‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 5 sur 190 · N. Peyrat : His>t- de Vigilance · texte numérisé non relu

N. Peyrat : His>t- de Vigilance

nèbres, s'asseyait radieuse au timon de l'Occident. Rome, abandonnant la race de Charlemagne comme elle avait délaissé pour lui la race de Glovis, patronna la jeune dynastie capétienne. Robert Ier, fils de Hugues, fut l'élève d'un pape, le savant aquitain Gerbert. Cet Eliacin monacal, poète liturgique et coryphée de la psallette de Saint-Denis, pèlerin dans la Ville sainte, offrit ses antiphones sur l'autel de Saint-Pierre. Son Veni Spiritus deviendra l'hymne exterminateur, la marseillaise des croisades albigeoises dont il sera lui-même l'avant-garde en brûlant les cathares d'Orléans. Dès lors, les Capétiens seront les porte-glaives du Saint-Siège. Pendant sept cents ans, ils traqueront les hérétiques, c'està-dire les proscrits de Rome. A ce prix, ils seront fils aînés de l'Eglise et rois très chrétiens. C'est le signe tragique et fatal de cette illustre dynastie, et les bûchers d'Orléans seront son sacre de feu.

Paris, vieille bourgade gauloise, surgissait alors aussi, comme métropole, dans une île de la Seine, semblable à un vaisseau dont Notre-Dame, à l'est, serait la haute proue et dont le palais des rois, à l'ouest, serait la poupe et le gouvernail; donjon royal peuplé d'évêques de chair, basilique décorée d'un cordon de monarques de pierre, double symbole de la Gaule. Voilà le noyau de la monarchie, le coeur de la France. Son territoire s'ébauche entre les quatre fleuves qui forment Vile de France, et tend à s'étendre laborieusement vers son berceau septentrional, dans ses limites naturelles, le Rhin, l'Escaut et l'Océan. Paris en est le centre et la capitale

de ses comtes devenus rois; chefs à peine obéis d'une oligarchie de grands vassaux qui, par l'élection des Capétiens, ont accompli la rupture définitive de la Gaule et de l'Allemagne. A cette époque, une France belge était plus probable encore qu'une Aquitaine française. Mais ses rois sont attirés vers le sud par le souvenir de Glovis et de Ghârlemagne. Ils dédaignent leur brumeux berceau salique et ripuaire, et sont entraînés par la beauté du ciel, l'aménité du sol, l'opulence des villes, et les appels incessants des évêques romains.

La France est séparée de l'Aquitaine par la race, le génie et un lieuve, la molle, paisible, indolente et sablonneuse Loire. Toutefois la Loire, dont la source est en Aquitaine et l'embouchure dans l'Océan armoricain, est moins un fossé de séparation qu'un lien sympathique, qu'une guirlande ondoyante tenue par les deux sœurs en signe d'harmonie et d'union indépendante. Elles s'étaient déjà liguées sous l'alvernien Vercingétorix. La France est gauloise, monarchique et féodale; l'Aquitaine est ibère, fédérative et municipale; leur éducation commune est latine. Le grand génie politique d'Auguste et de Ghârlemagne avait compris cette énergique personnalité de l'Aquitaine. Le premier l'avait érigée en province romaine, le second en royaume feudataire. Cette individualité vivace éclata dans trois luttes tragiques, sous Vercingétorix contre César, sous Alaric contre Clovis, sous Gaïffer contre les fils de Charles Martel. Une quatrième guerre non moins sanglante couve sourdement contre les descendants de Hugues Capet. Le crime de Rome, c'est d'avoir d'un mot

détruit un peuple, biffé d'un trait de plume une œuvre de Dieu *.

Voilà donc trois principes et trois forces en présence : Rome, un despotisme divin, dominant le monde ; la France, une monarchie féodale, pupille de Rome; l'Aquitaine, une démocratie chevaleresque, s'émancipant de Rome et de la France. Le champ clos où ils s'entreheurteront, .c'est ce cirque de granit dont l'ellipse immense est formé par les Alpes, les Gévennes et les Pyrénées. Toulouse en est le centre, et c'est autour de ses murailles que pendant vingt ans tourbillonnera cet ouragan d'idées, d'hommes et de chevaux, sous la nuée de sang et de feu.

Esclarmonde est la Débora et la Velléda des batailles pyrénéennes.

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