Troub. manuscrits
s'embarqua également. En montant sur son vaisseau, il faisait retentir ce noble chant. « Notre Seigneur nous ordonne à tous d'aller reconquérir le saint sépulcre et la croix. Que celui-là donc qui veut être en sa compagnie et vivre à jamais dans le ciel, meure ici pour lui ; qu'il fasse tous ses efforts pour passer la mer et exterminer la race des infidèles. » Pierre Cardinal est encore plus solennel. « Des quatre extrémités de la croix, Tune se dresse vers le firmament, l'autre plonge en bas vers l'abîme; une troisième regarde l'orient, et la quatrième l'occident. La croix marque ainsi que le pouvoir du Christ s'étend à toutes les parties de l'univers. La croix est Ja vraie bannière du roi dont relève tout ce qui est. Certes ce fut une grande merveille que l'arbre où la mort était née nous portât de nouveau vie et pardon. Tout homme qui voudra l'y chercher trouvera sur la croix le vrai fruit de l'arbre de la science. Ce fruit si beau, ce fruit si doux, nous sommes tous invités à le cueillir amoureusement : cueillons-le donc tandis que la saison dure ; or, prendre la croix c'est le cueillir1. »
Les deux monarques allèrent enfin prendre la croix à Vézelai. Mais Ramon V ne les suivit pas et l'infant de Toulouse n'imita pas son aïeul ni son bisaïeul. Les troubadours chevaleresques accompagnèrent les princes. Mais les troubadours patriotes et politiques, Bertran de Born, Pierre Cardinal, restèrent en Occident. La belle et blonde dame qui