Doat. t. XVII
des adultes, l'hôpital des vieillards, refuge immense ouvert à tous les orphelins, à tous les déshérités de ce monde. Ces hospices, fondés dans le sentiment des malheurs présents et dans le pressentiment des prochaines infortunes, occupaient le long de l'escarpement cette vaste plate-forme du Mercadal, soutenue au levant de hautes et sombres murailles, et décorée au midi de pampres, de grenades, de roses et de cyprès. Le palais d'Esclarnionde. peuplé de la noblesse indigente et orpheline, sera, dans un certain sens, en même temps que l'Hôtel-Dieu, le Saint-Cyr aquitain du xme siècle l.
A l'appel d'Esclarmonde arrivèrent de leurs manoirs ses catéchumènes de Fanjaus. La bonne comtesse Philippa, dénouant le lien conjugal qui l'unissait à son héroïque mais inconstant époux , vint se ranger sous la règle ascétique de la docte et haute Esclarmonde. Esclarmonde était, par le génie avant de l'être par le titre, l'archidiaconesse. Guilhabert de Castres vint sans doute inaugurer cette arche du Consolateur, car cette cérémonie n'était que le complément de celle de Fanjaus. Et pourtant, cette consécration d'une maison de paix et d'amour ne put s'accomplir sans tumulte et sans effusion de sang. Une insulte brutale des moines provoqua, de la part des chevaliers, une vengeance atroce, lorsqu'une des compagnes d'Esclarmonde, la vénérable Fais de Durfort, vint s'établir à la diaconie du Castellar.
La maison de Durfort, dont les branches ont cou-
1. Le palais d'Esclarmonde est aujourd'hui l'hôtel de Saintenac, et sou cloître, le couvent des Carmélites.
vert le Midi, et qui, transplantée dans le Nord, s'y propage encore après tant de siècles, était originaire dù Podaguès, territoire montueux qui s'étend entre l'Arise et l'Ariège. Son manoir, carré avec des tours rondes aux angles, s'élevait massivement à l'extrémité occidentale d'une colline qui s'aiguise à la jonction de deux combes profondes et reliées par un large fossé dont la tranchée isolait la puissante demeure féodale des cabanes des colons groupées au levant. Les seigneurs de Durfort étaient alliés à la maison de Foix1. Fais se disait amita et arnica de Ramon-Roger. Ils partageaient avec les Villemur la seigneurie indivise de Saverdun. Ils possédaient encore les châteaux d'Unzent, de Ganté, de Rodelha, de Bonnac, d'Avezac, et la navigation avec les pêcheries de l'Ariège jusqu'aux portes de Pamiers. Un de leurs cousins était Ramon de Pérelha, seigneur de Montségur. Ils avaient fondé l'abbaye de Galers, dans le vallon de Gaillac-Tolosan. Mais leurs querelles avec les moines les poussèrent sans doute vers le catharisme, et Durfort en devint la métropole dans le Podaguez septentrional. Nous avons vu la vénérable Fais embrasser à Fanjaus la vie des Parfaits. Sicard de Durfort et Pons-Adhémar de Rodelha, ses fils., non moins fervents,' mirent le premier son épée, le second son épée et sa parole au service du Paraclet. Les diacres Agulher et Peyrota étaient les chapelains de Durfort. Le sage Pons-Adhémar était le précepteur chevaleresque du jeune Roger- Bernard de Foix. C'est dans ces murs que l'infant, à