CHAPITRE PREMIER
Innocent III. — Ramon VI, comte de Toulouse. — Pierre II, roi d'Aragon. — Guilhem VIII, comte de Montpellier. — Débuts du règne d'Innocent III.
Innocent III venait de monter surle trône pontifical. Il avait trente-sept ans; il s'appelait Lothaire, delà maison de Gonti. Il était de race hernique, patricien romain, et légiste sorti des écoles de Bologne et de Paris. Il portait dans ses armes l'aigle lançant la foudre sur le monde, symbole de son génie et de sa race qui produira neuf pontifes, neuf pontifes de guerre et de proie. Innocent accepte les théories gigantesques, surhumaines de Grégoire VII. Bien plus, il les exécute avec une rectitude inflexible, avec la majesté tranquille d'un olympien. Innocent montre
au -monde la figure formidable, non du Christ dont il se prétend le vicaire, mais de Jupiter même, assis le tonnerre à la main sur les nuées du Gapitole. Sa face ne respire pas l'audace et la domination comme celle de Grégoire VII. C'est une tête fine, grêle, nerveuse, impassible, aquiline et romaine, une tête de César ou du Destin. Joachim de Flore dirait de l'Anti-Christ1.
Le Vatican était alors un Capitole sacerdotal, le plus haut sommet de l'univers. Le xne siècle, époque de renaissance universelle, expirait quand il s'assit sur le siège de Rome (1198). De ce siège, posé audessus des trônes des rois, le pontife-Dieu parcourut d'un regard la ville et le monde. Il vit avec colère, avec etfroi , les progrès, non pas du panthéisme scolastique d'Amaury de Chartres ou de David de Dinant, mais duléonismedeValdoet ducatharismede Nicétas. Le léonisme, l'Église de saint Paul, niant l'ordre sacerdotal, rejetant la suprématie de saint Pierre. Le catharisme, l'Église de saint Jean, opposant hiérarchie à hiérarchie, et à la religion de l'Homme la religion du Paraclet. L'un et l'autre substituant aux œuvres la foi, au prêtre l'Évangile, au Livre l'Esprit éternel. Le premier éclatant impétueusement dans les cités, avec les foules et les institutions républicaines; le second s'infiitrant lentement, silencieusement dans les châteaux et les cabanes, parmi les classes rustiques et chevaleresques. L'un et l'autre partout mêlés, quoique antipathiques, mais d'accord