‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 120 sur 292 · Raynouard. Villemain · texte numérisé non relu

Raynouard. Villemain

moyen âge, car quel autre paganisme pouvait-il rencontrer dans le Périgord ? Ce pamphet destiné au peuple est, en même temps qu'une déclaration de guerre, un symbole doctrinal, par lequel le disciple de Pons adhère à l'église de Nicétas. Abjurer le latin pour le roman, la langue cléricale pour l'idiome populaire, c'était alors abjurer la foi romaine pour la foi cathare, et la cause nationale hostile à Rome.

Mais d'Aniel fut entraîné dans l'albigisme par un docteur bien plus persuasif que Pons, l'hérésiarque de la Dordogne. Il le trouva à cette fontaine où Pierre Vidal avait rencontré l'amour, et c'était le même chevalier, alors troubadour, aujourd'hui théologien. Arnauld était venu à Toulouse, à la cour deRamonV; il s'énamoura de dona Bonavillaria, beauté célèbre de Gascogne, femme de Guilhem de Bonvillar. Or nous savons que Guilhem et Guilhabert de Bonvillar étaient deux membres du synode de Caraman, deux auxiliaires de Nicétas. Arnauld donc était, avec la dame de son coeur et de ses mélodies, de la suite de ce patriarche grec. Bonavillaria réunissait sur son front deux auréoles, le nimbe de piété mystique et le rayon de poésie sentimentale. Nous savons que sa vertu était sans tache, et le poète lui-même a soin de nous avertir mélancoliquement que son cœur est un fief sans redevance, un franc alleu du pur amour. Cette châtelaine était une acolyte d'Esclarmonde de Foix, vicomtesse de Gimoez, présidente de la cour d'amour célèbre de Sélio, et plus tard archidiaconesse des cathares pyré-

néens. Le grand maître d'amour compléta l'empereur d'amour et la papesse d'amour. Ramon V, Esclarmonde et d'Aniel, formaient le faisceau suprême de ce monde d'amour1.

Les troubadours suivirent leur grand maître; toutefois il faut en convenir, le johannisme était trop épuré pour ces légers ménestrels; il ne leur fallait qu'un catharisme mitigé, une mysticité de cour d'amour, une perfection compatible avec leurs fêtes chevaleresques. Pour plasieurs ce fut un albigisme de libre croyant, d'indépendance du citoyen, d'opposition nationale à Rome. En général ils se tenaient dans la ligne politique et religieuse de Ramon V. D'Aniel fut le Nicétas de cet albigisme poétique et mondain. C'est une grande gloire pour le Périgord d'avoir eu pour maître de son école poétique Arnauld d'Aniel, qui le devint de tous les Pâmasses aquitains, et pour élèves Bertran de Born et Richard Coeur de Lion; Bertran le tribun, libérateur des peuples romans, et Richard qui semblait devoir être l'ange exterminateur des Croisades de France et de Rome. Un regard mystique de Bonavillaria faillit changer l'avenir du monde.

Richard avait à peine dix ans; Bertran n'en avait pas vingt; ils ne virent probablement pas Nicétas. Mais l'épiscope bulgare put parfaitement rencontrer le docte d'Aniel et l'héroïque Marcabrus chez leurs patrons, les Bonvillars. Quoiqu'il en soit, Nicétas fit trois grandes choses au synode de Caraman. Il

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