant rompus, sortit des flammes comme d'un
lit de rieurs. Seulement le bout de ses doigts était un tantinet brûlé, ajoute naïvement Pierre de Vaux- Cernay, l'Hérodote farouche de la croisade l.
Remarquons que le très noble château de Castres fut livré par les bourgeois, et que ce sont les chevaliers qui vinrent offrir le très noble château de Lombers. Montfort se défia des avances inattendues de ces barons. Il n'osa s'aventurer dans leurs vastes et tarouches forêts. Il remit à un autre temps l'acceptation de cette métropole johannite de l'Albigeois. Il fortifia le donjon dé Castres, et alla rejoindra le duc de Bourgogne au camp d'Alzonne. Il est probable que le Carcassais remuait, et que sa domination était contestée autour de Carcassonne. Nous voyons d'où venait la résistance. Les deux princes allèrent assiéger la forteresse de Cab-Aret.
Chap. xxn.