Nostradamus, poètes prov., p
martina était morte. Le vicomte Barrai, remarié à Marie de Montpellier, mourut aussi bientôt après. Le comte Ramon V de Toulouse, le roi Alphonse d'Aragon, le roi Richard d'Angleterre descendent tour à tour au tombeau. Le troubadour se vit seul sur la terre. Son cœur fut pris d'une profonde mélancolie. Le cloître était le refuge des troubadours vieillissants. Mais Foulques, jeune encore, esprit inquiet, caractère turbulent, c'est l'ambition mondaine et' non le dégoût du siècle qui l'entraînait vers la clôture monastique. Il avait probablement connu saint Dominique en Castille. A Montpellier, métropole catholique, il avait rencontré les légats romains. En renonçant au monde on arrivait à tout dans le monde. Poussant devant lui sa femme et ses deux fils adolescents, il entra dans l'ordre de Citeaux, vers la fin du siècle. Bientôt il fut élu prieur du monastère de Floréja dont le poétique nom convenait à ce troubadour cénobite, et, cinq ans après, il fut appelé, sur la désignation des légats, au siège épiscopal de Toulouse. Son esprit d'intrigue qui l'avait avancé auprès des princes, l'éleva non moins rapidement auprès des légats, les rois de ce siècle. Foulques évidemment fut la créature d'Arnauld - Amalric, le farouche abbé de Citeaux 4.
Pierre de Castelnau, malade à Vienne, était couché dans son lit lorsqu'il apprit l'élection de Foulques. Il leva les mains au ciel et s'écria : « Tout
1. Biblioth. nat. Manuscrits 2701 et 7225. — Parnasse occitanien; — Hist. du Lang., t. V, 1. xxi, p. 91.
est sauvé puisque Dieu doune un tel homme à l'église de Toulouse. » Pierre et Raoul le firent sacrer, non par Bérenger, archevêque de Narbonne, son supérieur hiérarchique, mais par l'archevêque d'Arles. Bérenger s'en plaignit au pape; mais Innocent III, tout en reconnaissant la suprématie de Narbonne, confirma l'élection de Foulques, candidat direct du saint-siège. Le nouvel évêque entra dans Toulouse, le jour de Sainte-Agathe (5 fév. 1206). C'était un dimanche; il monta en chaire et prêcha sur l'évangile du jour, la parabole de la semence. Il la trouva bien mêlée dans Toulouse. Toute la ville était remplie de Vaudois qu'on appelait ariens, et d'Albigeois qu'on appelait manichéens, bien qu'ils ne fassent les disciples ni de Manès ni d' Arius. Ramon de Rabastens était aimé du peuple comme indigène et patriote. Foulques, par son origine, son élection irrégulière, et ses intempérances de langage et de conduite, fut tout d'abord impopulaire. L'évêché était endetté : l'ex-troubadour prétendait que c'était l'œuvre de son prédécesseur ; mais les créanciers, qui laissaient Ramon en repos,, traduisirent Foulques devant les capitouls. Il n'osait se montrer en public ni même envoj^er ses quatre mulets à l'abreuvoir de la Garonne. Le comte cependant essaya de vivre avec l'homme qui devait bouleverser sa maison et son peuple. L'Italie lui envoyait cet adversaire; un plus implacable encore, allait, vers le même temps, surgir de l'Espagne 1,
1. Bibl. nat. Manuscrits 2701 et 7225. — Pierre de Vaux- Cernay. — Guil. de Puilaurens.