CHAPITRE VIII
L'évêque d'Osma. — Saint Dominique. — Conférences de Vertfeuil. — De Caraman. — De Béziers. — De Carcassonne. — De Montréal.
Alphonse IX, roi de Castille, qui avait uni déjà sa fille dona Blanca au prince Louis, fils aîné de Philippe-Auguste, désireux de marier son fils Ferdinand à une princesse du nord de l'Allemagne, chargea de cette négociation don Diégo de Azévédo, évêque d'Osma. L'évêque se mit en route avec un cortège de chevaliers et de prêtres espagnols, au nombre desquels se trouvait don Domingo de Guzman. Il était né à Galahorra, l'antique Galigurris, construite sur d'âpres rochers, au bord de l'Ebre. Don Féliz de Guzman, son père, et sa mère dona Juana de Aza, appartenaient à la plus illustre noblesse castillane, à la chevalerie ibéro-gothique. Dona Juana, pendant sa grossesse, avait rêvé, selon la légende, qu'elle mettrait au monde un chien. Le même songe était arrivé à la mère de saint Bernard ; mais le dogue castillan devait naître avec une torche dans la gueule. L'Espagnole, justement effrayée, se
rendit en neuvaine au tombeau du bienheureux Dominique, abbé de Silos. Le saint lui apparut, et la consola en lui disant que l'enfant qu'elle allait mettre au monde serait le gardien vigilant de l'Église, qu'il traquerait ses ennemis, et qu'il les dévorerait de sa gueule de flamme. L'enfant naquit le lendemain, et la mère reconnaissante lui donna le nom du moine célèbre qui l'avait prophétisé de son tombeau, et qui annonçait sa consécration au seigneur. Voué à l'Église dès le berceau, il grandit d'abord chez son oncle maternel, archevêque de Gumiel d'Isan. Ce prélat envoya son neveu à l'université de Palencia d'où, après dix ans d'études théologiques, sur l'appel de Févêque Diégo, il entra dans le chapitre d'Osma. Dominique, nature castillane étroite, ardente, obstinée, né pour l'activité et le combat, n'embrassa point la vie contemplative du cloître et du désert. Il resta prêtre et s'engagea dans l'ordre des chanoines pour soutenir les guerres de l'Église dans le monde. Il était sous-prieur quand il accompagna son évêque dans son ambassade matrimoniale l.
Diégo et Dominique traversent les monts cantabres. De Bayonne à Toulouse, ils s'arrêtèrent au manoir de Lille-Sélio. Esclarmonde n'y était probablement plus, et les deux grands adversaires ne devaient se rencontrer qu'à l'heure tragique des croisades. Les deux castillans ne passent à Toulouse qu'une nuit. Ce court séjour s'explique par le frémissement de la grande cité contre les légats romains. Ils traversent les vastes domaines de la maison de Saint-Gélis. Ils