‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 15 sur 292 · Eude, duc ou roi d'Aquitaine · texte numérisé non relu

Eude, duc ou roi d'Aquitaine

race et la terre rattachent de concert sa filiation ibéro-teutonne aux souches antiques de Goaifer et d'Alaric. Les descendants d'Ursio avaient progressivement réuni tout le territoire limité par les Alpes, la Durance, la Dordogne, les Pyrénées jusqu'aux landes de Gascogne, dont les forêts de pins le séparaient de l'Océan. Ramon de Saint-Gélis ou Gili, son quatorzième successeur, s'allia par ses divers mariages aux maisons régnantes de Provence, de Sicile et de Castille, qu'il égalait en puissance. Guerrier valeureux et politique habile, il fut le chef d'une de ces armées de pèlerins qui, après le concile de Clermont, marchèrent à la délivrance du Saint-Sépulcre. Il disputa à Godefroi de Bouillon la couronne de Jérusalem, et fonda en Orient, où il avait fait vœu de mourir, la principauté de Tripoli, sur les racines du Liban. Ses deux fils se partagèrent l'héritage paternel. Bertran, né dans la Gaule, alla régner en Orient, et Alphonse, né en Orient, vint régner dans la Gaule. Ce prince qui portait les titres de comte de Toulouse, marquis de Provence, duc de Narbonne, était reconnu pour suzerain par les puissants comtes et vicomtes de Garcassonne, de Montpellier, de Narbonne, de Foix, de Gommenge et même de Béarn, bien que ce dernier prétendît ne relever que de Dieu. Les quatre comtes qui remplissent le xne siècle représentent chacun un principe, un progrès social. Ramon IV personnifie l'héroïsme et la gloire chevaleresque ; Alphonse, la liberté communale et l'autorité consulaire unie au pouvoir féodal; Ramon V, la poésie et les arts dont son règne fut l'âge d'or; Ramon VI, la liberté religieuse, la so-

ciabilité, le commerce auquel il donnera un centre dans Beaucaire, ce bazar de l'Occident l.

Tel était le puissant prince qui régnait sur le versant septentrional des Pyrénées. Le versant méridional relevait de la maison d'Aragon , dont les origines se perdent dans la nuit des antiquités cantabres. Inigo-Arista, comte de Bigorre, issu probablement de Loup, Jaouna des Basques, le vainqueur de Roland à Roncevaux, est le huitième aïeul de Sanche le Grand, qui partagea son royaume entre ses trois fils, et fut la souche commune des rois de Castille, de Navarre et d'Aragon. L'infante Peyronella, héritière de Ramiro II, dit le Moine, transféra le royaume d'Aragon dans la maison de Barcelone, par son mariage avec Ramon, petit-fils de Ramon-Bérenger Ier. Ramon-Bérenger II, comte de Barcelone, et Alfonse-Jourdan, comte de Toulouse, le premier du chef de sa femme Dulça, le second comme héritier d'Emma, son aïeule, deux infantes de la maison de Provence, se partagèrent cette province, divisée par la Durance. Alphonse eut le nord,, Bérenger le midi et chacun une moitié d'Avignon. Ces comtes de Provence, de Toulouse, de Barcelone, ennemis des Francs, étaient vraisemblablement, comme leur nom l'indique, d'origine ibéro-gothe, et leurs domaines étaient mêlés comme les races et les génies de leurs peuples. Outre l'Aragon et la Catalogne, la maison de Barcelone, à cheval sur les Pyrénées, réunissait sous son sceptre, sur le versant méridional, les comtés d'Urgel, d'Lm-

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