‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 231 sur 292 · Du Mège : Monam. relig · texte numérisé non relu

Du Mège : Monam. relig

féodale de Castres, en Albigeois. Guilhabert, par sa science et son éloquence, était alors le chef religieux du parti johannite. Il eut la gloire de faire la conquête mystique de la docte Esclarmonde et de la maison de Foix.

La vicomtesse et ses quatre co-néophytes, accompagnées de leurs fils, de leurs frères, d'une grande multitude, de toute la chevalerie pyrénéenne, se rendirent, vêtues de noir en signe du deuil de l'âme, auprès du fils-major. Le catharisme avait des maisons de prière, mais point de temple. L'évêque, dans son système, était le temple du Saint-Esprit. Partout où se trouvait un parfait, là était le temple mobile et vivant. Nous pensons que cette fois, à cause de la nombreuse assistance, la cérémonie eut lieu dans la salle capitulaire du château où logeait Esclarmonde, et dont la châtelaine même, Na Auda de Bélissen, était une des cinq aspirantes. Guilhabert, entouré de ses diacres et de ses anciens, demanda aux catéchumènes : Voulez-vous vous rendre à Dieu et à V Évangile ? Elles répondirent : Nous le voulons. Elles firent, en conséquence, selon la formule usitée, la promesse de véracité, de chasteté, d'abstinence rigide et de fidélité à l'Église du Consolateur. Elles se mirent à genoux, et Guilhabert lut, en langue romane, l'oraison dominicale, selon le texte interprété dans son sens mystique, et le préambule de l'Évangile selon saint Jean : Au commencement était le Verbe. Puis il leur donna le baiser d'affiliation, non pas avec la bouche, car un cathare ne touchait jamais une femme, mais avec le Livre, baiser de l'Esprit que les néophytes aussitôt se rendirent

mutuellement sur les lèvres. Puis l'archidiacre les revêtit du fil consacré, symbole de la seconde naissance, réminiscence évidemment brahmanique. Dès ce moment, diaconesses revêtues, elles appartiennent au corps des Parfaits. Tel était le consolament, rite de l'initiation cathare ; c'est le baptême de l'Esprit hardiment substitué par le gnostique non seulement au baptême de l'eau, mais encore à l'eucharistie. Il était le sacrement unique et générateur de la religion du Paraclet1. (Mai 1207.)

De ces cinq catéchumènes, une, au moins, Auda de Fanjaus, n'était point veuve. Mais Isarn son mari lui permit de dénouer le lien conjugal. Il cédait son épouse à Dieu. Ces diaconesses revinrent dans leurs châteaux; elles y vécurent comme des nonnes au milieu de leurs pompes féodales. Elles attendirent, pour se réunir à Esclarmonde, l'achèvement du cloître du Castellar. La dédicace eut lieu quelques jours après. Cet hôtel d'Esclarmonde, contigu au donjon comtal et mélange lui-même du manoir féodal et du cloître monastique, était jeté sur l'escarpement du rempart méridional, dans les ressauts duquel pendaient ses jardins. Il regardait à ses pieds le faubourg de l'Olmet, dans le lointain les montagnes brunes de Foix d'où fougueusement descend l'Ariège, et dans l'azur étincelant du ciel, semblables à des nuages, les cimes neigeuses d'Andorre. Au manoir vicomtal accédaient les hospices qui, sous ce nom générique, comprenaient l'école des enfants, l'ouvroir

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