‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 100 sur 292 · Mabillon, Analecta · texte numérisé non relu

Mabillon, Analecta

mônes et buvaient du vin, même dans leurs agapes, en quoi ils différaient des cathares d'Orient. Remarquons la simultanéité de l'hérésie et de la poésie dans le Périgord. Pons était contemporain d'Arnauld d'Aniel, et Arnauld fut le maître de Bertran de Born et de Richard Cœur de Lion. La poésie, échappée aux psallettes et antiphones de saint Ambroise ou de saint Grégoire, était populaire comme l'hérésie; elle était l'aile harmonieuse de cet ange.

Toulouse était donc la métropole mundine. Elle n'eut pourtant pas l'honneur de donner son nom populaire à la réforme d'Occident. Cette gloire inattendue revient à une bourgade obscure, Albi, Albiga. Son nom dérive d'Alba, mot ibère qui signifie eau. Aquitania est donc la traduction latine parfaitement exacte d'Albigésium, l'Albigès, et les Albigeois sont proprement les Aquitains. Les Romains, qui avaient si bien traduit le nom d'Albi, trouvèrent apparemment plus beau de le faire dériver de l'Aurore. Ils lui consacrèrent un temple d'Apollon. C'était probablement l'ancien sanctuaire d'Abellion, le Baal ibère, De sorte que déjà, sous le paganisme, les Albigenses semblent avoir pratiqué le rite de la purification, le double baptême de l'eau et du feu. Devenus chrétiens, les Albigeois se divisèrent, selon qu'ils adorèrent le Verbe incarné, ou l'Esprit, V amour incorporel. Il y eut des Albigeois léonistes ou d'Occident et des Albigeois calharistes ou d'Orient; les disciples de saint Paul et de saint Jean distincts, mais ligués contre la domination de saint Pierre,

c'est-à-dire de l'Eglise impériale ou théocratique de Rome. Les dissidents représentaient le génie national, l'indépendance mal domptée des Cantabres. Le catholicisme correspondait à l'impérium latin, au césarisme olympien.

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