‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 4 sur 190 · Ag. de Gasparin, Innoc. III · texte numérisé non relu

Ag. de Gasparin, Innoc. III

La théocratie est le gouvernement du monde naissant ou du monde vieilli. Il faut aux peuples enfants ou moribonds des prêtres-rois, des pontifes-dieux. Ces Manou, ces Hermès, ces Melkisedec éternisent les langes du genre humain. Ce régime de la Chine et de l'Inde était impossible en Occident, sous la Bible égalitaire et le Christ libérateur. Il faut des castes à la théocratie; elle veut des temps barbares. Or, la barbarie décroissait. La théocratie venait trop' tard. Elle venait immobiliser le monde, quand le monde, échappé comme de la mort, se mettait en mouvement; quand tout se levait, croisades, communes, serfs de la glèbe; quand vont s'accomplir "ces merveilleuses conquêtes de l'Angleterre, des Deux-Siciles, de l'empire d'Orient. Rome ellemême à son insu concourut à l'émancipation des peuples par les croisades. Elle les poussait vers un sépulcre; ils arrivèrent au berceau d'un soleil, au foyer de Vie. Ils virent Constantinople et Jérusalem, le monde grec et le monde asiatique. Ce fut comme une vision des Mille et Une nuits. Ils rapportèrent en Europe leur éblouissement, leur rêve d'Orient. Mais ce qui dut surtout émerveiller les rois, c'est de voir le patriarche byzantin soumis au Porphyrogénète grec. Ils comparèrent instinctivement ce pontife pacifique au théocrate foudroyant de Rome. Sur le Rhodope, ils virent mieux encore, des pontifes des forêts orphiques, les pauliciens du Taurus avec qui Léon l'Isaurien et Léon l'Arménien entreprirent la Réformation iconoclaste de l'Orient, et qui, refoulés en Sicile et en Bulgarie, vont, par le Danube et l'Adriatique, assiéger Rome et tenter la

Réformation de l'Occident. L'hellénisme vient en croupe sur le cheval superbe des croisades.

La théocratie romaine, du trône du monde, suivait, d'un regard jaloux et menaçant, deux sectes obscures, deux Églises proscrites, errantes dans les forêts. Contre l'orgueilleuse Église de saint Pierre, elles se prétendaient, l'une fille de saint Paul, apôtre de l'Occident; et l'autre fille de saint Jean, apôtre de l'Orient : la paulinienne et la johannite. La paulinienne éclate à la fois dans les Alpes et les Pyrénées. Ses premiers prédicateurs sont Vigilance et Jovinien (500). Elle reparaît avec le barbe Pierre de Valdis (700), puis avec le missionnaire Gandolfe (1000), puis fait tumultueusement explosion avec Pierre de Brueys, Henri de Lausanne et Arnauld de Brescia (1100). La johannite vient d'Orient. Marcos de Memphis l'apporte en Espagne (350) ; Priscillien d'Avila la transmet à l'Aquitaine (380). Elle a pour ancêtres Origène et Érigène (250-850). Par Lisois d'Orléans (1000), elle arrive à Nicétas et Guilhabert de Castres (1200). La première est biblique et républicaine. La seconde est mystique et chevaleresque. Platonicienne, elle a sa robe étoilée et son nimbe zodiacal. Leur commune métropole, c'est Toulouse. Rome les combattra. Qui portera son glaive? Qui s'élancera sur le Midi? La France l.

La France naissait alors avec la dynastie des Capets. Hugues montait sur le trône de Paris, comme la théocratie, sortant d'un cloaque, d'un abîme de té-

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