Jean Reynaud : Terre et Ciel
tour, et entendre lame d'un Tibère dans les âpres et sourds grommellements d'un tigre. Telle est encore, en dehors du monde biblique, la tradition universelle. Indistinctement fondées sur la transmigration des âmes, les religions antiques varient sur le nombre des transformations. Les rabbins, les mages, les druides, Platon, Pythagore, Pindare les bornaient à trois. Manès les fixait à cinq; les Albigeois les étendaient jusqu'à treize et même seize. Il y a plus : nous croyons que le'spiritualisme johannite avait substitué au roulement de corps en corps l'ascension d'astres en astres. Peut-être le système impliquait-il que certaines âmes évoluaient d'étoile en étoile depuis l'origine du monde. C'étaient les juifs errants du ciel, qui ne pouvaient retrouver la patrie, la sainte Jérusalem. Mais enfin toutes devaient être un jour délivrées, et de migrations en migrations remonter dans le sein de Dieu. Dans la religion de l'éternel amour, il n'y avait point de place pour l'enfer. L'enfer n'était pas : la mort, c'était la vie; la mort, disait un rabbin, c'est le baiser de Dieu1.
Ainsi, remarquons-le, à deux mille ans de distance, le terrible problème du mal, perpétuelle préoccupation du genre humain, se pose à deux sages du pays de Huts2. Job le débat en patriarche et l'abandonne irrésolu au mystère infini de Dieu.