CHAPITRE II
L'Église. — L'Église de saint Pierre. — L'Église de saint Paul. — L'Église de saint Jean. — Les sacerdoces catholique et cathare. — Le canon des Écritures.
Le prince étant sur son trône, les docteurs sur leurs sièges, la foule en silence, maître Arnauld donna le signal.
La question de l'Église venait d'être longuement débattue aux conférences de Montréal. Nous ferons également de cette question, que nous résumerons rapidement, le portique éclatant du colloque du Gastellar. De quoi s'agissait-il, en effet, entre les deux sacerdoces ? De montrer leurs titres et de justifier de leur mandat. C'étaient les préliminaires indispensables, car la véritable Église est nécessairement dépositaire de la vérité, et de cette question primordiale découle celle de la doctrine, de la morale, et même de la hiérarchie. Les catholiques et les cathares admettaient également une église visible, hiérarchiquement constituée, et comme un empire sacerdotal de l'Occident ou de l'Orient.
Les Romains, selon leur habitude, posèrent le fondement de Rome, métropole du monde chrétien ;
de Pierre, vicaire du Christ, et des papes successeurs da prince des apôtres. Tu es Petrus, et super hanc petram edificabo ecclesiam meam. Ce passage fameux était au moyen âge tout l'évangile de la théocratie romaine. Les cathares répondirent sans doute que le Christ avait vécu à Jérusalem et non point à Rome, qu'il n'avait jamais désigné Rome pour sa métropole, que Ton confondait Rome avec Babylone altérée du sang des martyrs et qui, probablement, avait bu celui de Pierre; que Céphas n'était pas le vicaire du Christ, ni les papes les successeurs de ce prétendu prince des apôtres, et que les vrais fondateurs de la théocratie romaine, c'était l'évêque Sylvestre et l'empereur Constantin, un évêque mondain et un sanguinaire César1. Que le vicaire du Christ n'était point Pierre, mais Jean l'ami du Sauveur, l'apôtre qui reposait sur son sein, l'aigle . de la théologie apostolique, le prophète vierge, le fils du tonnerre, l'oracle de la lumière et du pur amour, l'auteur de l'évangile éternel, fidèle au Maître jusqu'à la croix, et qui devait rester sur la terre jusqu'à l'avènement triomphal du Fils de Dieu ; et qu'enfin cet apôtre des derniers temps est l'ecclésiarque des cathares, le patriarche des docteurs gnostiques, et de l'Église du Paraclet, dont Pathmos fut le berceau inspiré, les sept Églises d'Asie, les saintes métropoles; et l'Apocalypse, la prophétique épopée *.
Ces raisons puisées dans un ordre conjectural et