‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 195 sur 292 · Anuo 1200, Test, de Jordan, VI · texte numérisé non relu

Anuo 1200, Test, de Jordan, VI

guant sur l'Adriatique, ses larmes tombaient dans la mer. Cette croisade contre les Grecs présageait la croisade contre les Albigeois. Les princes romans le pressentaient; ils ne remuèrent pas, malgré les excitations et les menaces d'Innocent III. Ils voyaient bien que le champ de bataille n'était plus en Palestine, mais en Aquitaine, et que l'on allait combattre non pour un sépulcre vide, mais pour la cité même de Dieu. C'est ainsi qu'Esclarmonde vit apparaître à la fois sur l'horizon ses deux grands adversaires, Dominique et Simon de Montfort.

Esclarmonde traversa Toulouse. Elle vit le comte, cousin de son mari. Ramon VI était aux prises avec le légat pontifical. Toulouse était bouleversée, après la mort de l'évêque Fulcrand, par la compétition de Ramon- Arnauld, évêque de Commenges, et de Ramon de Rabastens, archidiacre d'Agen, et ami du comte, qui resta le maître du siège épiscopal. Esclarmonde, outre Ramon VI, vit les princes méridionaux, soit réunis aux fêtes nuptiales de Muret, autour du roi d'Aragon, soit échelonnés sur sa route, et venus pour lui faire honneur comme les consulaires romains, à la rencontre de Mélanie ou deMarcella1. Elle remonta la rive gauche de la Garonne, et trouva tour à tour les vaillants seigneurs de Noer, de Montaut, de Marcafaba, son beau-frère, les épées futures de la guerre romane. A Cazères l'attendait son cousin, le puissant comte de Commenges. Là son cheval foulait les ruines de Caligurris, berceau

1, Saint Paulin de Noie.

de Vigilance. Elle entra dans la vallée ravissante du Salât, pleine des disciples de Félix d'Urgel, et fut reçue à Saint-Lizier par sa sœur Cécile, vicomtesse de Gonserans, patronne du valdisme pyrénéen. Les deux princesses, gagnant à Test Saint-Girons et la vallée de l'Arget, aperçurent bientôt, au confluent de l'Ariège, sur sa roche inexpugnable, leur paternel et glorieux donjon de Foix.

Un grand événement venait d'attrister le manoir comtal. Arnauld, vicomte de Gastelbon et d'Andorre, irrité du voisinage agressif d'Armengaud, comte d'Urgel, s'appuyait au puissant comte de Foix. Les deux princes, fils d'Asnar, renforcèrent leur alliance politique par le mariage de leurs enfants. Arnaukl, resté veuf, avec une fille unique, conduisit la jeune infante à Tarascon , et là , Ermessinde de Gastelbon fut unie au jeune Roger-Bernard , infant de Foix. La princesse eut pour dot les biens maternels, la comterie de Gaboed, la vicomté de Castelbon et la république d'Andorre. Arnauld ne se réserva que la jouissance de son château et de ses terres de Castelbon dont la tour aérienne s'élève sur l'arête qui sépare les vallées de la Noguéra et de la Balira. Le comte Ramon- Roger donna à son fils Lordat, Ax, Mérens, jusqu'aux cimes de neige des Pyrénées. Il leur assura, et à leurs descendants, le comté de Foix, et leur accorda même, comme un jouet, le titre honorifique de comte et de comtesse. Après cela, le jeune infant, à peine âgé de douze ans, conduisit sa blonde fiancée, qui peut-être n'en avait que dix, dans les tours de Foix, où les troubadours célébrèrent ces noces virginales dont les grâces enfantines recelaient la

guerre et la mort. Le comte d'Urgel, qui probablement voulait la petite infante pour un de ses fils, apprend ce mariage secret qui lui enlevait ces territoires convoités. Furieux, il s'élance, comme pour les arracher à son rival, sur Andorre et Castelbon. Le comte de Foix passe les monts, malgré l'hiver, joint le vicomte Arnauld, livre bataille sur les bords de la Noguéra (26 février 1203); mais il fut vaincu et resta prisonnier avec ce prince catalan, cinquante chevaliers et cinq cents fantassins. L'heureux Armengaud ramena cette grande proie dans les tours d'Urgel. La Séo d'Urgel , illustrée par les deux grands évêques Félix et Claude de Turin, est une capitale de pâtres, assise au confluent de la Balira et de la Sègre, sous la garde de sept forts qui hérissent au nord les pics pyrénéens. Le comte de Foix éprouva le sort de son modèle Richard Cœur de Lion. Il resta plus de trois ans captif dans son donjon. Poète, comme le monarque anglais, il charma les ennuis de sa captivité des sons de sa mandoline cantabre. Esclarmonde arrivait pour gouverner la comté en son absence. Elle ne s'arrêta que quelques jours dans les tours de Foix, et descendant la rive droite de l'Ariège, vint s'installer au Castellar de Pamiers1.

1. Fixons l'âge de Roger-Bernard. Le comte Ramon-Roger épousa Philippa de Moncade en 1188. Roger-Bernard dut naître l'année suivante, 1189. Il avait un an quand son père partit pour la terre sainte, 1190. Douze ans quand il épousa Ermessinde de Castelbon, 1202. Vingt ans quand commença la Croisade, 1209. Trente-deux ans quand son père mourut, 1222. Quarante ans à la fin de la guerre, 1229. Il mourut à cinquante-un ou deux ans, 1241.

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