Dom Vaïssette. — Du Mège
purias, de Cerdagne et de Bezalu; et sur le revers septentrional, le Gévaudan, la vicomté de Garlad, dans le Rouergue, et revendiquait la suzeraineté, au moins partielle, de Foix et de Garcassonne. Elle possédait encore en deçà des monts, le Roussillon, et bientôt par l'adjonction de Montpellier, son pouvoir allait s'étendre, sans interruption, depuis les bouches de l'Èbre jusqu'à l'embouchure du Var. Bientôt s'étendant encore le long des mers, à Test en Sicile, à l'ouest à Valence et aux îles Baléares, l'Aragon allait envelopper de ses longs bras, tel qu'un immense dragon des vagues,, tout le bassin occidental de la Méditerranée. Les comtes de Toulouse, seigneurs du Vivarais, s'adjoignaient par un mariage le Dauphiné, jetaient un de leurs rameaux par les sires de Comborn, dans le Limousin, et prolongeaient leurs alliances dans la Marche et l'Anjou. Il eût donc suffi de la fusion des deux maisons de Toulouse et de Barcelone, pour réunir sous un seul sceptre toutes les provinces de la langue d'Oc, et faire une troisième fois des Pyrénées le cœur d'un immense empire ibéro-roman4.
Les princes méridionaux, depuis longtemps indépendants, n'avaient point concouru à l'élection de Hugues Capet. Mais à peine sur le trône, le comte de Paris passa la Loire pour réaliser sur la rive gauche du fleuve des prétentions chimériques qu'il fondait sur les droits des enfants de Charlemagne. Quand le roi de Paris demanda au comte Adalber de Périgord : Qui fa fait comte ? ce comte répon-
de Zurita. — Hist. Gomit.
dit fièrement : Qui fa fait rozTAdalbert était l'organe de tous les princes aquitains. Les efforts de Hugues Gapet et de ses premiers successeurs aboutirent à peine à l'établissement de leur domination incertaine sur les cités de la Loire, et sur les landes du Berry. La Creuse devint la Marche ou frontière de France. Mais Louis VII fit un pas immense vers le sud par son mariage avec Éléonore de Poitiers, héritière du duché d'Aquitaine. La répudiation impolitique de cette reine dissipa le danger pour les peuples romans. Il renaquit bientôt par son second mariage avec Henri Plantagenet, comte d'Anjou, duc de Normandie, roi d'Angleterre. C'était comme un Aragon occidental ; le serpent océanien qui du golfe cantabre déroulait ses anneaux jusqu'à l'Irlande ; cette Orca fabuleuse des poètes qui enveloppe le monde et cache sa tête sous le pôle. Au delà de la Loire régnait le lion de France. Le Midi ne put désormais être en repos qu'en attisant la rivalité des deux monarques du Nord qui, grâce à l'unité, à la hiérarchie féodale et à la barbarie guerrière, étaient plus puissants que les princes romans dont l'organisation fédérative, les libertés municipales et la civilisation plus avancée faisaient la faiblesse et la gloire. C'est ainsi que la Brebis de Toulouse se trouvait cernée par un lion et deux' dragons.