Vers
sion de Cab-Aret. Pierre -Roger les reçut sur le seuil de son manoir, et leur remit les clefs de ses tours. Montfort confirma toutes les promesses de Bouchard, mit une forte garnison dans la forteresse, et son lion enfonça ses puissantes • griffes sur les trois cornes crénelées du Bélier de la Montagne-Noire. — Ainsi fut conquis Cab-Aret, et, dit le poète, « ce fut par grand miracle, car il eût résisté au monde entier ; mais pas de château qui tienne contre l'ost du Christ1. »
Ainsi Montfort se trouva maître des trois forteresses, gardiennes avancées de Carcassonne. Elles ne furent pas vaincues par les hommes, mais par la nature et un pouvoir surnaturel : Ménerbe par la canicule, Termès par l'équinoxe, Cab-Aret par une terreur panique, incarnée dans la Vierge, patronne de la croisade. Marie, Vénus pour les troubadours, était devenue pour les croisés une sorte de Minerve- Poliorcète.
Pierre-Roger rendit son château vide. Que devinrent les évoques albigeois, les troubadours patriotes, les chevaliers insoumis? Ils montèrent vers les cimes de la Montagne-Noire ; ils s'établirent dans les terres des martyrs, dans la forêt des Ramondens, dans les grottes de marbre des sources de l'Orbiel. Le centre de ces campements fut le château d'Hautpoul, sur le versant septentrional. Son principal seigneur, de la maison de Saissac, prit fièrement le titre de roi de V Hautpoidlois*.
i. G. de Tudelle, Stroph. LXIV. — Chronique romane. — Dom Vaissette, t. V, pr. I, p. 476.