Le rîoet. A. Pevrat
comtesse Philippa de Moncade. Maintenant ses tours sont captives, ses murs habités par l'étranger, ses créneaux voilés de deuil et d'effroi. Montfort donna Saverdun à Enguerrand de Boves, baron originaire de Magny dans le Vexin français, et l'un des ancê très du pieux et docte champion calviniste, Philippe de Mornay. Avec Saverdun, Simon prit les bourgs de Cincte-Gabèlle, de Sainte-Suzanne, de Saint- Ibars, et les châteaux de Bonnac, de Canté, de Rodelha, de Dnrfort, de Justiniac, de Massabrac, de Gaillac-Toulza, livrés par les moines de Galers. Il venait en quelques heures d'enlever au comte de Foix, son allié, trois villes et une douzaine de lieues de pays sur la rive gauche de l'Ers. C'est ce qui forma depuis la terre du Maréchal, ou le fief do Gui de Lévis. Pour relier Pamiers, Mirepois et Saverdun et protéger l'abbaye de Saint-Antonin, il établit au centre de la forêt de Bolbone un camp de Teutons : c'est l'origine du village des Allemands. Puis il repartit pour Garcassonne.
Pendant cette surprise furtive et ce démembrement de ses Etats, où donc était le comte de Foix? Où se trouvaient les seigneurs pyrénéens dépossédés, les Bélissen de Mirepois, les Villamur de Saverdun? Le comte Ramon-Roger, se reposant sur le traité de Preixan, était sans doute passé de l'autre côté -des Pyrénées, pour concerter une résistance patriotique avec le roi d'Aragon. La chevalerie du bas comté, refluant vers les montagnes, se massait au Pas de la Barra, qui est la porte de Foix, pour couvrir la métropole politique, et autour de Lavelanet,
pour entourer d'un cercle de lances le sanctuaire de Monségur. Simon n'alla pas les y chercher. Il n'y eût trouvé que des combats. Et jusqu'ici le chef de la croisade n'est occupé qu'à recueillir les villes livrées, défaillantes et désertes, les corps morts.
De retour à Fanjaus, il y trouva des députés des bords du Tarn et de l'Agout qui étaient déjà. venus lui offrir à Castres la soumission de Lombers. Il résolut d'aller prendre possession de ce château, vassal de l'évêque d'Albi et résidence de l'évêqfue cathare de l'Albigeois. C'était une métropole johannite, illustrée par un colloque célèbre, et en- même temps un Pui (podium) ou cime de poésie renommé par ses cours d'amour, les mélodies de ses poètes, et là distinction souveraine de son seigneur, qui n'était autre que le jeune et brillant roi d'Aragon.
La reine de ces jeux chevaleresques était la blonde Aladaïs, femme de Bernard de Boisseson, vavassor de Lombers. C'est elle dont le harpéor Ramon de Miravalosa disputer le cœur au monarque espagnol. Maintenant cette beauté célèbre, fugitive de son poétique manoir, vit errante dans les tours hospitalières d'Hautpoul ou de Cab-Aret, ou dans quelque grotte du pic de Nora1. Lombers avait plus de cinquante chevaliers. La discorde et l'effarement divisaient ces barons. Les uns voulaient défendre le château; c'étaient les Boisseson, partisans du roi; d'autres voulaient le livrer à Montfort; c'étaient les partisans de l'évêque qui étaient allés le lui' offrir à Castres et