CHAPITRE VII
Lavaur. — Siège de Lavaur. — Les seigneurs de Lavaur. — Troubles dans Toulouse. — L'évêque et les pèlerins de Toulouse vont joindre Montfurt. — Les pèlerins allemands sabres par le comte de Foix.
Mont fort, maître des trois grandes forteresses de montagne, résolut d'assiéger l'importante place de Lavaur. Lavaur, comme son nom l'indique, est sur une colline (la Baour), baignée par l'Agout, non loin de son confluent avec le Tarn. Ses murailles avaient été défendues, trente ans auparavant, par la vaillante vicomtesse Aladaïs, contre les hordes dévastatrices du cardinal d'Albano. Ses seigneurs étaient restés fidèles aux Trencabel. Malheureusement le châtelain venait de périr, probablement dans quelque combat, laissant enceinte sa jeune femme, nommée Géralda l>.
Dona Géralda de Lavaur était de la noble et puissante maison de Laurac-le-Grand. C'est Sicard de Laurac, son père, qui, voyant les missionnaires de Cîteaux entrer dans ses murs en les exorcisant par le
i. Giraude, Guiraude, Géralda.
signe de la croix, répondit : « Que je ne sois jamais sauvé par ce signe-là! » Blanca, sa mère, menait la vie solitaire des Parfaits; Mabilia, sa sœur, était vierge -diaconesse couronnée; Esclarmonde , son autre sœur,, non moins fervente, mais plus virile, avait épousé Guilhem d'Aniort, de la maison d'Impéria, puissante dans la Cerdagne; enfin, Amène, son frère, était seigneur de Montréal, et le compagnon d'amour et de guerre de Richard Gœur-de-Lion et de Pierre II, roi d'Aragon. Améric et Géralda allaient recevoir ensemble l'a double palme de la gloire et du martyre. Dona Géralda était renommée par son hospitalité. Nul rne prit congé d'elle sans avoir été convié, dit un poète qui, malgré son hostilité d'alors, avait peut-être reçu cet accueil patriarcal. Son cœur, son palais, sa ville, étaient ouverts aux infortunés. Lavaur était rempli de troubadours errants, de chevaliers déshérités, de cathares échappés à la mort. Lavaur, comme autrefois Laurac, était un centre du catharisme. Un chef manquait à ces proscrits. Ce chef accourut; c'était Améric de Laurac et de Montréal.
Améric avait traité avec Montfort. Simon lui avait donné un domaine obscur, mais il lui avait ravi ses deux fiefs paternels, Laurac et Montréal. Son vieux père, sa mère, sa sœur, étaient errants et sans abri. Il apprend que Simon menace Lavaur. Il rompt son hommage et vole au secours de sa sœur, veuve, et mère d'orphelins et de proscrits. Il s'enferme dans ses murailles pour défendre sa sœur, son peuple, sa patrie terrestre et céleste. Le troubadour, sympathique quoique ennemi, en parle magnifique-
ment : // n'y avait point dans le Toulousain, ni dans tout le comté, chevalier plus preux ni plus largement libéral. Que ne va-t-il pas faire dans Lamur!... Car forte est la ville. Nul n'en vit de plus forte, munie de plus hauts remparts et de fossés plus profonds. Et dedans sont maints chevaliers gentiment armés, et don Améric. Les croisés ne la prendront pas, si elle se défend bien et si elle est secondée par le comte Ramon*.
Lavaur est situé dans le Toulousain, et cependant se trouve dans la mouvance de Carcassonne. Il faisait probablement partie de la dot de la vicomtesse Aladaïs. Ramon se regarda comme attaqué directement par Montfort. Il envoya son sénéchal Ramon de Récaud s'enfermer dans Lavaur, se réservant de contrarier du dehors les croisés. Montfort avait trop peu de monde pour envelopper la place. Il dut se contenter d'une seule attaque, bien qu'un autre corps simulât ailleurs un autre assaut. Les deux osts ne pouvaient s'entre-secourir, étant séparés par l'Agout. Améric fit d'abord une sortie, enleva un chevalier dans le combat, combattit la construction des calabres et mit en danger les deux camps isolés de Montfort. Mais bientôt arrivèrent de France une multitude de pèlerins, conduits par les ôvêques de Bayeux et de Lisieux, et Pierre de Courtenai, comte d'Auxerre. Alors Simon put investir entière-, ment la ville, et les deux osts communiquèrent par un pont de bois jeté sur l'Agout. Pierre de Courtenai était parent du comte de Toulouse. Ramon espéra
i. G. de Tudelle, srtr. LXVM.
histoire Des albigeois 207 que, par la médiation de ce prince, Montfort se désisterait d'assiéger Lavaur. Il se rendit au camp des croisés. Mais l'entrevue n'amena que des altercations violentes, et les deux comtes se séparèrent plus irrités que jamais. Ramon ne voulait pas accepter la paix de V Eglise, c'est-à-dire remettre ses terres au légat et à Montfort. Il rentra dans Toulouse et défendit qu'on portât des vivres au camp catholique de Lavaur.
Toulouse était en feu; deux partis s'y combattaient : la ville et le bourg, le comte et l'évêque les blancs et les noirs. Les noirs étaient les hérétiques partisans du comte ; les blancs étaient les cathoîiques, champions immaculés de l'évêque. Foulques avait institué une confrérie. Il les marqua de la croix et les gratifia des indulgences de la croisade. Il leur fit prêter serment de fidélité à l'Église, et leur donna pour chefs deux bourgeois et deux chevaliers deux frères, Arnauld et Améric de Gastelnau, ce dernier surnommé Goffa. Ces quatre prévôts se formèrent en tribunal. Ils citèrent à leur barre les hérétiques et les usuriers. Ils payaient leurs dettes par le fer et le feu. Ils pillaient et incendiaient les mai» sons des contumaces. Leur terrorisme dura jusqu'à ce que les citoyens du bourg formassent la confrérie patriote et noire qui attaqua les pillards et les assassins. Leurs combats ensanglantèrent les rues et les places de Toulouse. Les blancs, probablement battus, voulurent se rendre au siège de Lavaur Le comte leur défendit de sortir des murs; mais ilsVé-