CHAPITRE V
Montfort reçoit un message mystérieux, — Il se rend à Fanjaus où l'attend Vidal, abbé de Pamiers. — Origine de l'abbaye de Saint-Antonin. ' — Prise de Mi repois.
Avec Carcassonne, Limons, Albi déjà'promis par l'évêque, et Béziers, qui n'était qu'un amas calciné de décombres et d'ossements, Montfort possédait les capitales de ses quatre comtés. Mais son ambition, stimulée par cette rapide conquête, se trouvait à l'étroit dans le spacieux domaine des Trencabel qui comprendrait presque aujourd'hui les trois départements du Tarn, de l'Aude et de l'Hérault. Il en avait déjà franchi la limite vers le couchant en envahissant le Lauragais, et eh s'emparant de Fanjaus qui relevait du comte de Toulouse, agression qui fut sinon la cause, du moins le prétexte invoqué de la rupture et de l'évasion précipitée de ce prince. Li même intempérance ambitieuse le brouilla subitement avec le comte de Foix, le lendemain de l'alliance qu'ils avaient conclue à Preixan. Le chef de la croisade, à son retour à Carcassonne, trouva un messager qui lui indiquait un rendez-vous mystérieux à
Fanjaus. Le personnage qui l'appelait n'était autre que Vidal, abbé de Saint-Antonin de Pamiers, déjà connu par ses interminables démêlés avec le comte de Foix.
. Pamias est une station romaine, témoin le Gastellar et le' cimetière antique d'où l'on retire encore des urnes cinéraires l. Mais le peuple était ibère, comme l'indique le nom de Fredel-Ask, et de Castel M'Askar. Frédélas passa aux Goths, aux Francs, à Charlemagne, et, à la ruine de l'epire carlovingien, revint aux fils d'Asnar, maîtres de ce massif central des Pyrénées, entre l'Aude et l'Adour. Les comtes de Foix occupèrent le Castellar,- avant-poste septentrional de leur puissant donjon pyrénéen. Mais l'abbé de Saint-Antonin réclama le château, la villeetle pays à cinq lieues à la ronde, comme héritage de saint Antonin , prince goth de Frédélas. Voici la légende inventée par les moines.
Au ve siècle, Frédel, prince goth, frère d'Euric, roi de Toulouse, régnait sur ce canton des Pyrénées. Son royaume s'étendait entre le Doctourier à l'est et l'Estrico à l'ouest, depuis le pas de la Barre jusqu'au confluent de l'Ers et de l'Ariège. Frédel eut un fils qu'il nomma Antonin. Le jeune prince, né goth et arien, rejeta sa race, abjura son hérésie et se rendit à Rome, centre de la foi catholique. Il revint la prêcher dans les Gaules et dans sa ville natale de Frédélas. Ses compatriotes, indignés de sa double désertion, le tuèrent comme il allait repasser