M. Drapeyron. Journal des Savants
PRÉLIMINAIRES
Slave Ziska. C'est de ce grand vieillard, à la fois polémarque et prophète, qu'ils s'appelèrent pabliciens ou pauliciens. Ces montagnards soutinrent de longues et sanglantes guerres contre l'empire d'Orient. Ils restèrent vainqueurs et leurs chefs armés montèrent sur le trône impérial. Léon l'Isaurien et Léon l'Arménien tentèrent une réformation de l'idolâtrie byzantine1. Ils appelèrent les pauliciens du Caucase et du Taurus. C'est la révolution iconoclaste. Ils ne touchèrent pas au dogme de Nicée. Le bronze et la pierre étaient la liturgie du siècle. Les patriarches de Rome et de Constantinople se déclarèrent pour cet olympe. Ils ariathématisèrent les généreux Césars et flétrirent Constantin du surnom de Copronyme, sans doute parce qu'il avait voulu nettoyer les étables de leur Panthéon. Les pauliciens proscrits se réfugièrent en Sicile et sur le Rhodope. Par le Danube et l'Adriatique, ils envahirent l'Occident. Toulouse devint leur métropole. Après Constantinople, ils venaient réformer Rome.
Mais peut-être l'albigéisme a-t-il trouvé sur le sol aquitain de vieilles semences de manichéisme antérieures à Marcos et à Pablos. Il faudrait savoir d'abord si Manès était manichéen. Pour cette question, nous renvoyons au savant Beausobre. Disons seulement que la Perse a toujours été mystique, et qu'elle a modifié dans ce sens le christianisme d'abord, etpuis le mahométisme. Que les surnoms de Curbicus, en sy-
î. Paparrigopoulo, Hist, de la civilis. Hellen. IV, 182.
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riaque Manachem , en grec Manichée, expriment son apostolat oriental , et qu'ils signifient l'Envoyé du Mani ou de l'Esprit1, L'Esprit un, unique, universel est le Dieu de Manès. D'où Manès aurait-il tiré son dualisme absolu ? Ce n'est pas de l'Inde panthéistique, ni de Zoroastre, ni de Moïse, ni de Platon, ni de Plotin. Or, Manès est alexandrin, le plus grand des alexandrins, une sorte d'Alexandre asiatique tentant la fusion, la synthèse de l'Orient et de l'Occident. Au siècle de Manès, l'esprit humain, après quatre mille ans, sorti de l'Unité, rentre dans l'Unité. Ilav Ev!
Quoi qu'il en soit, l'albigéisme est donc un rameau de l'Église de Mani ou du Paraclet. Marc de Memphis et Pablos d'Arménie ne sont point disciples de Manès. Ils sont pourtant congénères du grand hérésiarque chaldéen. Leur fonds commun est panthéistique. Ils sont de grande race et tiennent, l'alexandrin à la plus transcendante théosophie du monde grec, l'Asiatique aux plus vastes synthèses religieuses du monde indien. Ils ont dépouillé leur costume oriental, la robe étoilée, le nimbe zodiacal. Ils sont réformés et réformateurs. Pablos revêt la cuirasse et le casque, et va produire la merveilleuse chevalerie du Paraclet.
Toulouse est la ville sainte, et cependant la cité mundine^ ne donnera pas son nom au catharisme
1. Mani, en Zend, Mens, spiritus, de là Manès, Manichée Mani e^t». Manès est une figure à refaire.