‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 160 sur 292 · Rog. de Hov. — Rod. Cogghs — Marten · texte numérisé non relu

Rog. de Hov. — Rod. Cogghs — Marten

Le roi Richard, malgré la trêve conclue avec Saladin, laissait l'Orient latin dans un grand désarroi. Sans monarque à leur tête, ces peuples se regardaient comme des troupeaux sans pasteur et voués à la bête féroce. Les troubadours se hâtèrent de suivre leur héros en Aquitaine. De ce nombre fut le vaillant et gracieux harpéor Peyrol. Voici ses adieux à la Palestine, où il déplore la mort des grands chefs de l'expédition.

« J'ai vu le fleuve Jourdain ; j'ai vu le sépulcre, et je vous rends grâce, vrai Dieu, Seigneur des seigneurs, de m'avoir montré la sainte terre où vous naquîtes. Cette vue a rempli mon âme de contentement !

« Je ne demande plus maintenant que bonne mer, bon vent, bon navire et bon pilote, pour retourner vite à Marseille. De là je ferai mes adieux à Sur, à Saint- Jean-d' Acre et à Tripoli, à l'Hospice, au Temple et à la mer de Roland (golfe de Lion).

« Le vaillant roi Richard a été chétivement remplacé ici. Et voilà que la France a perdu le bon roi des fleurs de lis, le bon seigneur qu'elles avaient naguère. L'Espagne avait de même un roi brave qu'elle n'a plus. Le Montferrat pleure encore son marquis (Conrad), et l'empire son vaillant empereur (Barberousse). Et je ne sais comment vont se conduire leurs successeurs !

« Beau Seigneur Dieu, si vous suiviez mes conseils, vous regarderiez bien qui vous faites empereur, qui vous faites roi, à qui vous donnez terres et châteaux. Dès qu'ils sont en pouvoir, les hommes ne font plus cas de Vous, et j'ai vu l'empereur faire, dans un

autre temps, maints serments qu'il fausse aujourd'hui !

« Empereur! à Damiette ! Damiette vous attend. La Tour blanche pleure nuit et jour et redemande votre aigle, qu'un vautour a chassé. Bien couard est l'aigle qnî se laisse battre par un vautour. La gloire acquise par le Soudan est une honte pour vous, et votre honte à part, c'est un mal pour nous, c'est un dommage pour notre loi ! » 1

L'accent de Peyrol est triste, mais sensible et religieux. Le ton de Pierre Vidal est âpre et frondeur. Il est mécontent du pape et de l'hérésie, du roi de France et de l'empereur d'Allemagne. Il se plaint de l'état de l'Église, et il en accuse le pontife et le clergé latin ; et remarquons qu'à ses yeux la sainte Église ne se compose pas seulement du Vatican et des évêques, mais de tout le peuple chrétien. Mais écoutons le troubadour.

« Le pape et les faux docteurs ont mis la sainte Église en telle détresse que Dieu lui-même s'en courrouce ; grâce à leurs péchés et à leurs folies, les hérétiques se sont ' levés, car, quand ils donnent l'exemple du mal, il est difficile de trouver quelqu'un qui s'en abstienne.

« Et c'est de France que vient tout le désastre ; de France autrefois la terre des preux ; mais cette terre a maintenant un roi qui manque à la gloire et à Dieu, un roi qui a délaissé le saint sépulcre, un roi qui achète, vend et tient marché comme un serf

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