‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 59 sur 190 · Vaux-Cernay, XXIV · texte numérisé non relu

Vaux-Cernay, XXIV

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Frédélas, et de toute l'abbaye et de tout le domaine (honor) de cette abbaye, pour l'honneur de Dieu et de saint Antonin et de ses clercs, tant présents que futurs ; je te concède encore le jardin et la treille et moitié de l'île et du moulin de l'Ariège. Pour la garde, défense et munition dudit château, je te cède la moitié des leudes... Et toutes ces choses ci-dessus nommées, nous te les cédons, comte Simon, Seulement durant tes jours1. »

Le chef de la croisade prononça ainsi la formule de l'hommage : « Je, Simon, seigneur de Montfort, comte de Leicester, et, par la grâce de Dieu, vicomte de Béziers et de Garcassonne, pour ma demeure établie dans ce château, je promets mon service à Dieu et à mon seigneur saint Antonin , et à ses clercs, tant présents que futurs, et donnerai annuellement en preuve de vasselage un demi muid de bled purgé, un muid de vin pur, une vache grasse et quatre porcs, ou quatre sols annuellement payés à la fête de saint Antonin. Et que Dieu me soit en aide"2! »

Montfort se releva, et ses compagnons saluèrent de leurs acclamations et du bruit de leurs armures le nouveau conquérant du Castellar et de la ville dn Pamiers. Le chanoine Joan Lenic transcrivit la charte de l'hommage, datée d'un des derniers dimanches de septembre 1209. Elle fut signée, pour le monastère, par Vidal abbé, Gui prieur et Maurisacris-

1, D. Vaisselle, t. IV, p. 457 Pour les formules des comtes de Fois.

2. Ibid ., t. V, p. 573. Serment de S. de Monfort, calqué sur l'hommige de? comtes de Fois, t. IV, p. 457.

tain; pour la ville, par Ramon Siguier, Guilhem de Claret, Ramon et Bernard du Caria, et Arnauld de Campranhan, notables. Ce dernier était l'arbitre des conférences du Castellar qui avaient attiré la croisade et la victoire deMontfort. Compranhan, comme la grenouille de son blason, venait de faire le plongeon dans le marais de sang, et reparaissait salamandre et .crocodile. Pour l'Eglise, par Folquet, évéque de Toulouse et les frères Arnauld et Ricard Poncha (pointe), délégués de l'abbé de Cîteaux. Et pour la croisade enfin, par Simon de Montfort, Bourchard de Marly, son compagnon (commilite) Gui de Lévis, son maréchal, Gui de Lucé, et Simon et Robert de Poissy, chevaliers français.

La bannière de Foix disparut du donjon et à sa place fut arboré le lion de Montfort, dominé par la nef de saint Antonin qui portait à sa poupe le Castellar et à sa proue une colombe.

Ainsi s'accomplit cette menace prophétique, proférée naguère par un missionnaire cistercien contre le comte de Foix : « Comte, tu ne daignes déférer à ton seigneur, le martyr saint Antonin. Sache que de ton vivant tu seras privé de ton droit seigneurial et déshérité de cette ville de Pamiers1. » C'est à partir de ce jour que ce nom, prononcé à îa française, remplacera le nom si doux de Pamias et de Frédélas.

De Pamiers, descendant la rive droite de l'Ariège, Montfort se porta rapidement sur Saverdun, à trois lieues vers le nord. Cette ville appartenait à

t. Pierre de Vaux-Cernay, XLV, p. 130.

l'un des barons les plus accomplis de ce temps, le sage, le vaillant, l'éloquentArnauld de Villamur,dela maison de Marcafaba, alliée à la dynastie comtale; et à ses cousins, Sicard de Durfort et Pons-Adhémar de Rodelha, précepteur chevaleresque de l'infant R.oger-Bernard ; et fils l'un et l'autre de cette illustre Faïs, compagne de la vicomtesse Esclarmonde et tante et amie de Ramon-Roger, comte de Foix. Les seigneurs de Saverdun étaient toujours en querelle avec les abbés de Saint-Antonin à cause des pêcheries de l'Ariège. C'est pour venger l'outrage fait à leur mère que les enfants de Fais avaient naguère tué un moine officiant à l'autel derégliseduCamp,àPamiers. Vidal maintenant, par réprésailles, lançait Mont fortcontre le château de Saverdun; il s'élève sur une haute falaise, au confluent de l'Ariège et de 1,'Ausonne,ruisseauquile sépare de la ville, étendue à ses pieds sur la rive gauche du fleuve écuraant et bruissant1. Montfort se présenta, et Saverdun, livré à. l'ennemi, en l'absence de ses vaillants seigneurs, parla faiblesse de son site, accessible au sud, la débilité de ses murailles de terre entremêlée de galets, l'effarement des citoyens patriotes, et le fanatisme des partisans de la croisade, se rendit. L'heureux Simon mit la main sur le château, la cité et le vaste fief de Saverdun, qui s'étendait dans la plaine au confluent de l'Ariège et de l'Ers, et débordait au sud et au nord sur les coteaux du Podaguez et du Lauragais. Le manoir des Villemur, vingt ans auparavant, avait vu les fêtes nuptiales du comte Ramon-Roger et de la

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