‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 130 sur 292 · Roger de. Hoveden, ibid · texte numérisé non relu

Roger de. Hoveden, ibid

Saint-Étienne. Ramondi et Baimiac, les parfaits et les -chevaliers cathares, comparurent bravement. Le comte était comme le juge du tournoi. Le peuple s'agitait au dehors semblables aux flots de la mer. Les docteurs johannites exposèrent leur doctrine en langue vulgaire. Le légat n'entendait pas le roman; mais les Albigeois ne comprenaient pas le latin; il fallut se contenter de l'idiome populaire, si étrange que parut une théologie faite dans une langue non scolastique ; mais il était plus absurde encore que le catharisme, renaissance religieuse, enfermât l'Esprit vivant, le Verbe qui est Dieu, dans le cadavre d'une langue morte. Les Albigeois l'emportèrent, ils exposèrent en roman leur croyance, et leur profession parut orthodoxe : Unité de Dieu, pouvoir consécrateur du prêtre, transubstantiation du pain et du vin, salut par le baptême, sainteté du mariage, enfin tout le symbole romain. Les évêques approuvèrent. De la cathédrale on se rendit dans l'église de Saint- Jacques/ vieux temple payen, aux colonnes de marbre noir, coiffées d'un chapiteau de feuilles d'olivier, non loin de la Daurade. Ces symboles de paix virent éclater la guerre. Baimiac et Ramondi renouvelèrent leur lecture devant le peuple. Ghrysogone restait défiant ; il dit aux docteurs cathares : — Ce que vous confessez de bouche, le croyez- vous de cœur? — Certainement, répondirent-ils, c'est notre foi; nous n'en avons jamais enseigné d'autre. Le comte les démentit. Des prêtres et des séculiers prétendirent qu'ils enseignaient les deux principes; deux dieux, l'un bon et créateur des choses invisibles; l'autre, mauvais et formateur des choses visibles. On les avait

entendus parler contre le pouvoir consécrateur du prêtre indigne, contre la vertu du baptême, la sainteté du mariage et les autres sacrements. — C'est faux, répondirent les bonshommes! — Eh bien ! reprit le légat, jurez-le !... Les cathares refusèrent; on eut beau leur remontrer que l'Évangile autorise le serment, ils persistèrent dans leur refus. Alors le cardinal irrité. « Vous êtes hérétiques ! Renoncez à vos erreurs. Faites-vous, relever de l'excommunication du Saint-Père et des évêques!... » Us restèrent inébranlables. « Eh bien ! s'écrièrent les prélats d'une voix tonnante, nous vous déclarons excommuniés! Et les cierges étant éteints, ils procédèrent à la lugubre solennité de l'anathème dans les ombres de la noire basilique où leurs maranathas roulaient comme dans les profondeurs du sépulcre et de l'enfer. Cet acte mit fin à la mission du cardinal de Saint-Crysogone 4. Tout ce récit est frauduleux. Gomment le patriarche d'Aquitaine eut-il renié son symbole cathare et confessé le symbole romain? Gomment eut-il reconnu dans l'eucharistie le corps qu'il ne reconnaissait pas dans le Christ? Comment pouvait-il admettre le pouvoir transubstantiateur quand rien n'est au delà de la substance? Quel grossier et impudent faussaire!

Ramon V dut s'engager à ne pas protéger les hérétiques. Le légat et le comte respectèrent pourtant le sauf-conduit. Ramondi et Baimiac sortirent de Toulouse et se réfugièrent sur les terres du

Page 1